PARTIE lî, CHAPITRE Vfll
tant pas considéré comme une aumône , celui qui le reçoit n'en est nullement humiliée Une semblable organisation de l'assistance a, en outre, cela de remarquable , qu'elle constitue un devoir pour celui qui donne , sans constituer un droit pour celui qui reçoit. On peut prévoir le moment prochain où le souvenir du système corporatif étant complètement disparu parmi les ouvriers châliers, agents d'une industrie où la diversité des travaux comme la rivalité des fabricants et la différence des salaires sont d'ailleurs un obstacle à l'union , celui d'entre eux qui ne fera pas partie d'une société de secours régulièrement établie sera livré à l'isolement absolu.
Les mœurs exceptionnelles d'une race forte, adonnée à l'épargne, au travail opiniâtre ; isolée au milieu de la population ouvrière de Paris et forcée par cet isolement de respecter les liens d'une intime solidarité, maintiendront, au contraire, longtemps encore , parmi les ouvriers émigrants de l'Auvergne ''^, les excellents rapports qui les garantissent contre la maladie et le chômage forcé qu'elle entraîne. L'usage d'après lequel, moyennant une faible rétribution exigible sans échéance fixe , l'ouvrier en question charge un de ses camarades de servir momentanément sa clientèle \ est presque aussi pratiqué qu'il l'a jamais été *.
On voit, par les divers exemples qui viennent d'être cités, que certains types de population peuvent encore, à la rigueur, se passer pour quelque temps des institutions modernes par lesquelles a dû généralement être organisée l'assistance mutuelle des classes laborieuses. Lorsque les derniers vestiges d'un passé qui eut ses mérites comme ses vices seront disparus sans retour,
* Les fabricants ne contribuent d'ailleurs aux quêtes que dans des circonstances exceptionnelles.
2 Porteurs d'eau, commissionnaires et autres.
3 C'est souvent, en somme, un simple échange de travail. Les échanges de travaux, fort usités dans l'ancien régime européen,, se retrouvent encore dans beaucoup de contrées : en Russie, en Espagne, dans notre Bretagne. (Voir les Ouvr. europ I, II,
XX, XXIX.) Nous venons plus loin plusieurs exemples de sociétés de secours mutuels proprement dites, qui ont accueilli ces échanges.
* Des exemples analogues de fraternité peuvent être cités chez les émigrants Marchois parfois si nombreux à Paris. Nous verrons plus loin, cependant, que leur nombre même exigerait la création immédiate de sociétés de secours mutuels.
les sociétés de secours mutuels s'offriront, bienveillantes et fortes, pour combler avec avantage la lacune qui résultera, çà et là, de cette disparition inévitable.
Abordons maintenant, et pour la continuer sans interruption, l'étude détaillée des associations dont il s'agit.