‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 50 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

relatif devant servir de passage pour arriver à mieux*, qui pourrait aujourd'hui en faire l'objet d'une réprobation sérieuse?

Est-ce qu'il serait vrai que cette participation soit pour le patron une condition d'infériorité vis-à-vis de ses concurrents?... Non, car il n'est pas douteux qu'un patron aimé et estimé de ses ouvriers peut en obtenir un travail mieux fait et plus considérable qu'un patron haï et même indifférent, et que cette augmentation de travail et de bénéfices doit l'emporter de beaucoup sur la diminution résultant de la part faite aux ouvriers dans les profits^.

Est-ce qu'il serait plus vrai que la participation ne créerait pour l'ouvrier qu'un avantage illusoire ^ ? Ici il faut distinguer : l'industrie a ses lois, ses règles fixes et immuables ; le rapport entre l'offre et la demande en sera toujours l'expression. Il pourra donc se faire * que la rémunération ne soit pas toujours supérieure, ou du moins que la différence ne soit pas très-considérable. Mais d'abord, quelque minime qu'elle soit, pourquoi la représenter à l'ouvrier comme une chose à dédaigner? ensuite, et surtout, la participation, quelque médiocre qu'en soit dans les premiers moments le produit effectif, n'amènera-t-elle pas bien vite et un meilleur travail, et une ardeur et une habileté plus grandes, et plus de stabilité, et plus de confiance, et par conséquent, — admirable retour de la loi morale, merveilleux résultat de l'effort et particulièrement de l'effort associé, — une plus large rémunération pour les répartitions prochaines ^ ?

^ M. Feugueray, V Association ouvrière, p. 15.

2 Dans ses Études sur V Angleterre, M. Léon Faucher a soutenu éloquemment cette opinion.

3 Proudlîon, Contradictions économiques, t. I, p. 127.

* Comme dans l'exploitation des mines de Cornouailles citée par M. JohnStuartMill, et où tous les ouvriers associés ne recueillent qu'une rémunération normale; comme dans les associations de filage et de cardage de Normandie signalées par M. Hippolyte Passy * et où la rémunération sous sa l'orme nouvelle n'est à peu près que l'équivalent des prix des industries semblables exploitées sous le régime du salaire.

^ Les deux exemples les plus marquants parmi nous du régime de la participation, tous deux longuement étudiés par M. Michel Chevalier dans ses Lettres sur L'oganiaation du travail (lettre xiv), sont ceux de la compagnie du chemin de fer d'Orléans et d'un important établissement de peinture en bâtiments à Paris, la maison Leclaire. On

* Séance de l'Académie des Sciences morales et politiques de sept. 1855.

On a dit aussi : Il pourra y avoir fraude de la part du patron ; la participation ne peut donc être sérieusement pratiquée que dans les grandes entreprises, que dans les sociétés en commandite ou anonymes, où des comptes sont périodiquement exigibles. Cette objection ne nous semble pas très-discutable, car enfin Tacte volontaire d'admettre les ouvriers à la participation et ridée de fourberie sont-ils raisonnablement compatibles?...

Aucun inconvénient, on le voit, et les plus immenses avantages : au premier rang peut-être, la concorde succédant de plus en plus à l'antagonisme ; l'isolement des intérêts disparaissant de plus en plus.

Encourageons donc les chefs d'industrie à associer leurs ouvriers dans leurs bénéfices ; en dehors de la production générale ', qui, pour la prospérité de la société tout entière comme pour ravantage particulier de la classe déshéritée, s'en accroîtra sensiblement % leurs intérêts personnels n'auront qu'à y gagner. Avantages moraux, avantages matériels, ici tout concourt. Que les patrons qui veulent tenter sérieusement l'épreuve ne laissent pas croire qu'ils considèrent la participation accordée par eux à leurs employés comme une simple gratification , comme un don purement gratuit; qu'ils n'adoptent pas en conséquence l'échelle descendante établie par plusieurs de leurs prédécesseurs dans la voie du progrès ^ ; qu'ils se gardent bien de diminuer ainsi les moyens d'émulation à mesure que les bénéfices s'accroissent par les ellbrts de leurs ouvriers; que ces

l>L'ul iiUT ensuite la maison Paul Dupont, la papeterie du Val-Vernier, des cristalleries, des ateliers de constructions, etc.. A la compagnie d'Orléans le nombre des employés participants, tous employés à l'année, est de près de six mille. Et bien! leur part s'est élovotH[uei(iiu'rois piLX[ue jusiiu";t la moitié de la totalité dos salaires (en 1803, 409 i'r. 00 c. par 1 ,000 i'r. de traitement). Dans un rapport sur les finances présenté au congrès des ttals-Unis en lbi7, M. Walker, ministre de la Trésorerie, attribue au système de la participation suivi sur les bâtiments balcimers de l'Amérique du INord la supériorité des Etats-Unis dans l'industrie de la grande pèche.

< La (pie>tion sociale, nous l'avons dit, réside en notable partie dans l'accroissement général de la pioduction et on [lout même prouver riiistoire à la main qu'il existe une solidarité étroite entre la puissance productive dun pays et le progrès dans le mode de réparlilion des cliar^iset des avantages sociaux. Nous sommes bien loin du temps où l'on piélfiidail en pleine tribuno ([ue la France produisait trop.

2 Car alors commencera vraiment l'action de ce « producteur collectif » que notre siècle doit voir iiaitre d'après M. IManijui.

^ La compagnie «lu ciiemin de fer d'Orléans, par exemple.

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