‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 169 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE V

pourront passer le détroit avec avantages pour tout le monde.

Est-ce tout, et sommes-nous parvenu à donner au lecteur une idée suffisamment claire des caractères généraux de la mutualité anglaise? Non, et nous avons omis un trait important. Les Friendly societies^ car il faut laisser à chaque institution sa personnalité, ne doivent pas être confondues avec ces Tradessocieties ou IJnited-trades, ou Trades unions^ formées surtout en vue du maintien ou de l'élévation du taux des salaires, et que des grèves gigantesques, celles de Preston, de Manchester, de Glascow, de Colne, de Londres, la grève récente du pays noir, et tant d'autres ont rendues célèbres même chez nous. Sans doute, les Trades'unions donnent aussi des secours à leurs membres malades ; et, d'après les rapports de VAmalgamated Society ofenginers, par exemple, les sommes dépensées de 1853 à 1857 en secours pour les besoins qu'ont en vue les sociétés purement amicales (notamment les frais d'enterrement), s'élèvent dans cette seule union à plus de 37,000 livres sterling; mais, dans l'immense majorité des cas, leurs fonds sont attribués aux secours en cas de chômage, et lorsque le chômage a été ordonné par le comité même de l'Union. Sans doute, et depuis quelques années surtout, elles se préoccupent, elles aussi, pour la plupart, de certaines conditions de moralité chez les travailleurs qu'elles incorporent ; ceux-ci ne franchissent guère le seuil des WorkhouseSj et ils sont frappés d'exclusion s'ils ont forfait à la probité * . Mais ces analogies ne sont que partielles : le tarif des salaires, tel est l'objet exclusif que les Trades-uniom ont en vue.

Sur le membre des Trades-unions, et principalement à l'époque où les coalitions n'étaient pas complètement libres, on sait la pression tyrannique exercée par les comités dirigeants ; pression telle qu'elle a motivé cette parole tant de fois citée d'O'Connell : « Il n'est pas de despotisme plus dégradant que celui qui est exercé par une partie des ouvriers sur l'autre. Aucun gouvernement absolu ne fournit l'exemple d une pareille sujétion. Si le czar Pierre et le sultan Mahmoud avaient ainsi abusé de leur puissance, ils auraient été détrônés. » Personne, à notre

< Voir dans ce sens un article de M. Marsh Nelson, architecte, dans la Westminster review d'octobre 1861.

connaissance, n'a osé comparer un tel despotisme avec la manière quelquefois un peu rigoureuse cependant dont la majorité des Friendlij socîeties entend, vis-à-vis de la minorité, l'exécution des décisions arrêtées.

Si des membres de ces dernières sociétés, notamment dans la grève des ouvriers en bâtiments de 18(30, ont augmenté de leurs deniers le fonds des unions en vue des « turn-out pays » (indemnités de renvois), c'est qu'ils furent quelque peu contraints et forcés ; car, a l'effet des refus est tel, dit M. Tidd-Pratt, que bien peu de ceux qui en avaient reçu l'invitation, échappèrent à l'obligation de souscrire, quelque répugnance qu'ils eussent à être ainsi taxés ^ » « Ces tentatives, ajoute le rapport, pour combiner l'assistance aux membres malades ou âgés avec cetie intervention dans l'entente naturelle des salaires entre les ouvriers et les patrons, constituent décidément un abus de l'admirable système des secours mutuels, et sont contraires à l'esprit et au but des Friendly societies, »

Les Trades-unions^ du reste, («leur but, dit le registrar, étant clairement illégal et contraire à la bonne police, ») ne sont pas admises aux bénéfices du Friendly societies act ^ c'est-à-dire à l'enregistrement.' Enfin, et pour terminer ces rapprochements rapides, si l'on a remarqué que les Trades-unions elles-mêmes, bien qu'emportées à certains points de vue par des aspirations très-radicales, n'ont jamais eu de tendances foncièrement politiques, et d'arrière-pensée anti-gouvernementale ; si le Réform- Bill lui-même ne les a pas émues autant qu'on pouvait s'y attendre, à plus forte raison le même témoignage de non ingérance,— ceci est la constatation d un fait, — peut-il être pleinement accordé aux Friendly societies.

Les pittoresques défilés dont il a été question au commencement de cette étude, ne sont pas un argument contre une telle manière de voir. Quelques-uns des plus grands seigneiu's de l'Angleterre, personne ne l'ignore, figuraient aussi « in the Garibaldi procession, »

Effet snlutaire et incontestable de Tassociation complètement libre ! Tant que les coalitions ont été interdites, les Trades-

' Rapport de 18G4, p. l'j.

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