PARTIE lî, CHAPITRE V
peut avoir 300,000 membres et 40 millions de réserve.
On le voit — et que serait-ce si le lecteur avait sous les yeux les Appendices compactes des blue-books ' de M. John Tidd- Pratt ^ ? — c'est une prodigieuse institution que celle de ces Frieîidly societies qui, suivant une expression du Times, « s'étendent sous la surface de la vie des classes ouvrières comme un invisible réseau de nerfs; » et on peut certainement les considérer c( comme une véritable puissance de premier ordre et l'une des ressources les plus solides de la sécurité matérielle et de la grandeur morale de l'Angleterre ^ » « Cette grande confédération des classes laborieuses, cette institution de fraternité effective et pratique repose sur les bases les plus solides, disait il y a quinze ans déjà une feuille française "^ .. . C'est dans le fonds qu'elle a réuni que puisent tous les besoins, quand le travail diminue ou s'arrête. On s'est étonné quelquefois de voir l'Angleterre résister au contre-coup des immenses et profondes perturbations qu'éprouve de temps en temps, et presque périodiquement, sa gigantesque industrie. L'explication de ce phénomène est, en grande partie, dans le fait que nous signalons. »
L'attitude des membres des Friendly societies, principalement dans le Lancashire, pendant la disette du coton de 1862 et 1863, a démontré entre autres preuves combien cette appréciation était fondée.
Quelle est la cause du prodigieux développement des Friendly societies en Angleterre? Comment les cantons ruraux, aussi bien que les districts manufacturiers, y luttent- ils à l'envi, dans la voie de la prévoyance ? Sans doute la cause de cette supériorité de l'Angleterre sur la France doit être attribuée au caractère même du peuple anglais, à la force de l'esprit de sociabilité et de Faction individuelle dans ce pays, oij, contrairement aux déplorables tendances qui nous dominent, on ne compte pas uniquement sur l'autorité pour concevoir et réaliser le progrès.
* En 18G3 plus de 100 pages in-8° finement imprimées, chaque page contenant au moins les noms de 100 sociétés.
^ C'est le nom de l'honorable et éminent registrar. 3 M. AmédéeHennequin, Encyclopédie moderne^ t. XXV, p. 307. " La Presse, du 22 juin 1850.
Sans doute aussi les lois anglaises ont, il faut le dire, accordé de tout temps aux sociétés mutuelles la protection effective qui ne leur est acquise en France que depuis quelques années. Mais la supériorité de l'Angleterre tient aussi à ce que des travaux scientifiques depuis longtemps effectués ont amené, pour celles des sociétés anglaises qui ont consenti à en adopter les résultats, la possibilité de déterminer avec une exactitude relative le chiffre des cotisations qu'elles doivent exiger de leurs membres pour pouvoir garantir tel ou tel avantage que ceux-ci peuvent avoir en vue. C'est là, en effet, comme nous le prouverons plus loin ; c'est notamment dans la variation des versements suivant les âges ; c'est dans la distinction absolue des caisses et dans la spécialisation des fonds ; c'est dans la règle inébranlablement suivie de ne jamais mêler ensemble les fonds pour la maladie, la mort et la retraite, de ne jamais suppléer aux déficits des uns par les excédants des autres, que réside la condition essentielle et fondamentale de la prospérité des sociétés de secours mutuels. Et TAngleterre elle-même a d'autant plus à faire dans cette voie que le champ de la mutualité y est déjà, on peut le dire, sans limites.
Ilélas ! — et ceci nous servira de transition pour aborder des régions moins sereines, — c'est justement cette question des engagements pris et non tenus, qui, même dans un pays où depuis longtemps la science s'est mise au service de la prévoyance, et où les notions précises sont loin de faire défaut, c'est justement cette question qui est le revers de la médaille si brillante dont nous n'avons montré jusqu'ici que le beau côté.
Depuis 1793, l'existence de 35,000 sociétés environ a été régulièrement constatée. Sur ces 35,000, 6,850 avaient cessé d'exister en 1859 ; ce n'est pas trop d'évaluer ce même nombre à 9,000 environ, à la fin de 1804 (c'est plus d'un quart). Yoilà donc 9,000 sociétés dont la plupart se soût dissoutes, manquant aux engagements qu'elles avaient contractés, déjouant l'espoir qu'avaientplacéen elles des malheureux trop âgés pour chercher ailleurs d'autres ressources, et plongés désormais dans une irré médiable désolation. Pour le seul ordre des o(/(/-/('//ottJ5, 225 loges ont été fermées en 1843, 81 en 1847, 138 en 1848. Le rapport du registrar pour 1861, reproduituri passage d'un travail récemment