‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 163 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE V

puhlic-houses * la plupart des sinistres que signale chaque jour la vigie du registrar.

Cette situation est grave : pas si grave, à coup sûr, que pourraient se le figurer des personnes ignorant absolument le caractère anglais ; oubliant, en outre, qu'il s'agit ici d'un pays où l'intempérance est développée dans la même proportion que l'énergie physique, et où la quantité de grains absorbée par les brasseries et les distilleries s'élève année commune, à 8,748,000 quarters, c'est-à-dire représente la consommation en pain de de sept millions d'hommes ; d'un pays où les habitants dépensent annuellement, en une ou deux consommations inutiles et destructives, une somme presque égale à la valeur totale des produits exportés du Royaume-Uni ^. Les Frienclly societies^ dont beaucoup, au surplus, ne suivent pas le funeste courant, sont bien loin donc d'offrir un exemple particulier dans l'ensemble de la population anglaise. Mais les abus qui viennent d'être signalés n'en méritent pas moins la plus sérieuse attention. Il n'y là que gaspillage ; il n'y a pas dilapidation, ni détournement volontaire, ni malversation flagrante de la part des administrations ^ : il n'y a qu'une confusion fâcheuse de l'idée de club de plaisir et de l'idée de société de prévoyance , lesquelles , dans de telles proportions , ne sauraient nullement être combinées ensemble. Mais , en somme, si le mal qui se commet dans certaines sociétés commerciales anglaises par la fraude et la concussion de quelques-uns, ne se produit en réalité dans les Friendly societies qu'avec la volonté la plus formelle de presque tous et par une fausse appréciation des devoirs et de la destination de la société , la ruine n'en est pas moins au boui pour les unes comme pour les autres.

Et maintenant que le mal est constaté, quel est le remède qu'il faut lui appliquer? Dans la séance où il a exposé devant la

^ Nous parlerons plus loin des tarifs, des partages annuels de fonds, etc.

^ La quantité de drèche {malt) employée à la fabrication des boissons distillées et fermentées est de^ 40 millions de bushcls, ce qui équivaut au produit d'un million d'acres de terre. — Le bushel '8 gallons), vaut 36,447 litres. Nous ne parlons pas des buveurs d'opium.

3 Ceci est expressément et de nouveau indiqué dans le rapport du registrar de 1864 (p. 23). Un certain progrès et un véritable désir du mieux sont même visibles depuis 1855. Le nombre toujours croissant des certifications en serait au besoin une preuve.

chambre des communes, douloureusement impressionnée, les faits déplorables qui précèdent, M. Gladstone, pour arriver à une application générale de ses idées en matière d'assurances populaires, a-t-il suffisamment tenu compte de ce qu'on doit à une organisation aussi tutélaire, aussi bienfaisante, malgré ses taches accidentelles, — car il n'y a pas là de vice organique, — à une organisation aussi digne enfin delà sympathie de tous les esprits libéraux que l'institution des Friendly societies ? Certes, c'est un lamentable bilan que celui de ces 259 compagnies d'assurances industrielles qui, sur 276 fondées de 1844 à 1862, ont cessé d'exister dans un intervalle de dix-neuf années. Il est triste, pendant que les grandes compagnies d'assurances sur la vie offrent aux versements annuels ou semestriels des classes riches, un immense capital et les plus solides garanties de voir crouler une à une les petites compagnies, celles qui reçoivent l'épargne mensuelle ou hebdomadaire du pauvre. Et, sans s'arrêter à des critiques d'ingérance abusive, non applicables ici, on ne saurait trop louer les hommes d'État dont la sollicitude s'est portée sur une telle situation. Mais fallait-il mettre au passif des sociétés d'amis déjà bien assez chargées de leurs défauts véritables, les vices irrémédiables, aï état pourri ou frauduleux^ » les désordres intéressés des compagnies industrielles? Poussées à la fraude par cette circonstance que bien différentes en cela des entreprises commerciales ordinaires, les profits viennent avant les dépenses, — à tel point que le montant des primes peut excéder pendant un intervalle de trente-sept ans la somme des paiements exigibles, la balance de l'opération restant aussi suspendue pendant toute une génération d'hommes ; — débarrassées en outre du souci des réclamations par cette raison bien simple, suivant la piquante remarque de M. Gladstone, que le porteur de la police d'assurances doit attendre d'élre mort avant de se plaindie, quel contraste y avait-il entre des compagnies abusant largement d'une telle situation, et les Friendly societies incomplètes, vacillantes, mais laborieuses et probes?

Voici, du reste, comment peut se résumer le raisonnement de M. Gladstone, relatifà ces dernières : Quoique beaucoup renferment des abus positifs, notamment l'oppression des minorités, qui protestent contre l'exagération des dépenses de

Page 1