PARTIE II, CHAPITRE V
s'en occupe sinon pour blâmer celles-ci et louer celles-là. — Dans cet ensemble prodigieux d'associations de toutes les formes, mais au premier rang de celles dont le pays peut s'enorgueillir pour leur objet autant que pour leur importance, une des places les plus considérables appartient à coup sûr aux institutions de prévoyance connues sous le nom de Friendly societies. Un livre qui essaie d'envisager avec quelque suite les diverses formes que peut revêtir la prévoyance des populations ouvrières et surtout la prévoyance dans la mutualité manquerait singulièrement
à son but s'il n'étudiait une si vaste et si efficace organisation avec le développement qu'elle mérite.
En examinant les rapports des ghildes germaniques avec les sociétés de secours mutuels, nous avons cité le témoignage d'Ansell dans son Traité sur les sociétés anglaises d'amis^ et celui de M. Turner, dans son Histoire des Anglo-Saxons sur l'ancienneté des sociétés de prévoyance réciproque en Angleterre ^ De vieilles chroniques anglaises, dont le docteur Hikes a donné une notice dans son Histoire de la littérature septentrionale ^, confirment ces témoignages, qui reçoivent une nouvelle consécration dans \ Histoire des pauvres^ de sir Morton Erden ^. Les statuts de la Sainte-Catherine Gild^ dont nous avons cité le texte même, ne laissent du reste aucun doute à ce sujet.
En Angleterre comme en France, la part d'action des corporations, des confréries, des bourses communes dans la fondation des sociétés amicales est considérable. Les nombreuses créations de bienfaisance spéciale dues aux agrégations de métiers * et dont beaucoup existent encore, excitèrent par l'exemple les ouvriers à former des liens, La réformation religieuse qui entraîna avec la
* On se souvient qu'on trouve des traces de ces sociétés antérieurement à Guillaume le Conquérant.
'^ Docteur Hikes, Thésaurus dict, et epist., t. XXII. Il est question notamment dans ces chroniques de sociétés autorisées par l'évéque et exigeant de leurs membres une cotisation de 10 cent, par mois, par feu ou famille, et le versement de la même somme à la mort de chaque sociétaire.
3 T. I, chap. m.
^ Création de maisons de retraite pour les membres et leurs veuves, par les tondeurs de draps de Londres, les tonneliers, les tailleurs, etc.... fondation d'hospices, d'écoles et de maisons de charité par les drapiers, les merciers, etc. ; distributions annuelles de sommes considérables par les marchands de soieries et les marchands de fer, etc....
200 BT' PArPERIS.VE.
suppression des monastères et de leurs aumônes la disparition des confréries et de leurs secours réciproques, put d'autant moins briser sans retour ces liens, que les corporations continuèrent sans interruption leur œuvre. Le développement de l'industrie, l'esprit d'association inhérent aux mœurs anglaises, une disposition particulière au calcul, à l'ordre et à l'économie, la persévérance dans les entreprises commencées, durent facilement suggérer l'idée des Friendly societies proprement dites.
Deux de ces associations existant encore à Londres, ont des statuts datés de 1703 et de 1715 ; celle des cordonniers de Neivcastle upon tyne date de 1719 ^ V Amiable Society , qui rei^ose sur des combinaisons d'assurances et sur la répartition à la fin de chaque année, par portions égales aux membres survivants, du produit total des mises, fut fondée par une charte de la reine Anne en 1706. Quant aux sociétés d'amis plus spécialement dirigées que cette dernière agrégation vers l'assistance mutuelle, ce n'est guère que pendant la seconde moitié du siècle dernier, et lorsque les institutions ont rejeté les derniers vestiges des lois féodales jusqu'alors si lourdes pour la classe pauvre qu'on les voit commencer à se multiplier. Au commencement du dixneuvième siècle, c'est-à-dire à l'époque où l'organisation industrielle a pris décisive ment sa direction actuelle d'indépendance respective des chefs d'industrie et des ouvriers, le mouvement s'est sensiblement accéléré.
Au début, ditMorton Erden^, les sociétés amicales «faisaient elles-mêmes leurs propres règlements et n'étaient soumises à aucun contrôle dans leur législation et administration. Elles assuraient des secours à des individus qui sans elles auraient été à la charge des paroisses ; mais un nombre assez considérable de ces associations étaient mal administrées ; les trésoriers et les autres officiers ne rendaient aucun compte des deniers.
* Un écrit du célèbre Daniel Foc intitulé Essais sur certains projets et publié vers l'époque de la fondation des premières Vriendhj societies conseillait la création de sociétés « formées par l'assurance mutuelle pour secourir les membres dans les moments difficiles, et au moyen desquelles un individu, si misérable et si pauvre qu'il soit, puisse réclamer des secours, non comme une cliarité, mais comme quelque cbosc qui lui est dû. »
2 État d^s pauvres ou Uistnirc de Londres en 1797, t. f, rh. iir.