‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 51 sur 254 · PARTIE I, CHA.P1TRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHA.P1TRE IV

derniers soient bien des associés, et non pas seulement des cointéressés. L'expérience complètement faite récompensera, et au delà, les chefs d'établissement de leurs sacrifices.

L'association entre patrons et ouvriers peut avoir une autre forme, peut donner lieu à une situation plus avantageuse pour ces derniers : nous voulons parler d'une participation aux risques des pertes créant par conséquent un droit plus positif et une participation plus large aux bénéfices. Pour cette forme, elle ne peut être considérée actuellement que comme un vœu, que comme un nouveau motif d'efforts. Certes, supposez à l'ouvrier un capital même très-minime ; qu'il en fasse l'apport dans une entreprise industrielle, et, de cet apport de petits capitaux, résultera pour l'entreprise une prospérité plus grande, pour le travailleur une position supérieure d'associé. Mais ce capital manque, et aussi le moyen immédiat de l'acquérir.

Parlerons-nous de l'association ouvrière proprement dite ; de celle formée entre ouvriers seulement? Ici, il faut le reconnaître, les difficultés sont bien autres encore, et il n'y a guère rien de praticable aujourd'hui que pour un nombre restreint d'ouvriers d'élite. Le crédit, l'escompte, les capitaux, qui pourraient peutêtre ne pas toujours se refuser à un ouvrier habile agissant comme maître, ne viendront guère s'offrir à une association d'ouvriers; ce serait d'un autre côté renouveler à faux une expérience trop concluante que de demander ces capitaux à l'État \

^ On sait que par décret du 5 juillet 1848 une subvention de 3 millions fut votée pour les associations ouvrières. 521 demandes furent présentées en 1848 au conseil d'encouragement; plus de 100 lui furent soumises en 1849. « On estime, dit M. le V'e Anatole Lemercier dans ses Études sur les associations ouvrières^ que près de cent mille personnes appartenant à toutes les régions du territoire, à tous les métiers, étaient intéressées dans ces demandes, soit comme ouvriers, soit comme patrons, et qu'une somme de 30 millions n'eût pas été suffisante pour contenter tous les solliciteurs. »

La répartition du crédit présentait des difficultés énormes; 2,000,000 fr. environ furent distribués à 56 associations, dont 30 avaient leur siège à Paris, 26 dans les départements. A Paris, sur 30 sociétés, 27 étaient contractées entre ouvriers seulement et 3 entre patrons et ouvriers. Dans les déparlements, sur 26 sociétés, 15 étaient entre patrons et ouvriers, 11 entre ouvriers seulement. Cette intervention de l'État présageait, à elle seule, l'insuccès de la tentative de 1848,

Il y eut cependant succès partiel sur divers points. Les tailleurs, les lampistes, les facteurs de piano, les ébénistes, les tourneurs en chaises, les corroyeurs, virent s'élever dans leur sein des associations qui, au dire des adversaires les plus déclarés du prin- I. 6

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Combien d'ailleurs, en dehors même de l'absence d'un capital, est difficile pour une collectivité, c'est-à-dire pour des caractères, des volontés, des passions que des intérêts identiques ne peuvent toujours empêcher de se heurter, et le choix si important d'une gérance, et la pratique du marché et des affaires, et la comptabilité des travaux et des droits, et l'application d'une échelle graduée pour deux ordres de travaux si différents : le travail intellectuel et le travail manuel, l'œuvre de la tête et l'œuvre des bras. S'il est vrai cependant que Tindustrie modique exigeant à la fois la concentration des forces et un large capital, ce sont l'isolement et l'absence de ce capital qui constituent l'infériorité des travailleurs, ne doit-on pas désirer que par l'association et la solidarité cette infériorité puisse être atténuée, au grand avantage de la consommation, laquelle n'a qu'à gagner à l'affaiblissement de monopoles actuellement possibles pour certaines industries.

Nous venons de mentionner rapidement les diverses formes de l'association ouvrière. Dans ces formes, sauf une exception, il n'y a donc guère, quant à présent *, qu'une aspiration et un vœu; mais cette aspiration et ce vœu autorisent-ils chez les classes supérieures la continuation des terreurs et des préventions irréfléchies qui étaient nées sous l'empire des événements et de la nouveauté? Nous sommes loin de le penser. Il ne faut pas que les classes ouvrières, même au point de vue de l'avenir le plus éloigné, considèrent l'association comme la rédemptrice suprême du travail, et comme la puissance merveilleuse qui doit rendre rtil'urt inutile ; il n'y aurait là que rêve et qu'illusions décevantes ; mais il ne faut pas non plus que personne nie les destinées encore inconnues de ce principe, source de tant d'espérances ardentes; que personne ne conteste qu'il y ait là un mot à trouver, un problème à résoudre, une organisation entière

cipe, lultèrcnl contre la crise du moment avec un (lévouemcnt.une abnégation, une intelligence, auxqiu'ls il est impossible de ne pas applaudir. (Voir M. Louis Reybaud, Revue des Deux-Momies du 1" avril 1855, p. 13'2 in fine.)

• En 185'.), Us idées rund.imentales et toutes réieules de M. Schultze Delitzch sur le crédit populaire, idées dès lors signalées du reste, mais sommairement, dans le présent livre, n'avaient reçu en Franoe, ni publicité séiiouse, ni application quelconque permeltr.nl dejup^rsi elles pouvaiout déjà être introduites dans iiolic pays.

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