PARTIE III, CHAPITRE IV
l'institution, la prévoyance *. Cette admission, laquelle matériellement représente dans la caisse commune le bien qui, tout désirable qu'il est , n'est pas de l'essence de la société ^, nous semble si peu dégrader cette société , que nous en avons fait, par le rapprochement des classes, une des assises les plus larges des améliorations de l'avenir. Faut-il ajouter de nouvelles considérations : les sociétés facilitées dans leur marche, souvent laborieuse , par l'assistance désintéressée d'hommes habitués aux affaires ^ ; la possibilité de se passer ainsi de l'agent salarié qui, dans quelques cas, « devient le maître absolu de la société ^ ? » Mais n'en avons-nous pas assez dit sur ce point. Les sociétés de secours mutuels ne sont d'ailleurs nullement encouragées à trop compter, pour l'accomplissement des obligations qu'elles contractent par leurs statuts , sur les souscriptions des membres honoraires, c'est-à-dire sur les souscriptions gratuites et qui n'engagent que le présent. « Fonder la prospérité sociale sur le versement des membres honoraires, a dit la Commission supérieure ^ , n'est-ce pas méconnaître le but et la portée de l'association mutuelle, lui donner le caractère d'une œuvre purement charitable, et la rapprocher du bureau de bienfaisance ^?))
Il n'est donc absolument personne qui ne reconnaisse que, dans une institution oii le principe de la mutualité est le principe dominant, ce n'est qu'à titre d'accessoire qu'il faut appeler l'intervention matérielle des membres honoraires ; mais vouloir en bannir tout à fait cette intervention, et, sous prétexte que l'ouvrier ne doit demander son bien-être à d'autres qu'à lui-
* On l'a fait remarquer en outre : quand dans une commune opulente ou modeste, un citoyen généreux lègue en mourant une partie de sa fortune pour fonder un établissement d'utilité publique, est-ce qu'il y aurait quelque chose qui souffrirait dans l'honneur de chacun des habitants et dans la dignité de la commune. (M. Giraud, la Fraternité, 1864, p. 232).
2 C'est de la même manière qu'elle est envisagée du reste par la commission permanente belge : « Les souscriptions des membres honoraires ou protecteurs et les dons de toute nature doivent rester acquis en totalité au fonds de réserve, la contribution des participants devant suffire à faire face à toutes les dépenses obligatoires ))(1862, p. 12). Si nous nous trompons, nous nous trompons en libérale compagnie.
3 On verra à l'appendice l'opinion sur ce point de M. Scratchley, du D"" Farr, etc.
* Rapport de la comm. sup. pour 1856.
5 Ibid. pour 1854, p. 13.
même, vouloir réduire les sociétés à ne comprendre que des ouvriers, ce serait diminuer gratuitement , et par un abus de logique, l'avenir de ces sociétés ; ce serait fermer les yeux devant un des éléments civilisateurs les plus puissants, qu'au moins à l'époque présente, et toute réserve faite sur l'avenir, l'association puisse offrir à la régénération sociale.
Nous admettons que l'intervention des membres honoraires, si elle était imposée, deviendrait « blessante, au lieu d'être, comme on se plaît à la concevoir , douce et bienfaisante ; * » et malgré notre foi profonde dans leur rôle social, nous nous rangerions aussi du côté des adversaires de la loi, si toute société devait obligatoirement, et bon gré mal gré, recruter des membres de cette catégorie. Mais nous n'avons trouvé cette obligation dans aucun texte. Les sociétés, nous l'avons dit vingt fois, sont libres d'accepter ou de ne pas accepter l'approbation, d'insérer ou de ne pas insérer, dans leurs statuts, une clause disposant qu'il pourra y avoir des membres honoraires ^. La loi a des faveurs pour celles qui acceptent la clause; la loi anglaise, elle aussi, a des catégories de sociétés. Avons-nous besoin d'ajouter, du reste, que, danstel ou tel cas donné, nous reconnaissons très-bien qu'une société peut rendre les plus grands services sans posséder de membres honoraires et en s'appuyant sur une mutualité stricte? Nous croyons avoir la compréhension du rôle des membres honoraires; nous n'en avons pas la superstition.
Un rapport de l'Académie des sciences morales et politiques ^, tout favorable, du reste, au principe de l'admission de ces membres, a exprimé le regret qu'ils ne fussent pas élus parlcsouvriers eux-mêmes. Aux termes du décret organique, l'admission est, en effet, prononcée par le président et le bureau. Nous ne verrions pas, quant h nous, d'inconvénients sérieux à ce que, suivant le va}u de l'illustre rapporteur, le mode de l'élection par l'assemblée générale fût adopté. Peut-être rendrait-on tout àfaitimpos-
' M. Iliihbanl. Journal des économ. Juillet 18GI, |). 128.
2 Cette consécration de la laiulié de recevoir des membres honoraires est tout ce qui est demandé aux sociélés comme condition do Vapprobotion. Beaucoup de sociétés sont apprunvécs tous les jours qui, en fait, n'ont pas un seul membre bonoraire. On en cite même qui, approuvées depuis plusieurs années, n'en ont pas admis un seul.
3 Rapport de M. Odilon Barrot sur le concours Morogue, 1863, 7« et 8«livr., p. 31.