PARTIE II, CHAPITRE V
l'acte ainsi amendé — et exécutoire seulement après la rédaction de tables spéciales, c'est-à-dire dans le courant de 1865 — reçut la sanction royale (27 et 28 Victor., chap. xliii). Depuis cette époque, d'assez vives discussions ont eu lieu en Angleterre sur les effets que tel quel il pourrait encore entraîner contre les Friendly-societies,
Le résultat de l'acte, a dit un actuary des plus distingués, M. Samuel Brown, vice-président de l'Institut des actuaries, dans une brochure partiellement reproduite par le rapport du registrar pour 1864 \ et commentée par le Times'^^ sera d'un grand avantage s'il pousse toutes les sociétés qui sont dans une situation douteuse à regarder dans leurs propres affaires et à se reconstituer sur des bases plus solides; mais il serait fort triste, en vérité, qu'au lieu de consolider les Friendly societies^ le plan gouvernemental en arrivât à les détruire en détail, a Elles répondent à un besoin du peuple à toutes les époques ; elles essaient de se maintenir au niveau de l'intelligence croissante du pays ; les meetings laissés à leur propre inspiration et dégagés de l'influence des publics-houses^ encouragent l'esprit de responsabilité personnelle {self reliance) et l'habitude de participer aux affaires publiques, dont l'ouvrier a le droit de se préoccuper comme les plus hautes classes de notre pays ; et enfin le bon sentiment qui, dans la campagne réunit le clergé et la gentry, dans les villes, les manufacturiers et les entrepreneurs de travaux avec l'ouvrier, qu'ils aident de leur jugement et de leurs avis, sans intervention arbitraire, forme un lien des plus heureux entre les classes et est une occasion de manifestation pour les bons sentiments de sympathie généreuse et de mutuel respect. Leur destruction arrivant par accident ou de propos délibéré, serait une calamité publique pour le pays. »
Bien que — nous devons le dire, — les appréhensions de M. Brown, qui sembleraient jusqu'à un certain point, du reste, partagés par M. Tidd-Pratt ^, ne le soient pas également par tous les hommesspéciauxen Angleterre, et que, par exemple, croyonsnous, M. Stratchley n'attribue au bill Gladstone, vu les modifi-
< Pag. 26 et 27.
2 21 et 27 septembre 1864.
* Si l'on en juge du moins par la citation non réfutée de M. Brown.
cations dont il a été l'objet, aucun effet bien sérieux sur l'avenir des sociétés d'amis, on voit qu'il est cependant permis d'avoir des doutes sur ce point. Le Times, lui, n'en a cependant aucun, et dans un article très-curieux \ il essaie de rassurer le trèscompétent M. Brown. La plus grande partie de son argumentation consiste à démontrer que la maladie « en vérité le plus terrible des fl(^aux pour l'ouvrier, » étant le principal objet des Friendly societies, et l'acte ne touchant pas à ce point; qu'en outre une multitude d'autres objets tout à fait différents de l'assurance sur la mort étant poursuivis par elles et devant leur donner un souci suffisant, elles n'ont qu'à tourner leurs efforts de ces divers côtés ; à s'adresser plus souvent à des actuaries pour réviser leur comptabilité, — ce dont personne ne conteste l'utilité ; — à rechercher les meilleures tables de maladie et à en faire préparer de nouvelles, — ce qui serait aussi très-opportun. — Quant à l'assurance contre la mort, « la mort est un danger qui ne se réalise pas si promptement, et on peut ajouter que ses conséquences temporelles n'atteignant pas l'homme lui-même, la nature humaine n'est pas si désireuse de se prémunir contre elles. Mais une maladie de quelques semaines ou de quelques mois, spécialement au début de la vie, avant qu'un homme ait eu le temps d'épargner quelque argent, est un perpétuel et terrible danger. Il peut l'entraver pour plusieurs années, amoindrir sa position, attaquer la santé de sa femme et détruire son bonheur. C'est donc contre ce danger que les Friendly societies doivent tourner leurs plus vigoureux efforts, et sur ce sujet-là encore, l'acte récent n'a rien à faire. « Les détails que nous avons donnés tout à l'heure sur la propension invincible des sociétés vers l'assurance contre la mort nous semble répondre implicitement à cette appréciation. Essayer de dissuader d'avoir recours à une certaine catégorie d'assurances, des gens qui en ont en quelque sorte l'habitude dans le sang, ne semble pas un raisonnement très-sérieux ici ; et si la restriction à 20 livres sterling ne nous rassurait beaucoup, nous tirerions de ce plaidoyer même l'induction que l'acte interdira en fait aux associa-
* '27 soplembrr. 1864.
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tions une opération qu'elles prisent si haut. Il con\'ient du reste d'ajouter que quelques-unes parmi les très-vastes organisations citées précédemment, les Foresters^ par exemple, garantissent une assurance un peu au-dessus de âO liv, , et que, même par la lettre de la loi, elles seront directement atteintes. Quoi qu'il en soit, et ici on ne peut qu'être d'accord avec lui, le Times invite les sociétés à si bien organiser leurs assurances « pour lesquelles leurs agents se trouvent sans doute tout préparés, et seront les premiers sur le champ de bataille, » qu'elles battent le gouvernement dans la lutte qui va s'engager. A cette condition, il les autorise c(à garder, si elles le veulent, leur caractère de bonne camaraderie, à conserver leurs fêtes, leurs bannières, leurs rubans et leurs dorures, » et déclare « faire les vœux les plus sincères pour leur succès. » Sa conclusion , très-britannique dans le fond et dans la forme est la suivante : « Par-dessus tout il n'y a aucune raison qui puisse empêcher un homme pauvre d'acheter une assurance sur le même principe qu'il achète son pain et son fromage, c'est-à-dire aussi bon marché qu'il peut; et si le projet du gouvernement arrive, par un moyen quelconque, à lui procurer la facilité de faire ainsi , ce sera un incalculable bienfait. »
En droit rigoureux, cette conclusion est on ne peut plus justifiée. Le gouvernement a le droit de détruire indirectement les sociétés. Il aurait même pu très-légalement se charger des assurances contre la maladie et arriver ainsi à une absorption universelle. Il a ce droit; mais aurait-il raison d'en user?
Quant aux observations si justes de M. Brown, sur le traitd'union établi entre les classes par les Friendly societies, et à ses regrets, si la loi en arrivait à rendre plus rares de telles occasions pour provoquer de bons sentiments d'une classe à une autre, le Times^ dans une de ces boutades qui lui sont familières et dont nous ne voudrions pas priver le lecteur, s'écrie : (( Nous sommes réellement fâchés de voir un tel langage dans un aussi intelligent milieu, que le rapport du registrar. De tels arguments ont la même valeur que la vieille redite [the old crij)i que les railways détruiront l'élevage des chevaux. Si le récent acte pouvait heureusement empêcher les hautes classes de cacher plus longtemps leurs ambitions
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personnelles, sous le prétexte de patronner et encourager les vertus populaires, elles trouveront bien d'autres occasions de montrer leurs bons sentiments envers leurs inférieurs; et les bonnes dispositions des basses classes envers leurs supérieurs n'en seront pas moins très-réelles quand elles surgiront du sentiment de leur indépendance. »
Oui, sans doute; et outre la taxe, les hautes classes peuvent, par exemple, pour soulager, avec plus ou moins d'efficacité, la misère des classes inférieures et les tenir alors dans une obédience réelle , dépenser régulièrement une partie de leurs revenus; mais le Times est-il bien sûr qu'il n'y aurait pas tout d'abord chez les secondes un affaissement moral dont l'association est la négation très-heureuse, et pour les premières un danger, un jour ou l'autre, quand le réveil aurait lieu? Le Times ne pense-t-il pas qu'étant donnée, la suppression d'une institution où les uns peuvent conseiller sans diminuer les autres, et où ceux-ci peuvent accepter les conseils sans rien abandonner de leur légitime indépendance et sans nourrir contre ceux-là ces sentiments d'aversion que l'assisté éprouve quelquefois contre celui qui l'assiste ; d'une institution qui enlace , il le dit sur tous les tons, le pays tout entier , il serait plus difficile de trouver un nouveau cadre pourl'expansion de ces éléments civilisateurs, qu'il n'a été difficile de conserver ou même d'étendre l'industrie chevaline quand l'heure de la dernière diligence a sonné? Quant au reproche fait aux hautes classes de cacher des ambitions répréhensibles sous le manteau des améliorations à introduire dans les sociétés de prévoyance ou derrière « l'encouragement des vertus populaires,» s'il était formulé bien sérieusement, le journal de la cité n'aurait qu'à arborer sans doute la bannière de ce chartisme auquel il n'a pas toujours été trèsdoux. S'il y a, en définitive, un milieu qui doive s'étonner d'avoir recueilli, pour une fois, des appréciations qui sont peu à sa mesure , ne serait-ce pas un autre milieu que le rapport de M. Tidd-Pratt?
Quoiqu'il en soit, et pour en finir avec le bill Gladstone, dans notre désir de faire connaître au lecteur français , de qui elle est, croyons-nous, assez généralement mal connue, la physionomie véritable de la mutualité eu deçà du détroit, nous avons