Partie i, chapitre iv
pour but de mettre entre les mains de l'ouvrier l'instrument même du travail et de transformer le salariat, en substituant la rémunération proportionnelle d'associé à la rémunération fixe * du salaire. La plupart des partisans les plus déclarés de ces associations reconnaissent aujourd'hui que l'État ne peut sans injustice les subventionner ; qu'elles ne sont pas destinées à absorber les ouvriers d'un même métier dans une vaste communauté industrielle "^ ; que l'association entre patrons et ouvriers sur un pied de complète égalité est mauvaise et impraticable; que même l'association, bonne dans certains cas donnés et pour l'exploitation de certaines industries où la concentration des forces est nécessaire, ne pourra jamais être étendue à la société tout entière et laissera toujours en dehors de son action une masse d'industries parcellaires ; que notamment elle est à peu près impossible dans les campagnes, comme association permanente ^ ; qu'enfin, à moins d'être une déraison violente, l'association ne peut être obligatoire, qu'elle ne peut résulter que d'un contrat libre et volontaire. Mais de là à soutenir dogmatiquement et sans réserve : en principe, que le dernier mot du rapport entre le capital et le travail est absolument et définitivement trouvé ; en fait, que les associations ouvrières, de quelque côté qu'on les envisage, sont l'anarchie dans l'industrie ; que,
années d'existence, et qui, tout en s'assignant pour but principal l'amélioration morale de ses membres, a toujours cependant trouvé le succès d'argent. (Voir sur cette dernière société, malheureusement peu nombreuse, le rapport de M. Lefebvre-Duruflé.)
< Égalité absolue des salaires ou inégalité des œuvres entraînant dans la répartition des produits une inégalité proportionnelle; répartition des produits non plus d'après les œuvres, mais d'après les besoins (de cliacun selon ses forces, à chacun selon ses besoins); ou répartition selon les œuvres respectant la justice et le droit de propriété que le travailleur a sur son produit; ces divers systèmes ne se séparaient que sur l'application du principe d'association, mais étaient tous d'accord pour condamner sans rémission le salariat. La substitution de la rémunération d'associé au régime du salaire fixe est une aspiration plus que légitime de la classe ouvrière, si elle est subordonnée au consenlement de tous les contractants du travail ; mais il n'est pas inutile de répéter aux ouvriers, toutes les fois qu'on en trouve l'occasion, que la réprobation absolue de la fixité du salaire n'est par justifiée; que cette fixité n'est nullement un caractère qui soit particulier au salaire dans les laits économiques et dont on doive se blesser. Pour ne citer qu'un exemple, est-ce que la rente et l'intérêt ne sont pas fixes?...
- On trouve une réfutation de cette idée, dans le journal V Atelier lui-même.
3 Quant à la simple participation aux bénéfices substituée au salaire fixe, c'est elle au contraire, — c'est la rémunération proportionnelle - qui est dans une grande partie de la France le régime du travail aiiricole .
78 DL PAUPERISME.
d«* quelque manière qu'elles se constituent, elles ne naissent pas viables; qu'une collection d'ouvriers ne saurait, en aucun cas et à quelque degré de développement qu'on suppose l'ouvrier arrivé, être pour elle-même ni vigilante, ni sévère, ni forte en volonté, ni économe, ni éclairée, comme il faut l'être pour diriger avec succès ' une entreprise, il y a loin, bien loin. A cette heure de 1848, du reste, la complexité des préoccupations politiques et des questions sociales était telle, l'enfantement fut si iiévreux, si précipité, que l'échec relatif de Texpérience ne peut en rien être imputé à tort à l'idée elle-même.
Que les adversaires absolus de l'association ouvrière ne Touhlieut pas, au surplus : elle est dans les classes laborieuses l'expression d'un vœu trop persistant, trop énergiquement formulé, pour ne pas exiger une satisfaction quelconque. Les sociétés doivent toujours se modeler, dans une certaine mesure, sur l'état des esprits et des aspiration^; elles ne sauraient sans démence essayer de refouler des courants d'idées nouvelles, uniquement parce que ces idées sont nouvelles et ont même pu occasionner, à un moment donné, des erreurs, des mécomptes et jusqu'à dos bouleversements. Le moyen le plus habile d'ailleurs de combatue les idées chimériques et dangereuses préconisées par tel ou tel système, ce n'est pas de nier absolument et à priori ce système, mais bien d'adopter les parties raisonnables qui peuvent s'y rencontrer, surtout quand on n'y voit cttulrariés en rien les lois éternelles de la morale et de la justice, les saines règles économiques, l'intérêt public ou la raison.
Et d'abord, quant à la simple participation des ouvriers aux bénéfices % laciuelle n'a jamais été considérée, il est vrai, par les partisans de Tassocialion ouvrière que comme un progrès
• L'association des ouvriers en limes s'est fait remarquer d'une manière toute particulière à V Exposition universelle de 18j5. Des faits analogues se sont produits à Texposilion de [b(')l.
2 Dans l)caucou|) d'usines, de manufactures, sur tous les chemins de fer, une part est alloutV" aux iiu'oanicieiis, aux ouvriers, aux cliaulVeurs dans l'économie qu'ils réalisent sur le déthi't des matières premières, sur le combustible. C'est l'association à l'état inférieur et rudimentaire, mais c'est l'association. Le travail à la pièce était déjà un degré de solidarité entre le maître et l'ouvrier, puiscju'il y avait un intérêt commun à produire l>eauc(»u|i.