‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 20 sur 254 · DUCHATEL · texte numérisé non relu

DUCHATEL

« Le développement de l'assistance publique, tout favorable qu'il paraisse au soulagement des souffrances humaines, est plein de dangers. Il y a des écueils et des abîmes cachés sous les promesses de la bienfaisance officielle. »

De Melun.

(( Ce n'est pas d'aujourd'hui, a dit M. Thiers, que l'homme aime l'homme; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il y a des cœurs pour lesquels le soulagement des pauvres est une noble occupation, une consolation touchante, une prière à Dieu *. »

Si le paupérisme, en effet, tel que nous venons de le caractériser, est un fait nouveau, parallèle jusqu'ici, sinon inhérent aux civilisations avancées, il n'en est pas de même de l'indigence; et, depuis bien longtemps déjà, de tout temps pour

* Rapport sur l'assistance publique (Séance de V Assemblée législative du 26 janvier 1850).

mieux dire ', l'homme n'a que trop trouvé l'occasion de céder à ce sentiment qui, à l'aspect de son semblable souffrant ou menacé, le porte à courir à son secours, à le protéger, à l'aider. Admirable instinct qui n'est pas seulement fait de pitié et de compassion; qui n'est pas seulement une émotion du cœur, une vertu passive s'éveillant uniquement au spectacle des souffrances d'autrui, mais une vertu active dont le principe fondamental est l'amour! impulsion sublime qui, en dehors même de la loi religieuse et' des enseignements impérieux de la morale, en dehors des calculs d'intérêt personnel, ou des combinaisons d'intérêt général, tire de son principe d'action sa première récompense, est enfin le plus doux et le plus délicieux des mouvements du cœur.

Charité ou bienfaisance, assistance ou fraternité, de quelque nom qu'on la qualifie, dans son essence ou dans ses efl'ets, la sympathie de l'homme pour les souffrances de ses semblables est trop profondément gravée dans son cœur par la main même de la nature et répond trop vivement aux besoins les plus intimes de son être pour qu'aucun progrès et aucune école cherchent jamais à l'en effacer. L'économie politique si inconsidérément et si longtemps accusée de dureté n'a jamais poursuivi,

* « L'on voit des hommes qui s'en vont mendiant sur la terre féconde, » disait déjà le vieil Homère.

Sans doute les divisions des sociétés antiques en races libres et en races esclaves, et le réfïime des castes, ne donnaient guère place au Sentiment que les modernes ont nommé humanité, et dont la perfection idéale se résume dans le mot chrétien de charité. Traiter l'esclave comme l'homme libre, c'eût été en quelque sorte protester contre la relipinn et contre la loi. Il n'y avait guère d'ailleurs dans un |)areil état social d'indipence proprement dite. Le maître nourrissait ses esclaves, le patron assistait ses clients. Le premier avait intérêt à conserver les valeurs qui composaient sa fortune, le second à assurer le bien-être de ceux dont le nombre et le dévouement formaient l'élément principal de son influence dans la cité; le dénùment matériel fut donc longtemps une exception. Opendant, à côté de la race asservie, il y avait bien aussi des individus déclas.sés par le sort; des mniheuieux sans famille, des étrangers voyageurs, des lugi tifs, des alfiMiubis. I)t; là, des occasions multiples d'exercer une véritable bienfaisance. La pitié et l'hospitalité antiques (romme aussi la miséricorde juive) ont été les germes et pour ainsi dire les pressentiments et les rayons avant-coureurs de la charité et de la fraternité chrétiennes; le temple dclupiter Hospitalier a précédé le temple du vrai Dieu.

L'antiquité finit d'ailleurs par avoir, et conserva pendant une longue phase un vaste système de secours publics; mais les largesses ambitieuses et les distributions frumeutaires n'eurent jamais l'humanité pour mobile.

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