PARTIE I, CHAPITRE III
plus funestes conséquences ; chacune doit être combattue au nom de l'intérêt même de ceux qui s'y livrent et qui en sont les premières victimes. La destinée et la logique se chargent bien vite, hélas 1 de confirmer la prédication, et de montrer qu'au bout de chaque erreur il y a le châtiment.
Recommandons surtout l'épargne, recommandons-la partout et toujours. Là est le salut, là est la source de tous les biens. Rien d'excessif dans son pouvoir; elle a fait, elle fera toujours des miracles. Faut-il la défendre contre certaines accusations ; faut-il la justifier conti^e certaines attaques? est-il besoin aujourd'hui de démontrer qu'elle n'est pas immorale dans son principe, qu'elle ne pousse pas à l'abaissement des âmes, qu'elle ne procède en rien des mauvais instincts de l'homme ; qu'elle n'est pas l'égoïsme bas et inique, mais le sentiment du bien, du juste et de l'utile, mais la raison droite et la vertu féconde. Non, laissons là ces objections surannées. Dans l'homme qui épargne, c'est-à-dire qui, suivant l'expression de J.-B. Say, sacrifie les satisfactions actuelles pour fonder la sécurité de Tavenir, saluons, avec un autre grand économiste, grand politique, et philosophe profond *, le bienfaiteur de la société^ le créateur d'un atelier public qui fournit du travail à un nombre plus ou moins considérable de producteurs. Proclamons avec lui que l'épargne n'est pas un tort fait à la société et au travail, et que la cause immédiate de l'augmentation du capital, c'est plutôt encore l'épargne que l'industrie ; car c'est l'industrie sans doute qui fournit la richesse à mettre en réserve, mais c'est l'épargne seule qui accomplit cette réserve, qui empêche le capital de se consommer au fur et à mesure qu'il se produit, et qui l'augmente indéfiniment. Démontrons surtout que, nonseulement l'épargne est morale, précieuse pour l'individu, puisqu'elle lui apprend la volonté, que non-seulement elle est utile et salutaire pour la société, mais même qu'elle est impérieusement commandée par la nécessité et les mille accidents qui traversent et troublent la vie, en rendant impossible le travail.
Angleterre, le capital national s'accroît de 50 millions de livres sterling chaque année, les classes laborieuses dépensent pendant la même période une aussi forte somme en boissons spirilueuses et en tabac.
' Adam Smith, Richesses des Nations, liv. II, chap. m.
Ft ici, qu'on ne dise pas que c'est rester dans les nuages ou disserter en satisfait, peut-être même se ranger du côté d'une <. philantliropio hypocrite, » que de recommander l'épargne avec cette per?istance et d'en attendre de pareils résultats. Dans quelle situation, en effet, l'épargne est-elle absolument impossible?... Sur ([ucl terrain aride ne peut-elle pas fructifier?... Pdur (juel déshérité est-elle tout à fait inaccessible ' ? regardez auluur (le vous et voyez où elle a mené ce désespéré de la veille, relativement heureux du lendemain. Qu'a-t-il fait pourtant?... 11 a voulu un premier jour, il a voulu un second et un troisième aussi; il a voulu et encore il a voulu. Vouloir, 'tout est là ^ ; avec la volonté ou arrive au premier fonds ; avec le premier fonds on est arrivé. Car, d'une part, ce qu'on a amassé fructifie, d'autre p:u't, la notion de la prévoyance et de l'économie, autrefois confuse, idéale, lointaine, ne rappelant que des mots presque vides, be précise, prend un corps certain et vous possède à jamais. Le premier résultat, est devenu tangible; l'initiation suit immédiate, définitive; avec l'espoir, avec le stimulant, la science de l'intérêt bien entendu est née en vous.
Certes, la hausse des salaires est une chose éminemment désirable; c'est la plus grave de toutes les questions politiques. Eh bien, en dehors même de cette considération remarquable que cette hausse sera due en partie à l'épargne elle-même, laquelle, par son accumulation , aura augmenté les capitaux, et à l'augmentation de raeti\ilé industrielle et du crédit résultant de l'augmentation de ces mêmes capitaux; en dehors de ce merveilleux privilège des réserves, si on nous demandait ce qu'il faut souh.iiter tout d'abord au peuple : l'élévation du salaire ou l'habitude constante et ferme de l'épargne et le relèvement du sens moral dont cetti^ habitude est l'indice, nous opterions sans hésiter pour l'épargne. Faut-il, en elfet, une grande pénétration pour comprendre cpruii accroissement des ressources qui
• Le plus painn' |i;«ysan do rKuro[ie, k Venty bas-breton, uniiincment nourri d'orge et de sarrasin, trouve cnrorc le moyen de faire des économies. (Voir les mono{,'raphies de M. !-•' ÏMay. ■ Ounirrs ritrcpénis.)
3 Si la verlu et rintérét marrhonl plus d'une fois d'accord, « les dieux ont mis la sueur en avant de la verlu, » a dit la sagesse antitiue. « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, » a dit le livre sarr<^.