‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 40 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE III

restriction du maximum du dépôt et du versement, restriction bien compréhensible tant que l'État sera le gardien obligé de tous les versements ^ , mais qui souvent décourage et éloigne même du premier dépôt, n'y a-t-elle pas contribué pour une part plus grande encore?

Le mal est signalé de divers côtés ^, mais le remède serait-il dans une liberté absolue accordée à la création et à l'administration des caisses d'épargne? Des spécialistes éminents : MM. Tidd-Pratt et Scratchley, en Angleterre % M. Aug. Visscher, en Belgique, beaucoup d'excellents esprits en France s'accordent sur ce point qu'il ne faut pas se tromper sur les services qu'il est raisonnable d'attendre des caisses d'épargne; que leur principal mérite est de servir à l'accumulation de petites sommes qui recevront plus tard un emploi^ définitif, qu'elles sont seulement, nous le disions tout à l'heure sous une autre forme, le lieu de passage non des capitaux, mais des parcelles^ des fragments de capitaux; ils y voient un moyen et non un but. Quel que soit le danger pour l'État d'être le grand collecteur des dépôts \ ils croient impossible de laisser, surtout immédiatement, aux caisses d'épargne un caractère entièrement privé ^ Mais quelques-uns d'entre eux pensent qu'une partie des versements au moins devrait être convertie graduellement en d'autres valeurs que les placements actuels ; ils admettent géné-

^ Dans une telle donnée, il convient en effet d'éviter une trop grande affluence de la part des gens aisés et même des capitalistes qui seraient attirés par la garantie de l'État et par un intérêt supérieur par exemple à celui qu'il paie à ses créanciers porteurs de bons du Trésor (4 p. 100 moins la retenue pour frais de bureau qui ne peut excéder un demi p. 100).

2 Voir notamment la pétition adressée au Sénat par M. Horn. Journal des Économ. de janvier 1864.

3 L'Économist du 5 janvier 1861 qualifiait M. Scratchley à propos de son Practical treatise on associations for provident investments « un de ces hoçtimes, en petit nombre, dans ce pays, qui réunissent l'habileté en matière de finances et de droit à l'expérience particulière nécessaire pour écrire avec autorité sur un sujet en apparence si simple et que les détails rendent complexe. »

^ On a été jusqu'à évaluer à 4 millions 1/2 de livres sterling (112,500,000 fr.) la perte que le Trésor anglais éprouverait s'il liquidait immédiatement les fonds des caisses d'épargne.

5 «Et d'autoriser l'emploi des deniers qui en proviennent en escompte des traites anglaises, irlandaises ou écossaises ou des traites de l'étranger. ))(M. Aug. Visschers iY^OMvelles études sur les caisses d'épargne. Bruxelles, 1861.)

g2 DU PAUPÉRISME.

ralemeiit une limitation du maximum des dépôts. D'autres personnes ' déclanml n'apercevoirdans les caisses d'épargne qu'une transition utile, familiarisant les classes laborieuses avec l'épargne et le crédit, non une institution définitive.

On voit combien ces questions sont ardues. — Qu'il soit désirable, en principe, que les épargnes populaires au lieu devenir grossir improductivement les ressources du Trésor, soient reversées dans le milieu d'où elles viennent, et qu'à l'exemple de l'Ecosse ^ et de plusieurs pays allemands, elles rentrent par le pnH vA l'escompte dans le courant d'où elles sortent, fécondant ainsi la production, commanditant la moralité et le travail, cela ne nous semble pas douteux\— mais dans l'état général de la législation française, et, la liberté des banques n'existant pas chez nous, le moyen d'arri^r à ces divers résultats, et, en ce qui concerne les caisses d'épargne proprement dites \ le moyen de pourvoir à ces deux intérêts contradictoires, la liberté des établissements et la sécurité des placements si essentielle aussi est vraiment hérissé de dillicultés. Peut-être pourrait-on, dès à présent et >auf contrôle du placement qui se fractionnerait alors utilement en catégories suivant l'importance que les uns attachent à l'élévation de Tintérêt et les autres à la disponibibté immédiate, ne pas imposer obligatoirement à chaque caisse le dépnt au Trésor. Alors il serait possible de modifier dans un sens extcnsif les stipulations touchant le maximum du versement et (lu dépota Ce régime pourrait servir de transition à la

* M K. (le Giranliii.

3 Kii Ecosse où rè^'ue In conoiirrenco entre les banques, quand les fonds déposés aux providcnl hanks ont atlcinl un eliilTrc déterminé, ils passent aux caisses des ban- (jucs ordinaires (jui leur servent un laible intérêt et ainsi l'accuniulation des dépôts n'est pas arrêtée avant le terme.

' On a émis aussi l'idée d'rmployer les ressources des caisses aux achats en commun dr denrées. (Voir sur ces questions l'opinion de M. Wolowski. Annuaire de l'Économie polititjuc, 18i().)

* Autre chose eu elfet est un programme des desidcrntadims cette grande question de crédit populaire ; autre chose une él\ide pralitiue des moyens d'améliorer l'institution fondée H Paris le l'i mai 1818 et qui, vu le peu de développement de notre système de ban(iucs a, pn\ir lonfitemps encore i>eut-ètre et sous sa modeste forme de caisse d'épargne, un j^'rand rôle à jouer chez nous.

5 Un essai tout au moins de caisses libres pourvues d'un capital de garantie et sévè> rement contrôlées pourrait pareillenjent être très-lumineux.

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