‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 26 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE II

déjà à quelques années ; — mais l'un d'eux embrasse une durée de vingt-deux ans et l'étude des résultats successifs fournis pendant cette longue période démontre qu'on peut parfaitement accepter les résultats qui vont suivre comme le tableau de la situation présente. Le premier de ces documents est dû à un homme qui jouit dans la science administrative d'une grande autorité, et qui est en outre, par sa position, l'un des principaux représentants de l'assistance officielle, à M. de Watteville, inspecteur général des établissements de bienfaisance. Rapport sur la situation du paupérisme en France, tel est le titre de cette immense collection statistique qui est bien l'une des œuvres les plus curieuses et les plus fécondes en enseignements dece tempsci. Bureaux de bienfaisance; hospices et médecins des pauvres ; salles d'asile, crèches et écoles gratuites; sociétés alimentaires ; bains et lavoirs publics ; maisons d'éducation correctionnelle et colonies agricoles ; monts-de-piété et dispensaires ; assistance judiciaire et ateliers de charité ; hospices d'enfants trouvés et asiles qui recueillent les aveugles, les sourds-muets, les aliénés, tous les déshérités enfin; institutions destinées à prendre au berceau l'homme dépourvu des ressources de la fortune, à protéger sa première enfance, à instruire et moraliser sa jeunesse, à assurer le repos de ses vieux jours, à lui donner les secours de l'art quand il est malade, à prévenir l'abandon de sa famille, à lui procurer un remède spécial pour chacune des mille infortunes qui peuvent l'accabler : tout le le monde connaissait ce vaste ensemble, legs pieux des siècles, tant accru par notre génération et qui, s'il suffisait d'efforts, de persévérance, de combinaisons, d'imaginations infinies dans le bien, ne laisserait pas une seule infortune en dehors de son action tutélaire. Tout le monde savait que dans notre France, mieux placée qu'aucun autre pays, pour tirer de la bienfaisance tous les bons résultats qu'elle peut donner, et à l'abri des inconvénients criants que son exercice entraîne ailleurs; dans

souvent par d'épouvantables misères jusque sous les murs de Paris et que ni carcan, ni galères, ni bannissements ne pouvaient réduire.

Chacun peut poursuivre à son gré et mener jusqu'à nos jours cette lugubre série dont les innombrables détails, du reste encore épars çà et là, ne seraient pas ici à leur place.

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notre France où la l)ienfaisance publique n'est considérée avec raison par les gouvernements que comme un complément de la bienfaisance privée*, agissant là seulement où il reste une œuvre à accomplir, et cherchant à joindre les vues d'ensemble aux vues individuelles et bornées; tout le monde savait que bien des soullVances isolées étaient soulagées chaque jour au nom du corps social, que bien des maux étaient apaisés ^ Mais ce que nul ne savait, c'était non pas seulement l'étendue de la misère proprement dite, — nous avons vu plus haut que dans l'état actuel des choses cette donnée ne pouvait être acquise à la science, — mais même l'étendue de la misère officielle, de celle (}iii réclame les secours publics. Ce que nul ne savait surtout, c étaient les résultats précis produits par le service des secours à domicile, <( cette perfection de la charité publique, » suivant ^e\pres^ion d'un ministre du premier Empire, et la partie la phis réellement importante de l'assistance officielle au point de vue de la misère générale et de l'auscultation morale du mal.

(Ju('l(jues-uns ont contesté que M. de Watteville ait absolument comblé cette lacune. Ce qui est certain, c'est que par lui nous avons eu le premier document authentique et sérieux ^, envisageant la question sous toutes ses faces et posant dans un cadre immense * lesfondements d'une statistique spéciale etdélinilive du paupérisme officiel en France. Ici les chiffres seront

• l'n «les roprôsenlanls los plus élevés du pouvernement, M. Delangle, disait même n rnnnu'iil dans une rnmion pnidiiiiic : « La charité légale humilie, elle déprave quel- «jurfiiis en inspirant le dégoût du travail. »

- Les dépenses de l'assistance publiijue proprement dite prise dans son ensemble, et en t.'iiips ordinaire, peuvcnl être évaluées en France à 150 millions environ. —En 1853, date de la dernière pultliration ofliciclle, les bureaux de bienfaisance avaient dépensé 17 1/3 millions, les hôpitaux et hospices 79 millions (dont 9 1/2 millions pour 1 20.170 enfants assistés) ; les établissements d'un ordre inférieur, tels que les crèches, les salles dasdes. les ouvroirs et les dé|KUs do mendicité 3 millions, savoir : les crèches (84 comprenant '2,071 berceaux et ayant recueilli 0,279 enfants), 205,000 fr.; les salles d'asile (2,203 ayant reçu 217, 150 enfants), 1 ,000,000 fr. ; les ouvroirs (62 ouverts à 27.272 jeunes lilles), iUO,000 fr. ; les dépots de mendicité (21 ayant entretenu 4,773 mendiants), 722,515 fr. Les asiles d'aliénés (39 asiles) avaient dépensé pour traitement de 5i, 52 i aliéné? indigents 7 millions; les départements, pour l'assistance en argent, et l'exlinctum de la n.endieité, 0 millions; le budget de l'État pour secours, crédits, 35 millions. Total. l'iS millions.

3 Dont les faits ninonlenl du reste à l'année 1847.

* IVi sonne à com. mu n'était en position de rendre aussi complet un premier travail.

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