PARTIE I, CHAPITRE III
générale des prix plus rapide que celle des salaires, défaut de circulation de la monnaie métallique ^ ; est-il une seule des questions autour desquelles gravitent aujourd'hui les sciences sociales, qui, directement ou indirectement, n'ait trait au paupérisme et à ses causes supposées ou réelles ? Immenses et terribles problèmes qui se trouvent posés, avec injonction de les résoudre, à la civilisation sous peine de périr ou de reculer vers le passé, aux gouvernements sous peine des convulsions les plus douloureuses ! Questions suprêmes et anxieuses qui priment et dominent tout ! L'avenir les résoudra certainement, mais ce ne sera que par le concours et sous l'action persistante de chacun ; car, encore une fois, tout est dans l'homme luimême, et, n'y eût-il plus une seule solution à trouver, tout bientôt serait encore à refaire, si l'individu venait à se distraire un seul moment de sa tâche et de son soucieux labeur î « Faisons la production aussi abondante, la répartition aussi juste, la circulation aussi rapide que possible, a dit l'auteur d'un des plus remarquables ouvrages publiés depuis vingt ans sur le paupérisme ^, qu'importe, et aurons-nous rien fait si, comme un vase qui fuit, comme un crible toujours ouvert, l'homme laisse pasvaux les plus sérieux d'auteurs contemporains (M. Hippolyte Passy, M. Legoyt, etc.), les curieux détails de M. de Tocqueville dans son beau livre sur VAncieîi Régime et la Révolution, les chiffres enfin produits par M. Wolowski au congrès de bienfaisance de Bruxelles, de septembre 1857, devraient bien cependant démontrer l'inanité relative des plaintes exprimées à ce sujet.
Et l'excès de centralisation et d'action administrative, et l'abandon des campagnes, par tout ce qui s'élève au-dessus de la condition la plus précaire, et le développement exagéré de la capitale, et ce qu'on a appelé le Fonctionnarisme ! n'a-t-on pas vu dans l'ouvrage de M. de Tocqueville, les témoignages de Law, de Turgot, et mille détails inattendus, desquels il résulte que la concentration de l'action politique et administrative, que « la tendance apoplectique de Paris, » que la centralisation enfin, ainsi que l'abus des places, loin d'être « des conquêtes de la révolution, » sont au contraire « des produits de l'ancien régime? » N'a-t-on pas vu l'État d'alors, comme celui d'aujourd'hui, embarrassé dans ses attributions et toujours sollicité, tourmenté, affairé, conseillé, accusé, invoqué et provoqué; suivant les expressions saisissantes de Bastiat? Rassurons-nous donc : tout n'est pas nouveau en France, pas plus le mal que le bien, et croyons plutôt aux maux anciens qui s'en vont, qu'aux maux nouveaux qui arrivent.
^ On évalue à 5 millards de francs la masse de monnaie métallique qui circule en France Avec un milliard et demi de francs d'espèces métalliques, l'Angleterre pourvoit à un mouvement d'affaires auquel le nôtre ne peut être comparé. Mais le chèque qui s'introduit à peine chez nous y est en quelque sorte la monnaie courante du commerce.
2 M. Victor Modeste, ouvrage déjà cité, du Paupérisme en France, p. 303, et de la lecture duquel nous avons tiré le plus grand profit.
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scr et se perdre tous ces biens à mesure qu'ils lui viennent? » Combien est donc importante la série des causes individuelles de la misère dont la responsabilité appartient plus immédiatement aux classes laborieuses ! Combien aussi cette série est-elle encore variée ' Surpopulation et mariages précoces, absence du goût du tiavail et inactivité volontaire, ignorance, inconduite, ivrognerie ', exagération relative du luxe ^ insouciance de l'avenir, défaut de frayeur de la misère et d'espoir d'y échapper; quel tririte cortège de phénomènes, tous s'aUiant étroitement ensemble et les uns engendrant le plus fréquemment les autres, un seul les engendnmt ordinairement tous. Une formule unique leur est applicable ; un seul mot les résume tous ! Imprévoyance !
L'imprévoyance... telle est la cause première, la cause radi- (•;il<' (le rindigence, de la misère, du paupérisme. Faites disparaître cet ensemble d'habitudes mauvaises, de vices, d'irréllexions et de défaillances morales qui se synthétisent dans le mot imprcvojifince, et vous aurez d'un seul coup supprimé le lléau \
L'ii^nurancr qui, nous venons de le dire est, concurremment avec l'imprévoyance, une des grandes causes génératrices de la misère, qui, si l'on veut, en est une des faces mêmes, car n'estelle pas le dënoùment de la pensée, a été classée quelquefois au priinier rang dans cette funèbre nomenclature. On peut, en etfet, en faire dériver absolument; et les préjugés et les faux
• Hélas 1 il faut sipiialer à part colto plaie socialo, une des plus terribles de toutes. !* « Ceux qui aclièlenl le superlîu liuissent i)ar veudre le nécessaire. » (Franklin.)
• Un dos plus hardis représentants et des plus vigoureuK penseurs de l'école avancée a dit : « l'ne des liollcs idées du siècle, celle (jui le dislingue de tous les autres, c'est «|ue la soriéié doit rtre or^zanisée de telle sorte ipic la prévoyance soit inutile et la bicnfaisanrc .Huporniie. Les patrons et les ouvriers ont droit les uns et les autres à une garantie sociale qui les dispense de ces rares vertus. » (Alfred Daiumon. — Presse du 7 septembre ISJ.S). Crlle prévision nous parait jiouvoir être un jour jusqu'à un certain point réalisée, on ce «|iii concerne la bienfaisance ; ([uant à un état social rendant la prévoyance inutile, nous «vouiuis i]w nous ne le croyons pas possible avec la liberté de l'homme en sociclé .1 les c(Misc(|uences d'inégalités que le libre arbitre entraîne bientôt avec lui. Quoiqu'on en puisse dire en s'isolant beaucoup trop dans un point de vue considérable mais non unique, la itrévoyance généralisée peut être non-seulement un moyen d'éducation, mais un inslruinnil dcinanciiiation et cela à un degré pour le moins égal à « l'équilibre ;i établir enire le travail et les salaires, » équilibre du reste si désirable.