PARTIE III, CHAPITRE IV
sibles ainsi pour l'avenir les lamentables appréciations de certains critiques qui trouvent que , tout en voulant inspirer à l'ouvrier cette virile confiance en soi qui fait l'homme de cœur, on l'envoie tous les mois tendre la main à cette aumône mal déguisée, qu'on appelle la cotisation du membre honoraire ^ Est-il nécessaire de rappeler ici que c'est le membre honoraire qui demande lui-même son admission ; que son honorabilité est discutée par les représentants de la société , et que s'il y a une main tendue et cordialement placée dans une autre main, c'est celle du riche venant spontanément aider le travailleur à supporter les mauvaises chances de la vie...?
(( Ne vous semble-t-il pas, Monsieur, nous faisait l'honneur de nous écrire sur ce sujet l'éminent président de la commission permanente de Belgique, qu'en classant en deux partis, par exemple, les hommes qui s'occupent des sciences morales et politiques ; en désignant les uns par le nom d'amis et les autres par celui d'adversaires, on soit tenté plus souvent de se plaindre des premiers que des seconds?.,. Les premiers pas des classes ouvrières, dans le champ de la prévoyance en France, remontent à une époque si récente, qu'on ne saurait trop les encourager, et j'aurais voulu écarter des discussions de nature à jeter du doute dans leurs esprits, même à embarrasser leur marche. Mais le mouvement est donné, la vitesse d'impulsion est acquise ; quelques phrases, quelques doutes, quelques critiques n'arrêtent point le mouvementlent,mais certain, del'humanité. Le patronage est utile dans son origine ; il est accepté sans rougeur au front par l'ouvrier anglais. Il fait bien. Si plus tard, quand il pourra s'en passer, il le refuse, peut-être il fera mieux. Mais très-difficiles, très-susceptibles pour ce qui concerne notre dignité individuelle, admettons que d'autres puissent encore avoir besoin momentanément de tutelle... » Nous ne pouvions finir, par des paroles plus hautes et plus fermes, l'examen de ce difficile sujet '^
< Rapport à la Société philomathique de Bordeaux, sur le livre le Paupérisme et les associations de prévoyance.
2 Le principe des membres honoraires a été combattu dans un article très- sérieux et très-mesuré de M. Paul Bethmont [Courrier du dimanche, du 10 avril 186'0; mais cet article, d'une part ne fait mention en rien des éléments de fusion des classes que i. 28
11 est à regretter, a-t-on dit encore, que le décret de 1852 ait tellement resserré le cercle des opérations des sociétés, qu'elles semblent n'être légalement autorisées qu'à donner des secours en cas d'accident, de maladie et d'infirmité, et à payer les frais funéraires de leurs membres. Sous ce rapport, les auteurs des lois belge et anglaise se sont fait une plus juste idée des services que peut rendre l'assistance mutuelle.
On a vu, dès la première partie de ce livre, de quelle infinie variété d'applications les sociétés de secours mutuels sont susceptibles pour nous, quels caractères multiples elles nous paraissent devoir revêtir pour accomplir leur rôle dans l'organisation générale de la société. Le cercle dans lequel se meuvent légalement les sociétés anglaises et belges est certainement plus étendu, nous l'avons constaté, que celui que la loi a littéralement tracé pour les sociétés françaises. Mais l'énumération faite par cette loi des objets que peuvent se proposer les sociétés n'est, à notre avis, nullement limitative. Les nombreux exemples que la haute commission chargée de veiller à la stricte exécution du décret a cités, et cités avec éloges, de sociétés embrassant dans le but d'être utiles à leurs membres d'autres circonstances que la maladie, l'infirmité, la vieillesse, le décès, seraient une preuve à l'appui de cette opinion, si la commission n'avait pris soin elle-même de dissiper explicitement sur ce point tous les doutes. Loin de s'effrayer de la diversité des statuts et de vou-
rcnferment l'admission et le contact permanent de ces membres, d'autre part semble croire que le concours matériel qu'ils apportent sert à réduire les cotisations des membres participants, en vue de la maladie, etc., — une société par exemple qui aurait versé l fr. ne versant que 1 fr. 50 quand elle a des membres honoraires. — 11 y a donc là, et une lacune (|ui empêche d'envisager le point de vue le plus important de sujet et une erreur de lait évidente qui vicie plus ou moins les conclusions.
Quant à nous, nous ne saurions trop le répéter, il ne nous faut rien moins que la considération décisive, à notre sens, de l'antagonisme social à combattre pour nous faire atténuer inème momentanément le i)rinci[ie qui nous est aussi cher qu'à n'importe qui d'hommes se suffisant absolument à eux-mêmes en s'assurant réciproquement et exdusivenjeiit. Nous savons (jue la thèse contraire à la nôtre est plus démocratique dans le sens étroit du mot ; mais il s'agit de dire ce qu'on croit être la vérité, dut-on heurter ses propres tendances. Que notre pays, du reste, arrive à n'avoir pas plus de classes à proprement parler (pie les États-Unis — et bien qu'il dut rester toujours à examiner s'il est bon (pie la richesse et la pauvreté n'aient absolument aucun point de contact, la question générale qui s'appelle ici l'admission des membres honoraires j)0uiTa se présenter sous une autre face.