‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 45 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

préparent un avenir dont nul ne peut avoir une idée aujourd'hui?...

Et d'abord, quant à l'association en général, quant à cette formule magique, dont les écoles les plus contraires ont fait leur formule, s'il est vrai qu'elle ait donné lieu, dans ces derniers temps, à beaucoup d'illusions et de malentendus, s'il est vrai que cette prétendue panacée de l'association absolue, embrassant tout le monde et toutes choses, soit aujourd'hui avec raison discréditée même aux yeux des ouvriers; dès qu'elle est volontaire et limitée, ne mérite- t-elle pas, par le bien qu'elle recèle, le retentissement immense qui s'est attaché à son nom ^ ?

Oii commence- t-elle d'ailleurs et où finit-elle?... Malgré les entraves que des préoccupations exclusives lui opposent, quel est l'effort et le développement social oîi elle n'est pas? Depuis la famille, jusqu'à la commune et à l'État; depuis le gouvernement d'une grande nation jusqu'à la création d'un marché de village, à l'ouverture d'un chemin vicinal ou à la plus mince opération d'échange, quel est l'ordre de faits où ne réside pas virtuellement le principe d'association?

^ Nous ne pouvons résister au désir de citer ici l'un des plus magnifiques témoignages qui nous semblent avoir jamais été rendus au principe d'association. Tombant de la bouche du plus grand orateur de la chaire chrétienne à notre époque, les paroles qu'on va lire ne sont-elles pas particulièrement remarquables?

« Je n'insiste pas sur la question économique. Grâce à Dieu ! elle est jugée aujourd'hui. Il est admis que l'association est le seul grand moyen économique qui soit au monde, et que si vous n'associez pas les hommes dans le travail, l'épargne, le secours et la répartition, le plus grand nombre d'entre eux sera inévitablement victime d'une minorité intelligente et mieux pourvue des moyens de succès.

» Je ne prends pas sur moi de louer tous les plans d'association qui se pressent au jour, toutes les tentatives de communauté qui demandent l'eau et le feu; je loue seulement l'intention, parce qu'elle est un hommage aux vrais besoins de l'humanité. Ne l'oubliez pas, Messieurs, tant que nous sommes isolés, nous n'avons à espérer que la corruption, la servitude et la misère : la corruption, parce que nous n'avons à répondre de nous-mêmes qu'à nous-mêmes, et que nous ne sommes pas portés par un corps qui nous inspire respect pour lui et pour nous ; la servitude, parce que quand on est seul, on est impuissant à se défendre contre quoi que ce soit ; enfin, la misère, parce que le plus grand nombre des hommes naît dans des conditions trop i)eu favorables pour soutenir jusqu'au bout son existence contre tous les ennemis intérieurs et extérieurs, s'il n'est assisté par la communauté des ressources contre la communauté des maux. L'association volontaire où chacun entre et sort librement, sous des conditions déterminées par l'expérience, est le seul remède efficace à ces trois plaies de l'humanité : la misère, la servitude et la corruption. {Conférences de Notre-Dame par le R. P. Henri Dominique Lacordaire, 36« conférence, année 1845, t. II, p. 39.)

Resoin instinctif de Thumanité, naturel à l'homme de tous les pavs et de tous les temps ' ; ne pouvant par conséquent, a dit M. Rossi ^ être contraire ni à nos institutions, ni à l'esprit de notre époque ; nullement incompatible non plus avec la centralisation, car la centralisation en est sortie ; reliant en faisceau tous les droits ; constituant « la liberté dans la discipline, l'égalité dans la hiérarchie, Tindividualité dans l'unité ^; » correctif du développement exagéré de l'individualisme moderne, car la liberté isole les hommes et il leur faut se réunir pour la féconder ; génie des sociétés civiles dans sa complète expression ; ciment des États bien organisés, l'esprit de sociabilité a aujourd'hui envahi toutes les sphères de l'activité humaine : bienfaisance, éducation, consommation, crédit, commerce, transports, production manufacturière, bientôt peut-être, et malgré les difficultés, procîuction agricole, l'association est déjà partout.

Est-il épuisé cependant, ce principe, et en est-il un autre auquel soit réservé un plus large avenir, qui doive recevoir plus d'applications, et de plus fécondes?... Même dans ses applications actuelles, a-t-il donné toutce qu'il renferme?... La société anonyme, par exemple, une des grandes puissances de l'époque, a-t-elle dit son dernier mot, et le régime de l'action si prodigieusenit'iit étendu déjà, si merveilleusement utile, pour les grands comme pour les petits capitaux, n'est-il pas encore dans l'enfance *?...

Pour mesurer la fécondité de l'association, il faudrait qu'elle fût véritablement en honneur, non-seulements dans les faits, et par son irrésistible puissance, mais aussi dans les idées; il faudrait qu'en principe elle ne fût pas aux yeux de beaucoup en réelle défaveur. C(Hte défaveur s'explique. Imbue avec tant de raison de cette pensée que Tancien régime était vicieux; dans ce régime voyant smiout, et de tous côtés, des liens oppressifs pour l'individu, des chaînes pesantes et éternelles pour tout

' li'hommr l'st un animal politique, a dit Aristote.

* Cours dVcoMomtV pnliii<iue.

^ M. M;»ri.«. F)isronrs prononrr h roiivrrtiiio .lo la conférence de l'ordre des avocats, le 4 décomlirt' 1 s i 1 .

* « Enfanrr dliorcule. a dil M. Lahoulaye, et tant de miracles dont nous sommes témoins nnns h.ilnliionl à respcrtcr la Forc^. qui les produit. »

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