PARTIE I, CHAPITRE III
essentielle, la recherche préjudicielle et fondamentale. Cette étude et cette recherche sont difficiles et complexes, puisque profonds et multiples sont les effets. Elles ont été faites pourtant, et bien faites ; il n'y a pas à y revenir *. Ce n'est pas ici le lieu de retracer, sous telle réduction que ce soit, les classifications qui ont été produites. Les causes de la misère se présentent du reste sous tant de faces différentes, peuvent être aperçues et déduites sous tant de côtés divers, que ces classifications sont loin de s'accorder : autant d'écrivains, autant de méthodes de classement.
Personnelles ou extérieures à l'homme, physiques ou sociales et morales, accidentelles ou permanentes, naturelles ou artificielles, principales ou dérivées, accessibles à la volonté humaine ou impossibles à maîtriser, voilà, pour les causes de la misère, autant d'aspects, qui appellent autant de classements, tous tirés de la nature même des choses, le premier aussi juste et aussi utile que le dernier, celui-ci aussi exact et aussi vrai que celuilà, tous dépendant du point de vue et des conclusions de Tauteur.
Une des grandes divisions, au point de vue de la responsabilité, est déduite de la situation entre les causes générales et les causes individuelles, entre celles non modifiables par l'individu lui-même et celles qu'il peut modifier tout seul ; les premières se rattachant soit à l'ordre politique, administratif, civil, soit à l'opinion, aux préjugés et aux mœurs, soit plus directement au domaine économique ; les secondes se rapportant aux habitudes privées, à l'imperfection intellectuelle et morale des individus et des familles, et tirant toute leur puissance de la volonté de l'homme soumis à leur influence.
L'homme individuellement est la principale force et le principal objet de sa propre activité, le capital et la base première de sa richesse, la ressource virtuelle de son amélioration ; avec
< Un grand nombre d'écrivains ont publié des classifications méthodiques des causes de la misère. L'une des plus complètes et des plus logiquement déduites est à coup sûr celle que M. Joseph Garnier a donnée sous forme de tableau synoptique dans le numéro du Journal des Économistes de juin 1857. On peut citer aussi la classification de Jérémie Uentham, lequel a été jusqu'à trouver huit classes de pauvres, deux genres et un nombre considérable d'espèces. « La meilleure liste que vous trouverez des causes de la misère, a spirituellement dit M. Renouard de l'Institut, est celle des sept péchés capitaux. »
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lui seul on pénMre au cœur des choses et des faits. Le second ordre de causes que nous venons d'indiquer nous occupera surtout, et, certes, ce domaine est bien encore assez vaste.
A la pr^n^i^re division se rattachent au surplus toutes les questions, toutes les idées, toutes les difficultés de l'époque actuelle. Nous n'en ferons pas même une nomenclature rapide et par simple énoncf^ ; elle nous entraînerait trop ^oin '. Il nous est impossible cependant de ne pas remarquer, et c'est là un des caract.'res saillants du paupérisme, combien il présente un aspect vraiment encyclopédique. Questions ardues et brûlantes de l'ordre politique et légal ; formes gouvernementales et droits pulitiques, liberté ou tutelle, répartition et emploi de l'impôt ; hérédité et partage ; division du sol et état civil de la femme ; réformes dans la législation civile ou pénale ; lois sur l'enseignement; excès de centralisation et d'action administrative, etc. — questions moins passionnées, mais plus décisives encore peut-rtre de l'ordre économique : capital et travail ; régime industriel et régime agricole ; concurrence, intermédiaires, machiiH's, culture morcelée et grande culture, émigration des populations rurales dans les villes et engorgement des grands ccutres ^, système protecteur et liberté des échanges; hausse
• Mais, nous a dit un crilique {Journal des Économistes, décembre 18C0), c'est dans l'i-xanien de celle s(';rie de causes (|uo la (jucstion serait posée sur son véritable terrain el vous passez à coté du point à lixer. « Si la misère existe, c'est-à-dire si cbacun ne IMîul pas se procurer par son travail tout ce qui lui est nécessaire, s'il manque de bienétrc, c'est (ju'il existe un vice dans l'établissement de la société, il faut donc demander le» mesures préventives de la misère non à la vertu des associés, mais à la constitution de l'État. 9 A cela nous nous bornerons à répondre, pour le moment, qu'un livre a pour sujet telle ipiestion et non telle autre, el non surtout la réunion de toutes les autres; qu'au surplus la pensée dominante des présentes études est à tort ou à raison de prouver, à propos d'une inslitulion déterminée, que le progrès est dans l'homme luimême plul»»t que dans des mesures collectives, comme dans un ordre d'idées plus général, les destinées des nations — lliistoire le prouve — sont en dernier ressort réglées par l'étal de leur àme. Dépend on yoursclf, disent les Américains, compte sur loi même; sHhsthulf,\ disent déjà les Allemands, assistance par soi même.
'^ Hemarquonsen passant combien sont exa^'érées plusieurs des appréhensions basées sur les divers ordres de causes réelles ou supposées que nous venons dénoncer. Que ne dil-on pas par exemple de tous cotés sur le morcellement indéfini du sol qui s'en irait s'i'mu'ttani cha.pie jour, au grand péril de la production et de l'alimentation ellemême I Les [.arolcs de Tiirgot sur la division des héritages, celles de Necker sur Vivxmensilé des petites propriétés rurales, celles de sir Arthur Young affirmant que « la moitié du sol de la Irance appartient en propre aux petits paysans ; » les Ira-