‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 161 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE V

aux employés délinquants ou aux meetings tyranniques, pour terrifier les oppresseurs. L'un de ces correspondants dit : « Je répliquai que j'écrirais encore à Tidd-Pratt ; et alors la réponse fut qu'il ne se souciait pas plus de Tidd-Pratt que de moi, et que ni Tidd-Pratt, ni moi, ne réglementeraient jamais ce club. Un autre espère que Tidd-Pratt voudra bien l'assister, et sera assez bon pour envoyer une lettre menaçante au secrétaire, au bureau. Quand son amitié n'est pas sollicitée de cette façon, on paraît le considérer comme une sorte de pouvoir mystérieux qui aurait une hostilité générale contre la bonne confraternité des Friendly societies^ et on le supplie d'intervenir, à peu près comme un sauvage conjure une divinité offensée. Les sociétés sentent qu'elles ne peuvent rien sans lui, et elles se déterminent à se faire dûment certifier et à enrôler sous son autorité ; mais elles essaient de tous les artifices possibles pour éviter les responsabilités qui en résultent pour elles, et boivent, mangent, se livrent à la joie jusqu'à la chute de l'inévitable coup de tonnerre de Tidd-Pratt.

Le contenu de la plupart de ces lettres est une plainte de la déprédation des fonds de la Société que l'on gaspille en buvant et festoyant à presque tous les meetings mensuels ou annuels et notamment au dîner anniversaire, devenu une partie presque aussi essentielle du but des sociétés que les secours à donner aux malades, ou l'assurance contre la mort. Il est tout à fait ordinaire de voir chaque membre appelé à payer environ two pence par mois, pour boire au meeting, qu'il y aille ou qu'il n'y aille pas. Two pence, c'est peu sans doute, mais c'est beaucoup proportionnellement à une cotisation de 1 sch. 6 d. et même moins; c'est le septième ou le neuvième : sans compter qu'il y a quelquefois une demi-couronne ou près de deux mois de souscription à payer pour le dîner anniversaire. Dans une loge de V Union des Odd-Fellows de Manchester (on sait quelle est l'importance de cette union), sur la cotisation mensuelle, qui est de 1 sch. 4 d., tout membre reçoit un bon de liqueur de 3 pence chaque soir de réunion, qui lui sert

sonnification des Friendly societies en Angleterre. Pour elles, la crainte de Tidd-Palt est le commencement de la sagesse, c'est-à-dire des améliorations.

sans doute de billet d'entrée pour la séance. Pour deux cents membres composant la loge, c'est 30 schellings de liqueur par mois ; et comme il y a en outre musique, bannière, procession, sonneurs, chanteurs a et autres extravagances, )),ditle Times^ cela fait 30 livres par an sur 180, employées à boire et à fêter l'anni- \ersaire; c'est le sixième de l'argent rudement gagné et durement épargné. Dans une société aussi importante que les Odd- Felloîvs, celles des Foresters, il y a un costume particulier pour la fête, et ce costume, — écharpe, canne, ruban — coûtant 10 fr., le dîner et la musique 5 fr., les menus frais 3 fr. iO c, c'est un total de 18 fr. 10 c. par tête à payer, si Ton ne veut pas encourir une forte amende de 3 fr., et même quelquefois la radiation.

Naturellement les réclamations pleuvent sur le bureau du registrar. Celui-ci lui écrit que 568 livres ont été employées à boire par sa société depuis sa fondation en 1837; cet autre estime que si on festoyait moins dans la sienne, on épargnerait 40 à 50 liv. par an; le troisième suppute l'aie, le tabac, le fromage qu'il lui faut absorber ou payer pour autrui, s'il ne veut pas être de « la noce. »

Supposez, dit le Times^ le détenteur d'une police dans une de nos grandes compagnies d'assurances, payant 21 livres par an, de contribution et 3 livres pour du vin de Champagne, à consommer par les directeurs et par les membres qui pourront assister au meeting annuel.

Beaucoup de sociétés n'ayant pas de local se réunissent même dans des cabarets dont le maître , qui est quelquefois le trésorier de l'association, va jusqu'à laire insérer dans les statuts une disposition engageant les membres à faire chez lui telle dépense déterminée. Aussi a-t-on remarqué que, dans le Ilerefordshire, par exemple, sur 136 sociétés qui ont existé depuis l'acte (le George Rose, et dont 123 se réunissaient dans des publics-fwuses, 42 se sont dissoutes ne laissant probablement pour toute « consolation à leurs membres que le souvenir de la bière et des dîners anniversaires, » et aussi, depuis quelque temps l'honneur d\ine insertion, du reste obligatoire, dans la Gazette de Londres, conformément à l'acte 23 et 24 Yictorin, chapitre cinquante-huitième! Sur 13 sociétés qui

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