PARTIE I, CHAPITRE II
à nous des homme s progressant déplus en plus dans la dignité, la moralité, le bien-être. Nous avons donc reconnu que, pour donner au pauvre un chétif adoucissement, on était exposé à lui enlever les moyens de conquérir par luimême et par son labeur la liberté, la moralité et l'aisance, par conséquent à aggraver irrémédiablement sa misère *. Triste découverte, en vérité, contre laquelle le sens moral et la raison intime de l'homme se révoltent au premier abord, et qui ferait croire à l'observateur superficiel que le monde est fatalement voué au génie du mal! Serait-il possible en effet que l'exercice de la plus belle, de la plus touchante des vertus ^, pût produire de tels résultats, et que l'intérêt bien entendu des nations fût en désaccord, en contradiction même, avec les principes éternels de la morale !
Rassurons-nous. — Aucune science, aucune observation n'aboutiront jamais à des négations aussi désespérantes, et l'économie politique peut énoncer hardiment, et sans les fausses réserves de la première heure, ses doctrines nouvelles^. La morale éternelle conservera toujours ses privilèges ^, et la charité sera toujours non-seulement la plus noble inspiration du cœur, mais encore la plus socialement utile de toutes les vertus ^? Une seule distinction est nécessaire ; il suffît de comprendre que de même que la médecine est loin d'exclure l'hygiène qui est la médecine préventive, de même la charité ne réside pas uniquement dans le secours et qu'elle peut avoir d'autres expressions que l'aumône. Est-elle autre chose en effet quelamani-
^ La charité qui se traduit simplement par l'aumône est, s'il est permis de s'exprimer ainsi, une sorte de régime protecteur de la misère. (Wolowski.)
'■^ De cette vertu qui faisait dire à saint Louis parlant à son fils : « Ayes le cueur doulx et piteux aux povres et les réconforte et aide en ce que tu pourras. »
^ Cette science, qui entre à peine à l'heure présente dans l'enseignement supérieur, et cela, disons-le en passant, dans des conditions où elle ne peut perdre cette liberté d'allures qui lui est plus indispensable qu'à tout autre, estjeune en effet par les doctrines, si elle est déjà vieille par les faits.
^ N'est-ce pas un des pères de l'économie politique, l'illustre Turgot, qui a dit : « Le soulagement des hommes souffrants est le devoir de tous et l'affaire de tous? »
5 Le grand ministre de la charité, dans la première moitié du xvii« siècle, saint Vincent de Paul doit certainement figurer même dans notre histoire purement politique parmi les plus illustres noms dont la France s'honore. (Lire le beau livre de M. Feillet, La misère au temps de la Fronde.)
festalioli sublime de raniûur que nous éprouvons tous à un degré plus ou moins vif pour nos frères ; manifestation qui peut être multiple et iiiliiiie comme Tamour lui-même, et qui est indélinimt'Ut perfectible, puisque le progrès s'étend à
tuul '.
Il semble du reste que cette vérité devrait être maintenant comprise; il semble qu'elle devrait être dans le domaine public du bon sens. Comment est-il aujourd'hui besoin de discussions pour faire admettre que la charité doit plutôt s'appliquer à prévenir la misère qu'à la soulager, à supprimer ses causes (pi'à lutter stérilement contre ses effets? Que la charité soit préventive, et alors, au lieu de voir ses bons effets finir après l'acte (jui l.'s a produits; au lieu de voir les besoins auxquels elle est venue en aide se reproduire quelques heures, quelques jours après, avec une intensité et une exigence plus grandes; au lieu d'être obligée entinde reconnaître douloureusement la complète inanité de ses eiforts, elle verra ses bienfaits se prolonger par leurs résultats, ses bonnes œuvres lui survivre éternellement, ses saeritiees se translormer en un capital productif dont la société, autant que l'indigent, recueillera les intérêts. Tel est le véritable esprit de la charité, celui que la science, comme la morale, proclame l'auxiliaire indispensable, sinon le premier moteur des réformes et des améliorations sociales. C'est dans ce sens(|ue l'on a pu écrire, avec autant de vérité que d'élévation, CCS paroles : u Le rùle que la fraternité a joué dans le monde est inunrnse; celui qui lui reste est magnifique. Il y a plus de vei lu \H)\\v lamélioration de l'existence du faible dans ces mots : Aimez-vous comme des frères^ que dans tous les capitaux nés et à naître. » C'est en se plaçant d'une telle hauteur de principes que M. DnchAtel a dit avec tant de raison : Que chacun regarde antdur d.- sci et -rcourc les misères à sa portée, voilà un système complet organisé. »
Les causes de la misère, voilà donc l'étude importante et
• U's.lonsol l.'Ksrliiinliil.losrcrcviaionl certainement une destination plus intellipente si on l«>s npiiliquail a «les enrourap'menls, à la prévoyance et à l'épargne plnlôl que vie la consacrer cxelusivcment au soulagemcul de la misère existante déjà. (La valeur moyenne .innuelle de ces dons «|ui avait clé de ^,74i),82-2 fr. de 1836 à 1840 a été de 3 million» di> Uôl ù ISJô.)