PARTIE I, CHAPITRE I
diriger ou de provoquer le mouvement qui doit un jour faire cesser un apparent désaccord ; à elles il appartient de trouver le terrain sur lequel la réconciliation, disons mieux, la fusion, s'opérera.
Si nous voulions résumer sur cette si grave matière et notre pensée et notre espoir, après avoir répété que la grande affaire de notre temps est la découverte des garanties sociales à substituer à celles que la Révolution a détruites et dont le régime industriel rend l'absence encore plus saillante; après avoir reconnu que dans l'organisation économique l'individu doit avoir une part au moins égale à celle de la société, nous dirions avec ce grand cœur et cette intelligence d'élite qui s'appelaient Frédéric Bastiat : « Je crois, non d'une foi soumise et aveugle, car il ne s'agit pas du mystérieux domaine de la révélation, mais d'une foi scientifique et raisonnée, comme il convient à propos des choses laissées aux investigations de l'homme. — Je crois que celui qui a arrangé le monde matériel n'a pas voulu rester étranger aux arrangements du monde social. — Je crois qu'il à su combiner et faire mouvoir harmonieusement des agents libres aussi bien que des molécules inertes. Je crois que sa providence éclate au moins autant, si ce n'est plus, dans les lois auxquelles il a soumis les intérêts et les volontés, que dans celles qu'il a imposées aux pesanteurs et aux vitesses. — Je crois que tout dans la société est cause de perfectionnement et de progrès, même ce qui la blesse. — Je crois que le mal aboutit au bien et le provoque, tandis que le bien ne peut aboutir au mal, d'oii il suit que le bien doit finir par dominer. — Je crois que l'invincible tendance sociale est une approximation constaiite des hommes vers un commun niveau physique^ intellectuel et moral, en même temps qu'une élévation progressive et indéfinie de ce niveau. Je crois qu'il suffît au développement graduel et paisible de l'humanité que ses tendances ne soient pas troublées et qu'elles reconquièrent la hberté de leurs mouvements. — Je croisées choses, non parce que je les désire et qu'elles satisfont mon cœur, mais parce que mon intelligence leur donne un assentiment réfléchi * . »
* Harmonies économiques^ p. 22.
L'économie politique ainsi comprise complète, si elle ne la tranforme pas, la science
Telle est notre foi raisonnée, tel est notre catéchisme économique. Il n'y aura peut-être jamais une harmonie complète ou une fusion absolue de tous les intérêts, mais on peut espérer que, dans un délai donné, les luttes seront réduites à leur expression dernière, et subsisteront tout au plus à titre de stimulant, cà titre de moyen d'émulation, de perfectionnement, d'amélioration générale.
Comme un voyageur qui veut mesurer la distance qu'il a à parcourir, nous avons jeté de la hauteur des principes généraux un premier coup d'oeil sur notre route. Et maintenant, abordons de plus près cet édifice que tant de mains puissantes et tant de cœurs généreux ont entrepris d'élever à la destruction de la misère et à l'exhaussement du niveau social. Ouvrier infime d'une tâche devant laquelle, considérés l'un après l'autre, les meilleurs ouvriers ne sont rien, apportons humblement uotre atome au grand œuvre de l'avenir.
dont on avait pu dire qu'elle n'avait rien de commun avec la morale, et que d'après elle « les produits ne sont pas faits pour les hommes, mais bien les hommes pour les produits K » Elle défie les attaques de ceux qui l'ont dépeinte comme une science sans entrailles, plutôt propre à justifier le mal qu'à le guérir, « le laissant faire et le laissant passer, » plus féconde en formules qu'en remèdes. Devenue pour tous les esprits impartiaux non plus seulement la science de la production et de la distribution des richesses, cl, « l'arithmétique politique, » mais dans la grande acception du mot, « la théorie de la bienfaisance '^, » elle tend surtout au bonheur des hommes; pour elle la richesse n'est pas un but, mais un moyen d'amélioration et de perfectionnement moial. Elle n'a donc pas seulement pour base « l'utilité mais la justice; elle est la gardienne du droit autant que l'interprète du fait; loin de briser avec la morale, elle en est la sœur jumelle, s'occupe de l'homme à un degré égal et, en veillant sur ses intérêts s'inquièle aussi de sa dignité ; élève sa condition en afl'ranchissantle travail de ses dernières servitudes; aboutit à la plus avouable des égalités, celle qui résulte du libre exercice des facultés et des forces de l'individu sans privilège pour personne et avec les moindres charges pour tous 3. » Elle accomplit enfin l'idée démocratique. « Si un pays n'avait d'autre moyen pour devenir riche que de demander le succès dans la lutte à la réduction des salaires, je dirais sans hésiter : périssent de pareilles richesses... Je ne connais riiîu de jdus détestable que l'idée de condamner sciemment les classes laborieuses à se couvrir de haillons et à se loger dans de misérables huttes, afin de vendre à l'étranger un pou plus ik nos élolTos et de nos calicots ! »
Qui a dit cela?... Le représentant le plus raide et le plus attaqué de la science économique, Malthusl
' Drnz. — 1 Sisinondc du Sisiiidndi. — » I.onis Uoybaud. (Revue des Deux-Mondes, du i*' sept. 1858.)