‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 47 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

petites sociétés dans la grande, vous en retirerez, comme en Angleterre, par exemple, où la faculté de s'associer, de se concerter, d'agir en commun, pour n'importe quel objet, est exercée de tant de façons diverses, un avantage immense et une garantie considérable. Arrive une crise, une tempête sociale; elles trouveront devant elles des forces coalisées, des intérêts résistants, des groupes satisfaits de leur existence propre et de la liberté dont ils jouissent; elles n'auront pas affaire à un sol nivelé, à une société désagrégée et sans défense. On peut utiliser jusqu'aux torrents; il suffît de leur offrir des canaux.

Oui, il y a dans toute association civilisée, une force d'harmonie et de paix qui l'emporte sur tous les éléments mauvais que cette association, même mal entendue, peut renfermer. Quoi de plus dangereux, de plus subversif, de plus terrible même que certaines trades unions anglaises et notamment cette grande union des arts et métiers de Sheffield, décrite dans les Ouvriers européens, et qui cherche, il est impossible de ne pas le reconnaître, la garantie de l'indépendance de l'ouvrier, non dans le principe de la solidarité des classes, mais dans celui de leur antagonisme. Dans le but de se protéger contre les effets de la concurrence, les ouvriers qui travaillent l'acier, ont décidé, et cela, chose digne de remarque, avec le consentement tacite des chefs d'industrie, que le nombre des travailleurs ne peut être augmenté par les patrons. Ils ont établi à cet effet que les apprentis ne pourraient être recrutés que parmi les enfants des ouvriers de la fabrique, et, pour sanctionner cette règle, ils sont toujours prêts à déserter en masse les ateliers des chefs d'industrie qui tenteraient de l'enfreindre. Il y a plus ! ils ont fixé invariablement le salaire pour tous les détails de la fabrication par un tarif qui ne peut être modifié que du consentement des ouvriers et des maîtres. En cas de ralentissement dans les travaux, les chefs peuvent renvoyer de l'atelier tous les ouvriers dont ils n'ont pas l'emploi; mais l'ouvrier qui reste occupé conserve la totalité du salaire fixé par le règlement. Chaque ouvrier occupé laisse prélever sur son salaire, par l'association, une

seule les mettre à même de lutter sans trop de disproportion avec les puissances financières qu'ils ont tant contribué eux-mêmes à élever et dont l'action, si elle n'avait aucun contrepoids, de féconde pourrait devenir tout à fait nuisible.

roiitribution dont le produit formant un fonds commun sert, lorsque la fabrique languit, à entretenir les familles dépourvues de travail ^ et même, dans le cas de grève, à intimider les chefs d^industrie, pour les amènera composition. Eh bien, sous l'action de cet esprit r(^ciproque de modération et de ce sentiment profond des droits des deux parties, plus fort que tous les excès; sous l'impulsion phis encore peut-être de chefs choisis par les ouvriers dans le sein même des unions, que de patrons intelligents et habiles, les rancunes populaires sont amorties, autant que les prétentions excessives d'où qu'elles viennent; de bonnes relations sont maintenues entre les deux classes rivales, et le bien-être des ouvriers a ses défenses organisées et puissantes. La logique devrait faire sortir d'une telle institution la discorde et les conséquences les plus funestes ; le bon sens pratique et le génie caché de l'association en font découler les résultats les plus favorables, et la rendent indemne de tout abus sérieux. N'en est-il pas de même au surplus de ce chartisme tant redouté et qu'une seule chose a pu faire à peu près disparaître, la liberté universelle de s'associer?

A l'argument que nous pourrions tirer de ces faits, l'objection est prévue. 11 s'agit de l'Angleterre et non de la France ; il s'agit do cette nation à la liberté stable et forte dont un des représentants les plus autorisés ^ répondait h des appréhensions de troubles publics, occasionnées par une de nos dernières révolutions : « Ne craignez rien, les Anglais connaissent trop l'économie politique ; » — de cette nation où l'on a vu, spectacle admirable, une populatit)!! de plus de deux millions d'âmes, le comté de Lancastre, subir sans aucune plainte, sans un désordre et pendant plusieurs années, parce qu'elh^ savait bien ne pouvoir l'empêcher, l'épouvantable détresse causée par une grande crise

' Sur unr linio, vrai rhi^f-il'oMivro .le fabrication, exposée en 1851 au Cristal Palace de Londres, on lisait rrtte inscription : « Los ouvriers de Sheffield qui travaillent en limes ont payi^ à leurs frères sans ouvratro, d'avril 1848 à avril 1849, la somme de in,3'2l livres sterling L'union fait la force. »

Il ne faut pas ouldi.r du reste, et nous forons plus loin la même remarque pour toutes les Unions, que le capital de VUnion de Sheffield (qui d'après M. Alphonse Esquiros - Rnue drs Drur- Mondes du Ij dccembre 1859 - s'élève au cliifTre énorme de 30.00(1 sterlintr). sert aussi accessoirement à secourir les malades.

2 L'archevèqtip .le Didilin. Le même mot est aussi prêté à Uobert PeeL

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