‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 204 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE VIII

détention du sol dans une telle constitution de la propriété agricole, revient dans son district pour reprendre, à la prochaine campagne, le cours démigrations qu'il poursuit ordinairement jusque vers le milieu de sa carrière * .

Quelquefois Fartèle n'a qu'un but de voyage ; elle se compose alors généralement de quinze personnes et se constitue dans une réunion où la prière est faite en commun et oii l'on arrête solennellement Tépoque du départ. Avec l'aide d'un vieux traîneau et d'un cheval acheté à frais communs, au moyen d'une somme souvent empruntée à un paysan aisé, on fait ainsi 500 ou 1,000 kilomètres pour gagner Saint-Pétersbourg, en prenant par jour deux sobres repas. Dans ce cas aussi, l'artèle est conduite par un des plus anciens, dont l'autorité est toujours trèsrespectée. Depuis quelques années, la mise en exploitation du chemin de fer de Moscou à Saint-Pétersbourg amène la disparition graduelle de cette antique coutume

Lorsqu'une famille se trouve avoir une entreprise extraordinaire, une maison nouvelle à construire, pour laquelle il faut aller chercher du bois dans la forêt; une récolte de foin à aménager d'urgence; un incendie à réparer; tous ses soins, tous ses efforts seraient impuissants : on a alors recours aux voisins dont pas un ne manque à l'appel. Chacun arrive avec ses chars, ses attelages. En peu de temps la besogne est enlevée ; c'est ce qu'on appelle une pomotch. Cette utile assistance n'est jamais rétribuée par un salaire; mais la journée de pomotch se termine toujours, à la grande joie des travailleurs, par un repas homérique accompagné de distributions d'eau-de-vie.

Unecatégorie spéciale de manufactures, placée sous le régime de Vabrock^ offre un exemple particulièrement curieux d'association, dans ce sens qu'il réalise partiellement, au milieu d'un état social si généralement en arrière du mouvement civilisé de l'Occident, un progrès que notre organisation industrielle a encore à peine entrevu, à savoir : V association on^rière dont nous avons parlé, dont nous parlerons plus longuement encore ^ Ces manu-

' D'après Golowine {Esprit de l'économie politique), les artèles forment en outre une compagnie mutuelle de probité. Leurs membres répondent les uns jionr les autres et restituent à frais communs les valeurs que l'un d'eux pourrait soustraire.

2 L'association du capital et du travail se trouve aussi spontanément réalisée par

factures, véritables communes industrielles, analogues sous certains rapports à celles que nous avions au moyen âge, offrent la réunion (Vuiie multitude de petits fabricants, exploitant à leurs risques et périls, d'après les principes delà communauté, de l'indivision du sol et du droit à l'assistance, tout en réservant plus ou moins le principe de l'intérêt individuel et de l'action propre de chaque famille. Vabrok est payé en commun , mais non par parties égales ; caries chefs de la commune, — chose plus remarquable encore, — tiennent compte, dans la part de paiement qu'ils assignent à chaque famille, non-seulement du nombre d'individus ou de ia quantité de terres attribuée, mais de l'importance des opérations que cette famille entreprend ou, en d'autres termes, résolvent patriarcalement, à la satisfaction de chacun, les questions si complexes d'impôt proportionnel et même progressif.

Les produits de la manufacture ^ se vendent de concert; souvent même des syndics spéciaux, opérant pour les producteurs réunis, gèrent des dépôts où ces produits sont centralisés et oii le commerce spécial vient faire ses approvisionnements ^. Les produits tirés du dehors en échange sont achetés suivant le même mode.

Si de 1 Europe orientale nous passons aux régions de notre Occident, nous trouverons aussi des modes plus ou moins complets d'association spontanée, sauvegardant l'individu par la réunion des instruments de travail et par l'exploitation en com-

im ariiro type trè.s-remarquable de notre pays, le Saunier-Lettrier de la Saintonge à (jui une lettre du jjropriétaire, c'est-à-dire un acte authentique ou sous seing privé d'une date Tort ancienne, confère, ainsi qu'à ses héritiers, le droit de saunera perpétuité sur une certaine étendue déterminée de marais, alors même que le marais viendrait à être divisé entre jjlusieurs Propriétaires. Cette convention, qui grève la propriété au profit de l'ouvrier d'un véritable droit au travail, et qui garantitson existence contre toutes éventualités, se maintient encore fermement, par dérogation aux principes de la législation uiodcnic.

< Le plus ordinairement ce sont les tissus comuiuns, les ustensiles en bois ou en fer, les objets grossiers d'ameublement ou de travail destinés à la consommation populaire.

^ Les communaulLS imlustrielles se retrouvent encore de nos jours dans d'autres régions de l'Europe, notamment chez les paysans fondeurs et forgerons de la Suède; chez ceux de la Westplialie et des Alpes centrales. La célèbre coumnmauté des Jaidts. paysans agriculteurs du bas Nivernais, au sujet de laquelle AJ. Dupin aîné a publié une notice si intéressante (déjà cite par nous), a oITert eu France, jusque dans ces dernières années, un exemple bien plus absolu de commuuauté.

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