‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 17 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE I

idéal, nouvelle preuve du progrès réel. Le mal est plus visible d'ailleurs, parce qu'il s'accuse lui-même et parce que les classes qui en sont atteintes, devenues plus impatientes de la souffrance, ont aujourd'hui le sentiment très-vifde leur infériorité et viennent poser elles-mêmes devant la barre des sociétés le problème dont la solution doit être la principale affaire des classes plus avancées. Heureux réveil après tout, malgré quelques apparences contraires, et qui est comme le commencement de la rédemption définitive. Les titres matériels, le bilan du nouveau régime sont bien maintenant devant nous. Le temps n'est plus, où le a travail étant une affaire de prisonniers et d'esclaves ^ , le commerce une chose déshonorante et sordide ^, les arts manuels infâmes et indignes d'un citoyen ^ le peuple dévoré jusqu'aux os S » la classe opprimée n'avait pas même conscience de l'oppression, et sommeillait honteusement dans son ignominie, heureuse parfois de son sommeil parce qu'il était l'irresponsabilité ^ Le temps n'est plus où, une telle oppression ayant cessé depuis des siècles; la réglementation de son côté, nouvelle forme de l'oppression, ayant disparu, mais le développement des institutions humaines ayant amené un déplacement et un trouble momentanés , dans l'ordre social , une école plus que rigide, voyant sans doute dans l'anarchie sociale une loi providentielle et définitive, semblait dire avec une ironie involontaire à la classe souffrante : « Sors-toi d'affaire toi-même, sois vertueuse et morale^, enrichis-toi si tu peux. » La faveur populaire ellemême s'est retirée enfin des systèmes qui, voulant trop tôt descendre des régions idéales dans la pratique, faisaient espérer aux masses la transformation immédiate et merveilleuse' de

^ Blanqui, Histoire de l'Économie politique, p. 69.

« Si la navette et le ciseau pouvaient marcher seuls, l'esclavage ne serait pas nécessaire. » (Aristote.) 2 Cicéron, Traité des Devoirs, livre I, section lxii, ^ XéHophon.

^ Juvénal.

5 « La servitude, a dit Vauvenargues, abaisse l'homme jusqu'à s'en faire aimer. »

6 Soyez meilleurs, vous serez plus heureux. — Rendez-nous plus heureux, nous serons meilleurs. Qui conciliera ces deux oppositions?

■^ « La vérité sociale ne peut se trouver ni dans l'utopie ni dans la routine. » (Proudhon, Contradictions économiques.) La routine n'a jamais rien fondé, et le progrès doit même souvent être une lutte contre le passé. L'utopie, d'un autre côté, n'a produit

Ifnir position et leur affirmaient en outre que tout viendrait et devait venir des classes élevées'. Chacun aujourd'hui est mis en mesure d'acquérir une perception exacte de ses droits et de ses devoirs; droits et devoirs précisés par les limites que la nature même des choses assigne au possible et au durable dans les améliorations humaines. Les classes élevées ne sauraient trop se pénétrer des obligations impérieuses et souveraines qui leur incombent; mais, quelles que soient l'ardeur de leurs efforts et la continuité de leurs tentatives, elles n'amèneront pas, à elles seules, le résultat poursuivi. Le prolétariat ne doit plus se laisser aller aux espérances irréalisables, et, au lieu de travailler virilement et par les moyens pratiques à l'amélioration graduelle de sa destinée, se bercer dans des rêves énervants de soudaine métamorphose. Il ne verra pas sortir son salut d'une substitution violente ou d'une théorie ; il doit Tenfanter luimême, mais il ne l'enfantera pas sans fécondation, sans le concours des classes élevées. Le principe de cet accord indispensable ne pourra plus désormais être obscurci, nipar l'intérêt, ni par la passion; on comprendra de plus eu plus maintenant que, non-seulement toutes les catégories sociales se doivent un mutuel appui, mais même que les intérêts sont communs. Aux classes les plus avancées et les plus heureuses, il appartient de

que trop de mécomptes. N'imitons cependant pas les esprits vulgaires auxquels elle inspire à priori tant de faciles railleries. Malheur aux pays qui ne feraient jamais d'utepies; ils prouvcraiont qu'ils n'espèrent pas dans l'avenir. Le jour où il n'y aurait plus aucun rêveur ayant devant les yeux une Jérusalem céleste, resplendissante de clarté, la source de beaucoup de progrès pratiques serait tarie. « Savez-vous, a dit un éloquent novateur, .si riiumaiiilé n'a aucun parti à tirer de ce que vous appelez des rêveries? Savez-vous si la rêverie aujourd'hui ne sera pas la vérité dans dix ans et si, pour que la réalité soit réalisée dans dix ans, il n'est pas nécessaire que la rêverie soit hasardée aujourd'hui? » Discutons scientifiquement les u rêveries, » mais, quelle que soit l'inanité des résultats piatiipies qu'une expérience assez récente encore a pu en tirer, abordons-les avec franchise quand elles se produisent et n'allons pas lâchement fermer les yeux devant les éclairs de génie qui en jaillissent quehjuefois.

« \a\ réllexion préalable ne voit jamais les elio.scs exactement comme elles sont et la raison ne révèle pas tout ce ([ue révélera l'expérience, niiiis c'est la mission et l'honneur de l'espiit humain de pi-endrc dans les affaires humaines une initiative salutaire malgré les erreurs (jui s'y mêlent; et la politirpie tomberait dans un abaissement ou un engourdissement déplorable si l'utopie ne venait de temps en temp.s la sommer de faire une part à ses généreuses espérances. » (M. Guizot.)

< Dieu, a dit saint Augustin, et après lui Bourdaloue, a fait l'homme sans lui, mais il n'a pas voulu, quoiqu'il le put absolument, le sauver sans lui.

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