‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 25 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE II

rite pour le soulagement de l'indigence comme pour les travaux du commerce et de l'industrie *, » il est certain que la raison publique est loin d'être assez avancée pour comprendre l'abdication de l'État en pareille matière^. Tout au plus comprendelle que l'État qui, strictement, comme chacun, ne doit à chacun que la justice, mais qui désarme souvent quand il ne guérit pas, ne doit entreprendre de secourir la misère, même celle qu'il peut assister sans péril, qu'à défaut et vu l'insuffisance de la charité privée.

La solution des questions que nous venons de poser, quelque importante qu'elle soit intrinsèquement, ne présente du reste qu'un intérêt presque subsidiaire pour les déductions que nous avons à tirer dans ce travaiP. Sans avoir besoin de constater si l'assistance publique est énervante, démoralisatrice, si elle avive et perpétue le mal qu'elle soulage momentanément, précisément parce qu'elle le soulage; il nous aurait suffi à la rigueur de nous assurer si, même toute question de lendemain mise à part, elle peut apporter un secours sérieux à cette misère présente, dont le spectacle émotionne tant son cœur, que sa raison en perd souvent l'équilibre. L'assistance publique n'est-elle pas, quoi qu'on fasse, complètement impuissante en présence du paupérisme ?

Ici nous entrons dans la région des faits ; nous sommes peu exposés à des mécomptes. Or, que nous disent les faits?... Nous

^ Duchàtel, ut. sup., p. 209.

2 « La sécurité publique, aussi bien que l'humanité, commande certains ménagements, l'habitude aussi ; en tout cas on ne peut procéder que par transitions aux réfermes. » (Ch. de Brouckère, ut sup.).

3 II en est de même de la question tant agitée qui se renferme dans la formule suivante : la société, en venant au secours de l'indigence, obéit-elle à une simple obligation morale, ou est-elle liée envers l'indigent par une obligation rigoureuse et civile, de telle sorte qu'envers lui elle acquitterait une véritable dette; ou, en d'autres termes, le devoir de la société de faire l'assistance, constitue-t-il un droit pour l'individu? Le caractère du progrès futur sera justement de venir sur le terrain des faits rendre oiseuses et sans objet ces discussions métaphysiques qui ont si profondément et si longtemps divisé les hommes. Disons en passant que même parmi ceux qui assimilent la charité légale au devoir de garantir la sûreté des personnes et des biens, les bons esprits ne reconnaissent pas aux pauvres de droits personnels contre la société. 11 n'est pas, a dit M. Dupont-White, dans la nature des devoirs de l'État de susciter des droits corrélatifs qui puissent être la matière d'une revendication juridique. M. de Gérando avait conclu dans le même sens.

3t) DU PAIPÉRISME.

pourrions prendre à pleines mains dans l'histoire ^ Les matériaux y sont inépuisables dans cet ordre d'idées ; mais nous ne devons pas nous égarer dans les détails ; franchissons donc le cours des âges et arrivons immédiatement à l'époque présente. Noire exposé sera succinct.

Deux documents publiés dans ces derniers temps vont nous servir de guides. Les chiffres qu'ils mentionnent remontent

• L'histoire nous iiionlrerait dans tous les temps et dans tous les pays la misère non-seulement restant slationnaire, mais grossissant au fur et à mesure de l'organisation des secours publics.

I.a charité légale est le dernier mol du génie anliiiue en fait de secours collectifs. Le droit à r.i!>sistance n'a jamais reru une application plus étendue et plus complète qu'à Rome. Libéralités des magistrats entrant en charge, distributions gratuites, congiaire au peuple, donatif à l'aruiée, création de ï'annone, remises d'impôts, partage des terres, ce vaste i'n>emble ^'inspirait sans doute, la criti(iue moderne l'a démontré ', d'idées politiques plut«')l que d'idées d'assistance ; il n'en constituait pas moins un système plus que cduiplel. Quelles misères |»ourtant, factices ou réelles! quel accroissement d'exigences suivant l'accroissement des satisfactions! (luelle lèpre! D'après M. Naudet, César, voulant mettre ordre à ses finances, trouva les trois quarts de la population inscrite sur les listes des pau\rcs ayant droit aux secours publics. Résultats analogues à Athènes, sous rinlluence surtout du théorique de Périclès, véritable jeton de présence accordé à la fainéantise.

l'arliTons-nous, car les modes les plus divers ont quelquefois des points de contact, des rnoiiu-s du moyen âge (ju'un écrivain (juc nous avons déjà cité plusieurs fois - nous représente, peul-(^lre avec un peu trop de couleur, « d'une main, poussant à coups de fouet leurs serfs au travail et de l'autre distribuant des aumônes à quiconque frappait à la porte du couvent •«. » Capitulaires de Cbarlemagne, ordonnances de Louis VIII, de saint Louis, de Jean le Bon (cette dernière tant de fois citée avec sa peine du fer chaud contre les oiseux, truands ou mendiants récidivistes); ordonnances de Charles VII. de Louis \l, de Charles VIII, de Louis XII, de François U% de Louis XIII, de Loui» XIV, de Louis XV, de Louis XVI, quelle multiplication de la mendicité que celle qui motiva tant de mesures, faibles digues contre ces foules affamées, poussées

I Ndtnininunt M. Nuiidet.

• M. OiuhàU'l, lit iup., p. hH.

• l.v» n.uv.-nts du inoyoïi ù- • uni rondu d'immenses services; ils ont été « les défricheurs de TEuropc,. n d.l M. Gu.zot, (imihnt de ronlrc de Saint-Benoit), ils ont peut-être sauvé de la t«. Lune les HCienccs t-l les arts. Dans l'ordre do rassislanco - louchant et déplorable spec- Uclc - on voyoïluoiivenl les plus pauvre» d'entre eux se dépouiller avec uue sorte de joie du oéi' H8«irc |H»ir le donner sans discernement au premier venu, au cher pagure (paor kez, ronime on dit encore en llrela^-ne). - Pour nous, nous ne sommes pas de ceux qui, argumentanl l..„H.em.-nl du I.H7.are de 1 Evangde, prétcn.lcnt ,,ue le Christ a constitué, non pas le ..au-

__. , . 1 ■ 1 .. — l'apôtre : « et nous n'avons mangé

.^ de faux .nd.genlH In M.l.stnnco du thcsl qu. appartient aux vrais pauvres. » Voir sur ce sujet

ïr'/llwlîrrt:.''':-;''^^^ " "'"" ''»'"•"""•-»«''• ^^^ chanté de 18.55. - AnnaL a$ la enartté, p. GO*.i a (i-j.>.;

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