PARTIE 11, CHAPITRE V. ^ i
tiennent leurs assemblées ailleurs, une seule, au contraire, a cessé de vivre.
Décidément, on le voit, elle n'est pas absolument sans avantages, cette inoffensive disposition fortement blâmée par certains critiques, et qui enjoint en France à la commune de prêter un local, fût-ce la salle de la mairie ou la maison d'école , à la Société de secours mutuels qui le réclamerait, n'en ayant pas un autre à sa disposition.
Tels que nous venons de les voir se produire avec leurs ruineux abus, ces procédés extérieurs de la mutualité anglaise constituent cependant une tendance bien enracinée chez ceux qui les mettent en pratique, et les plus vigoureux réclamants auprès du tribunal de M. Tidd-Pratt confessent « qu'il y a une grande majorité parmi les membres qui approuvent cette façon de dépenser. » Il serait bien dur, conclut nettement un correspondant, d'exposer les sociétaires à une prohibition légale. Les sociétaires donnent leur argent dans ce but et seraient désappointés s'ils n'avaient pas ce qu'ils désirent; «partons les membres le dîner est attendu avec le phas grand plaisir, et y renoncer les priverait d'une très-agréable réunion. » Toutes ces récriminations, écrit un autre, se plaignant des « faiseurs de leçons,)) sont « excessivement déplaisantes. ))
c< Sans aucun doute, réplique le Times ^ c'est déplaisant, mais nécessaire aussi. Si un ouvrier aime à dépenser son argent pour une fête annuelle ou mensuelle, il n'y arien à dire contre cela; mais il y a une complète énormité [incongruity) à combiner ensemble les notions de bière et d'assurances. ))
Beaucoup des sociétés qui combinent ces notions à leur manière sont cependant m?'^^^is^re^s et doiventfournir leurs comptes. Or, le registrar admet si peu de pareilles imputations sur le budget social, qu'il y a des pénalités, une amende, l'emprisonnement , le travail forcé pour le gérant qui s'en est rendu coupable. Sévérités illusoires; car pour cacher ces dépenses, les comptes sont constamment falsifiés ; la dépense pour les boissons, par exemple, vient se dissimuler sous une exagération des dépenses déjà si élevées, en réalité, d'administration; et le gaspillage n'en poursuit pas moins son cours. ^ Mais le moment du réquisitoire va bientôt arriver, et le 8 mars 1864, —
ceci est une date dans l'histoire des Friendly societies, — les échos du parlement retentiront de dénombrements terribles.
Car c'est ainsi, établira solennellement M. Gladstone, que telle Burial society de Liverpool, par exemple, fondée en 1843, et qui a 10,130 livres sterling de revenus annuels, n'a accumulé, après vingt et un ans, qu'un capital de 3,900 livres *; c'est ainsi que dans la Royal-Liver , qui compte 80,000 adhérents, sur 77,000 livres de revenus, on en dépense 36,000 pour l'administration, et au moyen de ces revenus annuels on n'a accumulé, en quatorze ans, qu'un capital de 39,000 livres; c'est ainsi que pendant un seul semestre la même société a encaissé 680,975fr. de recettes, sur lesquelles 262,025 fr. ont été payés aux membres et 353,700 fr. dépensés en frais d'administration ; 64,250 fr. seulement ont été placés. Mêmes résultats pour la Royal-Victoria society, qui, sur 104,325 fr. encaissés pendant le deuxième semestre de 1861, a payé aux sociétaires 45,025 fr. eta dépensé 58,375 fr. en frais d'administration ^. Même obscurité dans la comptabilité d'une des plus importantes associations, « les Amis dans le malheur : » balance inintelligible; plus de 40,000 fr. indiqués comme prêtés, sans qu'aucune garantie sérieuse puisse être alléguée ; enquête du registrar impuissante à pénétrer ces ténèbres. Il est inutile maintenant de multiplier ces exemples.
Dans les excellentes instructions qu'il a formulées pour les sociétés, et notamment dans celles de 1860, M. Tidd-Pratt recommande instamment de tenir les réunions dans un édifice public, dans une salle d'école ou, s'il n'est pas possible de se réunir ailleurs qu'au cabaret, de convenir d'un loyer pour le local, le feu et la lumière; avec cette stipulation expresse qu'aucune boisson ne sera servie dans la salle jusqu'à ce que les affaires soient terminées, les dépenses résultant de toute célébration de fêtes ou d'anniversaires devant rester à la charge de ceux qui y prennent part. On peut juger si ces recommandations sont superilues. Un voit, eu outre, si nous avions tort d'attribuer à la mauvaise administration et à la fréquentation des
* Kt la chambre de rire, — mais d'un rire peu approbalif, comme on le suppose. 2 La perception seule a coûté 4'2,77ô fr., soil 3G p. lUU.