PARTIE II, CHAPITRE IV
les misères, en sympathisant à toutes les souffrances, les sociétés de secours mutuels chasseront l'envie du cœur de ceux que la pauvreté ou la maladie afflige ; elles donneront à ceux qui vivent dans l'aisance les moyens de faire le bien avec dévouement. C'est à ce double titre qu'elles seront toujours l'objet de mes vives sollicitudes. »
Enfin dans une circonstance solennelle et devant deux mille délégués de toutes les sociétés de Paris *, le ministre de l'intérieur, parlant un langage qu'avec les idées dominantes sur l'assistance officielle l'on rencontre assez rarement dans la bouche du pouvoir et qui y est remarquable à plus d'un titre, qualifiait à la fois de démocratique et de chrétienne l'institution des sociétés de secours mutuels : « Je dis démocratique et chrétienne. Messieurs, deux mots qui se complètent et ne devraient jamais aller l'un sans l'autre : le premier résume les grands principes de notre société moderne et la plénitude de liberté dont y jouissent le travail, l'industrie et le commerce ; liberté heureuse quand elle n'aboutit pas à l'exagération de l'indépendance individuelle, à l'isolement dans la misère comme dans l'activité. Le second place le remède à côté du mal : l'humilité, la résignation, la fraternelle assistance, en regard des aspirations hautaines et des chutes profondes de l'orgueil humain. » Tout le. monde a a compris non-seulement l'utilité incontestable, mais la dignité, la hauteur morale de notre entreprise. Nous voulons sans doute adoucir les souffrances matérielles, mais nous voulons plus et mieux encore : nous voulons relever et soutenir le moral du pauvre, lui rendre, avec l'esprit d'ordre, d'économie, de prévoyance, l'estime de lui-même et la confiance dans son semblable. »
Au point de vue de la spontanéité et de la liberté, essence propre de l'institution des sociétés de secours mutuels, on peut juger de diverses manières, ainsi que nous le verrons plus loin, le mode d'intervention que la législation présente attribue à l'État dans le mécanisme de cette institution ; mais il est seulement de justice stricte de reconnaître qu'à aucune époque autant qu'aujourd'hui les sociétés mutuelles n'ont attiré la bienveillante attention et les encouragements du pouvoir.
* Le 21 mars 185b, lors de la distribution des récompenses.