‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 205 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE VIÏI. 3S · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE VIÏI. 3S

miin ou par Fassurance directe contre les éventualités fâcheuses qui peuvent l'assaillir ; mais ces associations vont s'éloignant de plus en plus du système des communautés dont l'essence est d'entraver l'initiative individuelle et même de l'ancien mode corporatif, qui établissait entre les artisans des liens encore trop étroits et trop exclusifs. Elles tendent pour la plupart à assurer la sécurité des existences en respectant la liberté du travail et de la vie domestique.

Prenons quelques types des plus saillants :

A Saint-Sébastien (Espagne), il existe, depuis un temps immémorial, des associations de pêcheurs côliers formées le plus souvent entre pêcheurs et capitalistes. Le capitaliste possédant une barque charge un pêcheur expérimenté de recruter un équipage, auquel est attribuée, à peu près suivant le système du métayage agricole, une part déterminée dans les bénéfices de l'entreprise. Indépendamment de cette part, chaque pêcheur associé aie droit de prélever sur les produits quotidiens de la pêche la quantité de poisson nécessaire à la consommation de sa famille. Une surveillance réciproque et d'antiques habitudes de loyauté préviennent tout abus dans ce prélèvement *. Il existe de plus entre les membres de toute association de ce genre une organisation d'assistance mutuelle fondée sur les bases les plus simples : il est établi que tout membre retenu par la maladie et ne pouvant concourir aux travaux de la pêche, reçoit sa part habituelle de bénéfices, quelle que soit la durée de la maladie. Ce secours ne lui fait jamais défaut, et ainsi sa famille se voit toujours préservée de la misère. Des associations analogues fonctionnent dans beaucoup d'autres parts ^.

Les communes basques présentent encore une organisation de l'assistance réciproque qui, pour ne pas reposer , à proprement parler, sur une association contractuelle , n'en constitue

< Dans la même ville, comme aussi à Bilbao, les femmes des pêcheurs sont en cuire investies par les municipalités du privilège exclusif de certains travaux qu'elles peuvent exécuter facilement, tels que le déchargement des sables contenus dans la cale des navires venus sur lest, ou le transport des morues du quai dans les magasins. Ce sont là de véritables ateliers de charité.

2 On en a signalé l'existence, même chez les peuplades sauvages de l'Afrique et du Nouveau-Monde.

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pas moins un véritable système d'assurances mutuellistes. Quand une maison a été brûlée , chacun vient au secours du propriétaire pour l'aider à la reconstruire. Si, par suite d'un accident grave, blessure ou maladie, une famille perd un de ses soutiens, tous donnent à cette famille des secours en nature ou en argent. Si dans une épizootie, un troupeau est détruit , tous les cultivateurs qui possèdent des brebis contribuent à réparer la perte du propriétaire en lui donnant quelques agneaux. Lorsqu'un enfant part pour l'armée, on fait dans le village une collecte à son profit parmi les jeunes gens et les jeunes filles. Sans doute, ce système est imparfait et insuffisant, puisqu'il repose, non sur des bases positives , mais sur des habitudes qui peuvent se transformer ; mais on se tromperait étrangement, en croyant que la dignité de l'individu ainsi secouru a jamais pu être compromise. Le sentiment de solidarité existant entre les membres de la même commune, l'idée d'obligations mutuelles résultant pour chacun d'eux de cette solidarité, sont si profonds, et les secours si universellement donnés et reçus, que ces secours n*ont jamais entraîné l'idée d'aumône. Une organisation aussi exceptionnelle n'est certainement pas destinée à survivre aux anciennes mœurs qui, chaque jour , vont s'affaibHssant, même parmi ces populations primitives.

Il en est même des habitudes d'assistance réciproque existant depuis longtemps en dehors du compagnonnage et des sociétés mutuelles proprement dites, parmi les ouvriers châliers de Paris. C'est, en effet, un usage qu'on dit remonter aux gaziers, autrefois si nombreux dans cette ville, de faire au profit des ouvriers malades ou des convalescents des quêtes dans tous les ateUers de la profession. L'initiative de ces quêtes est ordinairement prise par les amis du malade : les chefs d'ateliers donnent seuls, s'il s'agit d'un chef d'atelier; les ouvriers, s'il s'agit d'un ouvrier. 11 est sans exemple qu'un ouvrier tisseur se soit abstenu de donner en pareille circonstance. La pression de l'opinion fait de la contribution de chacun une obligation morale qu'on n'éluderait pas sans honte. Le chiffre des cotisations varie de 25 c. à i fr., et le mont.uit d'une quête peut, dans certains cas, atteindre de 100 IV. à 150 fr. Dans cet exemple encore , on fait observer avec raison que le produit de la quête u'é-

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