‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 38 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE III

alimentent le vice ne sera nullement de nature à détruire le vice; que le vice viendra bien vite à bout de l'accroissement et que l'aisance réelle ne sera nullement augmentée. L'observation a même permis de constater que les salaires les plus élevés ne sont ni une condition ni même un moyen de succès pour le développement de certaines œuvres de prévoyance. Trop souvent l'homme habile et pourvu d'un salaire très-élevé, se repose sur cette habileté qui est à ses yeux la justification de son insouciance \ Il en est de même de la suppression si ardemment discutée, aujourd'hui si heureusement entreprise, de toutes les entraves légales qui gênent la production ou la circulation des richesses. La demande du travail en sera à coup sûr augmentée, et le travail plus favorablement rémunéré; mais il n'y aura certainement pas là, la plupart des économistes le reconnaissent eux-mêmes, cet élément de solution pour le problème qu'apporterait la réforme des dispositions morales et des habitudes imprévoyantes de la classe ouvrière. Admirable influence de l'ordre moral sur le progrès matériel et de ce dernier sur l'ordre moral. Les influences morales contribuent plus sûrement que tout autre moyen à la naissance et au développement de la richesse ; et ce développement ainsi amené se fait sentir ensuite parle plus heureux retour sur les dispositions intimes de celui

' Dans son livre si curieux, le Secret du peuple de Paris, un homme qui connaît bien les ouvriers, M. Corbon, dit qu'il se forme de plus en plus à Paris trois classes d'ouvriers correspondantes au minimum, à la moyenne et au maximum des salaires : 1° une classe supérieure qui est au-dessus du besoin, — mécaniciens, typographes, etc., — (c'est celle qui compte ces 57 ouvriers relevés par la Chambre de commerce de Paris dans son enquête de 1864 et qui justifient — mais rien que littéralement — cette assertion si souvent entendue : il y a à Paris des ouvriers qui gagnent 20 francs par jour); 2° une classe moyenne qui a bien de la peine à « rapprocher les deux bouts, » mais qui vit plus ou moins avec ce budget de 3 ou 4 francs par jour, tout juste suffisant, au dire de M. Husson, de M. Le Play, (!e M. J. Simon, pour une famille de quatre personnes ordinairement dont deux enfants (1 fr. à 1 fr. 32 par grande personne pour la seule nourriture); 3° une classe inférieure que le moindre accident suffit pour faire tomber dans la classe indigente. — Nous ne parlons pas de la troisième classe ; ici — et sous plus d'un rapport — tout est malheureusement à faire ; mais, comparant les deux autres, M. Corbon reconnaît que les ouvriers de la première se plaignent et se dérangent quelquefois plus que les ouvriers de la classe moyenne, et par contre, certainement qu'ils ont moins d'énergie et de prévoyance. Ceci vient à l'appui de ce que nous écrivions plus haut — Disons bien vite à cette occasion que la Chambre de commerce établit ainsi la moralité générale des ouvriers de Paris : conduite bonne, 90 p. 100 ; douteuse, 5 p. 100; mauvaise, 5 p. 100.

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qui cil proGtc; il raffermit ses bonnes résolutions, les rend définitives, et rhomme devenu plus sûr du lendemain est alors pour toujours à l'abri des mauvaises suggestions*. «C'est même un des caractères les plus frappants et les plus neufs de notre temps, a dit M. L. de Lavergne, plus que jamais la multiplication des pains sert à propager le sermon sur la montagne ^ »

Voilà donc l'épargne placée au rang qui lui convient; complément nécessaire du travail, car il faut que le travail fasse vivre non-seulement aujourd'hui, mais demain, mais toute la vie, elle est le génie et la providence du pauvre; on ne saurait trop la glorifiera Mais seule, isolée, que peut-elle?... Elle reste improductive pour le pauvre, improductive pour la circulation. Gagnant peu d'ailleurs, l'ouvrier ne croit pas assez à sa possibilité. L'excédant de son salaire sur ses besoins journaliers est si faible qu'il n'y voit que des fractions sans importance dont il est trop porté à prendre peu de soin. Multiplions donc les moyens d'tMuploycr l'épargne, mettons-les à la portée des populiitiuns; stimulons par là des économies, qui ne se fussent pas faites sans eux. Semons sous les pas du pauvre ces caisses d'épargne, qui offrent à ses plus humbles économies un emploi sûr, utile et commode, agrandissent son horizon et l'habituent à réserver sur le produit de son travail tout ce qui n'est pas réellement nécessaire à sa vie; ClS caisses d'épargne qu'un honiiiic rnii lient a si justement nommées les écoles primaires des capitaux populaires \

Une (l(!s plus pures inspirations de la philanthropie, les caisses d'épargne \ ont donc rendu et rendent tous les jours les plus

• C'est ainsi (|uon a pu aller jusqu'à dire que la vertu est un capital moral, une valeur (M. A. Rondelet, Des effets rcnnomiques de la production morale dans l'ordre physviHe).

2 HeiHC des Deux Mondes, du 1 j novembre 186'2.

' Franklin a dit : L'économie cl l'amour du travail sont les deux grandes vertus sociales ; à leur aide, le eli.'iniii de l:i foi lune est oussi lacile que celui du marché.

La prévoyance, c'est l'inlclliiîence appliquée aux besoins de la vie. a dil M. Duchatel. [De la CharUé, p. ;158.)

L'Iioinme ipii épar^-nc s'emprunte pour ainsi dire a lui-même ce que plus lard il serait réduit à denjandcr aux autres.

* M. Charles Dupin.

M. Modeste les a appelées : les compteurs des économies du peuple.

^ rrocédanl probablement comme ori-mc première de l'établissement créé en 1653

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