‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 44 sur 254 · PARTIE 1, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE 1, CHAPITRE IV

plumes passionnées qui, sous une étroite invocation des idées pratiques, jettent indistinctement sur tous les systèmes nouveaux une réprobation sans mesure, quelquefois peut-être sans bonne foi. « Que celui qui repousse les remèdes nouveaux, parce qu'ils sont nouveaux, s'apprête à des calamités nouvelles,» a dit un grand philosophe *. Si quelques-uns des systèmes tant discutés vers 1848 et qui comme corps de doctrines n'appartiennent plus qu'à l'histoire, sont éclos sous le souffle de passions malsaines, d'autres aussi faisant pareillement appel à une initiative plus ou moins accentuée, mais essentielle de l'État, ont pris naissance sous l'inspiration d'idées généreuses et de sympathies désintéressées. Le temps est venu aujourd'hui où on peut dire ces choses sans être taxé de folie spéculative ou de maladive ambition. L'heure de la justice finit par sonner pour tous, et les mots maintenant n'effraient plus personne. Qui sait, au surplus, malgré les médiocres résultats ou l'impuissance avérée de tant d'essais prématurés, ce que l'avenir réserve à telle formule, à telle impossibilité, à telle utopie?...

Esprits positifs ou esprits aventureux, rêveurs enthousiastes ou investigateurs sans illusions, pourquoi, faisant trêve à des luttes stériles, n'aplaniriez-vous pas de concert les distances qu vous séparent; pourquoi réunis par la communauté du but, ne rechercheriez-vous pas un moyen acceptable pour tous; terrain neutre où toutes les idées pourraient être expérimentées, toutes les tentatives passées au creuset de l'élaboration pratique, et cela, en dehors de toute autocratie d'intérêts, de toute dictature de bien public, par le simple développement des faits, par la marche ascendante des choses?... Ce moyen commun, ce terrain neutre, ce champ de manœuvre au sol résistant et solide, cet outil que nul ne pourrait refuser de prendre en main, ne l'avez-vous pas à vos côtés?... Ne voyez-vous pas fonctionner tous les jours une institution assez élastique pour qu'on puisse la choisir pour base de toutes les expériences; assez sérieusement conservatrice pour qu'elle soit à l'abri de la critique des plus timorés; assez féconde en résultats déjà acquis, en fruits positifs et immédiats, pour que son efficacité soit indéniable;

< Bacon.

08 Dt PAUPÉRISME.

assez morale, en outre, et assez religieuse, pour qu'elle réponde aux aspirations de ceux qui pensent que plus les sociétés avancent dans la civilisation matérielle, plus elles ont besoin de se rattacher à une foi? N'existe-t-il pas une institution aux assises encore étroites peut-être, aux angles un peu resserrés, aux horizons voilés pour beaucoup de regards, mais qui pourrait devenir un jour assez large, assez riche en perspectives, assez extensible pour qu'on pût greffer sur elle ou du moins essayer sous son ombre la plupart des progrès économiques possibles avec notre société actuelle, possibles même avec un état social

quelconque?

Au milieu du couilit d'opinions et d'idées qu'engendre la discussion des matières sociales, un certain nombre de points se sont dégagés évidents et lumineux ; un certain nombre de questions se sont posées, comme dominant toutes les autres et comme renfermant le salut. La restauration dans la société française de l'idée d'association ; l'extension pour ainsi dire indéfinie de l'assurance, qui n'est autre qu'une des formes les plus heureuses de celte idée même ; la mise en vigueur de la seule furkie de patronage ', compatible avec la dignité humaine et l'égaUté civile et politique si chèrement acquise, inattaquable désormais; de cette forme que nous appellerions volontiers, d'après un écrivain distingué % a l'assistance intellectuelle; » euiiii, pour couroimemeut de l'œuvre, le relèvement moral et reli-^'ieux des populations, tels nous paraissent être ces points principaux; telles nous semblent être les conditions organiques vers lesquelles maintenant doivent converger surtout les améliorations sociales. Eh bien, la société de secours mutuels, cette in&litulion à l'état encore embryonnaire, aux racines déjà si profondes dans notre sol, ne réunit-elle pas excellemment ces diverses conditions ; n'emprunte-t-elle pas à chacune d'elles les principes fécondants, qui la font prospérer et s'étendre, qui lui

♦ Nous nous servons tout à fait à regret du .mol palrona^'e ; mais nous allons dire tout à riieure combien nous sommes lum deniendre par ce mol aucun syslèrae de proleclion luerarcliii|uo, aucune organisalion expresse ressemblanl, même de très-loin, à des régimes iiisloriques si justement et si délinilivemenl tombés.

^ M. Frédéric Passy, Cames morales et remèdes moraux des crises alimentaires {Mélanyvs (■contimnintsj.

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