‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 158 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE V

indigent sur dix-neuf habitants. Triste chiffre , en vérité, car c'est parmi ces assistes que se recrutent ces milliers d'habitués des «palais du gin, » qui, chaque nuit, vont demander un abri aux honteuses cavernes annexées à tout workhouse (casual ward), et se retirent chaque matin après avoir préalablement cassé des pierres pendant trois heures pour obtenir un morceau de pain, qu'ils pourraient le plus souvent demander à un autre genre de travail ^

Que d'efforts à faire pour conquérir et moraliser la partie certainement moralisable de cette tourbe d'êtres déchus, pour relever chez eux le ressort individuel si profondément affaissé !

A ce chiffre, heureusement , on peut en opposer un autre, et celui-là est à la fois une consolation et une garantie. En supputant, en effet, la proportion des membres des Friendhj societies par rapport au chiffre de la population, on a trouvé en Angleterre 1 sociétaire sur 9 habitants ; mais si nous calculons d'après le chiffre indiqué dans le rapport du registrar de 1863 (6 millions de membres), la population de la Grande-Bretagne étant de moins de 30 millions ^, on voit qu'il y a plus d'un sociétaire par 5 habitants, et que, par conséquent, nous ne sommes pas loin du calcul, en apparence hypothétique, qui, d'après les résultats de 1850, considérait déjà la moitié de la population mâle et adulte du Royaume-Uni comme faisant partie des sociétés amicales.

Faisons-en l'aveu : la proportion chez nous n'est encore que de 1 sur 62 ^ ; en Belgique, de 1 sur 66. Mais nous ne sommes — hâtons-nous de le dire — qu'au début de notre mouvement.

Nos classes, les plus nombreuses d'ailleurs, ont heureusement moins d'intempérance et moins de besoins, moins de chômage aussi et moins de dénûment absolu. Bien que les agglomérations de population et surtout de population industrielle soient moins nombreuses chez nous, et pr.r conséquent que la

' En 1857, 66,009 admissions au logement nocturne ont été accordées par les ivorkhnuses de Londres.

'^ 29,307,199 en 1861.

3 1 sur 51, si l'on compte les membres honoraires. Il y a trois ans, la proportion était de 1 sur 76.

constitution des sociétés y soit plus difficile, il ne nous serait donc pas impossible de regagner sur nos voisins le terrain que nous avons perdu.

Pour l'Angleterre, et dans le résultat dont elle peut à bon droit s'enorgueillir, il y a autre chose que des individus se subvenant sans le secours de la paroisse, autre chose que des millions laborieusement réunis, il y a une immense richesse morale accumulée.

Autre rapprochement : de 1813 à 1834, époque oii le Poor Law amendment act commença d'être mis à exécution, la somme totale absorbée par l'assistance des pauvres en Angleterre et dans le pays de Galles, s'est élevée à 3,577,770,425 fr., c'est-àdire à une moyenne de 162,625,925 fr. Dans les 25 années qui ont suivi, de 1835 à 1859, la même somme ne s'élève qu'à 3,230,670,825 fr., c'est-à-dire à une moyenne de 129,226,725 francs '. Ainsi, pendant les 25 dernières années, il y a eu une décroissance annuelle, année moyenne, de 33,399,100 fr., et une diminution totale de 834,977,500 fr. ^ Certes, on comprend que dans ses récents discours au parlement la reine Victoria ait cru pouvoir constater avec satisfaction la diminution du paupérisme. On conçoit qu'à la suite de la phase aiguë de la crise cotonnière qui avait momentanément relevé les chiffres des secourus, les Apglais se soient félicités d'autant plus de la rapide diminution de ces chiffres; mais, tout en faisant la part de cet autre élément de décroissance, l'émigration, laquelle enlève maintenant, en moyenne annuelle, 60,000 habitants àTAngleterre, et de 1846 à 1859 lui a pris trois millions d'individus, nous ne connaissons aucune raison qui empêche d'attribuer une notable partie de la diminution des frais d'assistance à l'accroissement considérable des sociétés t/'amis pendant la période correspondante, et à l'effet permanent de la prévoyance populaire dans des cadres oii une seule société d'ouvriers

< Malgré des char^'cs nouvelles pour le revenu de la taxe, charges consistant surtout on constructions et qui pour ce quart de siècle n'ont pas été moindres de 500 millions.

2 II y a aussi dans un autre ordre et pour une très- faible proportion, certains changements de cadres sinon de position qui diminuent le nombre des secourus : ainsi p.ir exemple le passage du Workhouse au ro./hcric ou asile visité par îes missionnaires de Londres.

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