PARTIE II, CHAPITRE V
plaisir ; quoique beaucoup n'aient pas un effectif assez considérable pour l'application de la loi des grands nombres, je n'attaque pas l'institution : son procédé de self-government, sa mise en pratique de la prévoyance sont très-louables ; mais elles ne sont pas, comme on le prétend, des entreprises absolument privées, puisque sous forme de différence d'intérêt et d'exemption de diverses taxes, l'État leur accorde une sorte de subvention. Donc, les Chambres, sinon le gouvernement, sont responsables, jusqu'à un certain point, de ce qui se passe chez elles, et ont le droit de leur faire, — surtout en s'abstenant de tout monopole, de toute mesure rappelant les idées de VÊtat assureur et de Vassurance obligatoire^ — une concurrence qui, au surplus, restera stérile, s'il est vrai qu'elles offrent les garanties que leur prêtent leurs défenseurs.
L'intervention de l'État m'inspire en principe les m.êmes préventions {prépossessions) qu'à n'importe qui ; mais il ne faut pas confondre l'État intervenant pour mettre obstacle au développement de l'individu, avec l'état intervenant pour écarter les obstacles qui sont mis au développement de l'individu ; et si l'intervention a été appliquée, avec l'approbation générale, par exemple, en matière de travail des enfants dans les manufactures {factory act), à plus forte raison doit-on l'admettre sous cette forme autrement douce, et qui rappelle l'attribution aux aux bureaux de poste des fonctions de caisse d'épargne, à savoir FÉlat ne prescrivant rien, ne défendant rien, mais offrant à ceux des membres de la communauté qui voudraient profiter de son offre, des facilités pour s'aider eux-mêmes. Directement l'État ne pourrait rien contre des abus, quelque signalés qu'ils fussent; mais il peut les combattre par une institution parallèle, facultative pour tout le monde. Nous n'offrirons pas les brillantes attractions de beaucoup de tarifs, calculés non pas tant en raison delà valeur du risque que du désir de devenir populaires; mais nous offrirons la sécurité au travailleur prévoyant, en mettant à son service le crédit de l'État, et en le dispensant de confier ses épargnes à des étabUssements véreux, sans ressources ou sans responsabilité.
Inutile de dire l'effet d'un pareil discours, dans la presse comme dans le public anglais; cet effet devait être énorme. Le
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correspondant d'un journal français ^ qui est un des principaux écrivains de la France, mais dont l'involontaire partialité est naturelle dans cet ordre d'idées, écrivit que la portée du bill était immense, que « ses conséquences, pourvu qu'elles fussent bien comprises, seraient incalculables; » que sur cette terre anglaise, terre classique du laisser-faire et du laisser-passer, un tel discours tombant d'une telle bouche, une telle initiative venant d'un si grand esprit, c'était là « un événement considérable. »
Quant à nous, — nous le déclarons humblement, mais avec conviction, — le raisonnement de l'illustre chancelier de l'Échiquier nous semble inattaquable et même digne de la plus chaleureuse approbation en ce qui concerne des compagnies industrielles d'assurances agissant par voie de prospectus commerciaux et d'agents recruteurs à qui une spéculation éhontée donne jusqu'à 20 0/0 sur l'ensemble des primes, lll'est infiniment moins en ce qui concerne des réunions d'ouvriers qui ont le tort, à coup sûr, de ne pas toujours s'administrer assez sagement et d'aimer un peu trop le plaisir après la fatigue ; mais qui n'en représentent pas moins, sous d'autres rapports, une force morale immense : force qu'on n'eut pas supprimée, il est vrai, par les mesures nouvelles, mais qu'on eut affaiblie sensiblement ^. C'est quelque chose, en effet, dirent MM. Shéridan et Roebuck, — qui se constituèrent les défenseurs des Friendly societies beaucoup trop attaqués suivant eux, et parlèrent avec force contre cette partie des conclusions du puissant orateur ; — c'est quelque chose que de faire ses affaires soi-même, car il s'agit bien ici d'une institution privée, quoiqu'on en dise spécieusement. L'intérêt est le meilleur guide des hommes. Le gouvernement, suivant les principes de tous les penseurs sérieux, et notamment de Sluart-Mill, ne doit faire que ce qu'on ne pourrait pas faire sans lui. Aux abus incontestables des Friendly societies le remède est ailleurs.
Cette opinion est complètement la nôtre. Augmentation,
* Le Temps.
2 Nous (levons dire du reste que le correspondant du Temps, tout en applaudissant de tout son pouvoir à la partie du bill relative aux compnçrnirs d'assurances fit ses réserves les plus formelles en ce qui roncernc les Fnendhj societies.