PARTIE I, CHAPITRE IV
étrangère. L'objection n'est certainement pas sans fondement; il ne faudrait point toutefois en exagérer la portée. Nous sommes infirmes, c'est évident; nous sommes dépourvus de l'esprit de conduite et de conciliation qui amortit en Angleterre les chocs d'intérêts et qui contient dans de justes limites les conflits toujours imminents entre les différents pouvoirs définis parla constitution anglaise; c'est évident encore; mais notre infirmité n'est pas incurable, mais notre déviation n'est pas sans remède; il n'y a pas chez nous incapacité congéniale, c'est à un exercice salutaire et fortifiant et uniquement à lui que nous devrons notre redressement : la vie seule appreud la vie '.
Est-ce à dire que nous réclamions pour notre pays l'introduction immédiate d'associations analogues à l'union des couteliers de Sheffield, associations dont, même dans la libre et raisonnable Angleterre, l'existence tranquille et prolongée doit frapper tout le monde d'étonnement? Non, à coup sûr. Notre rôle n'est pas plus de copier les Anglais au mépris des différences d'aptitude et de mœurs que de récuser indistinctement tous les exemples qu'ils nous donnent. Nous dirons nous-même bientôt comment les esprits éclairés et rénovateurs qui veulent diriger parmi nous le mouvement social nous semblent devoir tenir compte, pour réussir, de nos habitudes arriérées et inquiètes, de notre tempérament mal équilibré, de nos préjugés séculaires, de cette faiblesse que comme les autres subdivisions de la race latine, nous devons sans dou1e en partie à la gigantesque centralisation de l'empire romain et qui est telle que nous tombons dès que nous ne nous sentons plus soutenus par le gouvernement. Nous avons seulement voulu indiquer, en passant, une des preuves les plus éclatantes de la vertu modératrice du principe de sociabilité. Nous devons ajouter que l'as-
< C'est parce que les Américains apprennent dès leur naissance qu'il faut surtout s'appuyer sur soi-même, qu'on voit fonctionner sans embarras aux États-Unis ces milliers d'associations dont parle M. de TocqueviJie et qui laissent si loin derrière elles l'Angleterre elle-même, « associations religieuses, morales, graves, futiles, fort générales et très-particulières, immenses et très-petites ; fondées pour donner des fêtes, créer des séminaires, bâtir des auberges, élever des églises , répandre des livres, envoyer des missionnaires aux antipodes, » sans compter les associations industrielles et commerciales.
L'association est une science, essayons donc d'en épeler l'alphabet.
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sociation est encore plus nécessaire chez nous que chez nos voisins, par suite de l'article de notre Code qui divise incessamment les héritages.
En France donc, comme aussi dans une grande partie de l'Europe continentale, l'association est la source des terreurs les moins justifiées ', et, à l'exception de manifestations remarquables de ce principe dans l'ordre commercial, qui seront bientôt peut-être mieux encouragées encore, mais qui déjà n'inspirent pas d'inquiétudes sérieuses, elle est entourée d'appréhensions et do défiances, el sa marche en est par conséquent entravée.
Dans l'ordre industriel surtout, et dans ses rapports avec l'organisation même du travail, le principe d'association, après avoir soulevé de véritables colères, commence à peine à ne plus être tout à fait traité en suspect. Certes, il y a eu beaucoup de tâtonnements, de lacunes et d'espérances illusoires dans cette grande tentative du prolétariat français '^ qu'on a appelée V Association ouvrière ^, et qui, suivant l'expression consacrée, avait
• « Imitons le peuple anglais dans ce qui nous manque, puisons nos forces dans l'esprit d'association sans recourir toujours à l'appui et à l'aide du Gouvernement. » (Discours d'ouverture de la session du conseil général du Puy-de-Dôme en 1859, par M. le comte de Morny.)
2 Depuis le succès inoui des coopcrateurs de Roclidale, depuis Tessai tenté à Paris on 18(1 '4 par la socicté du cn'dit au trfn'ail imitant les banques populaires allemandes, Vassnciatinn ouvrière, et nous nous en félicitons bien vivement, a conquis les approbations les plus nombreuses, les encourapements les plus inattendus. Quelque soit l'abus qui ait été fait pour les clioscs (pii réussissent do la constatation des sympathies datant plus ou moins réellement de la veille, ce n'est pas sans une véritable joie que nous pouvons nous rendre ce lémoi^rnape de n'avoir pas attendu le succès pour nous déclarer partisan convaincu d'une forme économiipie alors bien discréditée. La coopération, U'cré«lit mutuelles banques d'avances de M. SchultzeDelitzschserontétudiés plus loin avec l'atti-nlion (|ui leur est duc Mais nous sommes heureux de |»ouvoir reproduire intéf:rnlcnu^nt, dans celte jjartie d'ex|)Osition t^énérale ce que nous écrivions en I8.V.» sur la valeur des idées mises en pratique par ces applications diverses.
•''I/idée de Vnssncintion nuvriire est sortie comme perme des prédications saintsimoiinicnncs et fouriéristes. Klle prit corps en 1831 et 1832 parmi les élèves de M. niicber, el les lecteurs du journal l'Européen; grandit en 1838 sous la plume de M. (Mt; devint en iS'iO l'idéc-mère du journal l'Atelier rédipé par des ouvriers et notamment j.ar MM. Corbon. .\lcan, (lilland ; arriva enfin en 1845 à son expression la plus populaire dans la famcus.' brodnire de M. Louis Blanc &\\r V Organisation du travail. Cette idée (]ui a donné lieu en outre au plan de M. Maritz, à celui de M. Olindes llodrigues, etc.... eut son application dès avant I8'i8, notamment par l'association des typographes de l'imprimerie Lacrampe ; par la société typographique dite des dix; par Vassociation chrétienne des ouvriers bijoutiers en doré, qui compte prés de trente