‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 52 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE iV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE iV

à fonder MJne réaction considérable s'est du reste opérée dans ce sens, réaction bien vite amenée par un examen attentif et sans passion ; et les témoignages les plus imposants sont aujourd'hui acquis à l'étude impartiale et sympathique de tendances si générales vers la solidarité et l'association dans le travail ^. La satisfaction complète de ces tendances que, nous le répétons, on doit bien se garder de considérer comme un simple incident historique, comme une préoccupation momentanée du prolétariat, l'organisation définitive et le succès de ces ébauches sont le secret de l'avenir ; c'est à nous à essayer d'en préparer les éléments.

Et ici, nous rentrons de plaiu-pied dans notre sujet même.

Quelles sont donc les deux choses qui, d'après ce que nous venons de dire, manquent principalement aux classes laborieuses pour tenter par elles-mêmes, c'est-à-dire pour tenter sérieusement, cette grande entreprise de l'association ouvrière vers laquelle, après la révolution de février, elles se sont jetées prématurément avec une force et un ensemble qui, malgré l'avortement des résultats, a pu un instant, par l'enthousiasme et l'ardeur, rappeler à quelques-uns les grands mouvements d'émancipation du moyen âge ; vers laquelle elles se jettent de nouveau, mais cette fois-ci dans de meilleures conditions de succès, bien que les hésitations de la preniière heure puissent à ce sujet donner le change? Quelles sont ces deux choses?... C'est un

^ Pour peu que les associations se fortifient et prennent une extension sérieuse, il nous semble même difficile que les formes de sociétés commerciales admises chez nous puissent ne réclamer aucune modification. Notre législation n'admettrait certairement pas toutes les conditions très-discutables, très-modifiables, mais qui figuraient généralement dans les actes de société des premières associations ouvrières et dont quelquesunes sont indispensables.

La loi du 23 mai 1863 sur les sociétés à responsabilité limitée aurait elle-même besoin, nous le verrons, de recevoir des extensions diverses notamment en ce qui concerne le chiffre des actions.

2 Citons notamment i la Revue anecdotiquc des associations ouvrières de M. Gilland; V Association ouvrière de M. Feugueray; les Associations ouvrières de M. A. Cochut; les Études sur les associations ouvrières de M. le vicomte Anatole Lemercier: un très-beau travail de iM. Courcelle-Seneuil dans \e Journal des Économistes, une centaine de pages ^cs Éléments d'économie politique de M. John Stuart-Mill; enfin des observations remarquables et très-sympaliques, à divers points de vue, de MM. Hippolyle Fassy, Léon Faucher, Michel Chevalier, esprits éminenls, d'une autorité considérable et que nul ne pourra dire être enclins à une dangereuse témérité. Nous mentionnerons plus loin les travaux auxquels a donné lieu la reprise récente de l'idée.

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capital d'abord, un capital fractionnaire qui ne pourra jamais être que le produit accumulé de l'épargne et du travail *, un capital nœud matériel du succès ; c'est ensuite, et à un degré plus haut peut-être, ce souci intelligent de la chose sociale, cette ardeur au travail, cette modération vis-à-vis des intérêts opposés, cet amour du droit et de la justice, cet ensemble d'habitudes fortes qui doivent constituer l'éducation supérieure du peuple, et dont l'absence, non-seulement ne permettrait pas aux ouvriers, eussent-ils trouvé un capital, de s'associer avec fruit, mais même engage médiocrement les patrons à les appeler à cette participation aux bénéfices , embryon de l'association complète. « Une innovation aussi importante que l'association entre les patrons et les ouvriers, a dit M. Michel Chevalier ^, ne peut se répandre qu'autant que les mœurs l'ont préparée et lui ont ouvert la voie chez les ouvriers et chez les patrons II y a là un travail moral à accomplir, car la pratique de la solidarité, s'il est vrai qu'elle tende à accréditer de nouveaux sentiments, de nouvelles idées, de nouvelles habitudes de part et d'autre, suppose déjà ces habitudes, ces idées, ces sentiments établis jusqu'à un certain point. »

Où en arrivons-nous donc encore avec tout ceci? Eh bien, oui, nous en arrivons encore et toujours à cette incitation à la prévoyance, à l'épargne, à la culture de soi-même par soi-même qui réformera les mœurs et que les esprits à courte vue et les rêveurs obstinés, dont l'utopie est d'attendre tout d'un décret et d'une heure, de tout espérer de quelque organisation autori-

' On sait aujourd'lnii par les travaux du cadostre et les recherches de la statisti(iue quels seraient les rt'isuUals de la loi a{,M-aire ou de la mise en commun de toutes les richesses ; c'est-à-dire, en fait, d'une simple substitution de propriétaires dont, par la nature même des choses, les effets dureraient quelques jours à peine. La distribution par «Vale part du territoire cultive dr la France (25,850.003 hectares) à 36 millions d'Iiabilants assitmcrait à chacun 72 ares à peine, c'est-à-dire un revenu moyen net de 57 fr. environ, à supposer toutefois que, par cette division du sol, l'état des cultures ne ri'tùt aucune atteinte. D'autres calculs, qui joi}:nent à cette distribution la richesse mobilière, portent a 7.S c. par jour la part de cluuiue citoyen, toujours en faisant abstraction de toute réduction dans la production générale. L'épargne donc, l'épargne qui, à la prennère pièce de 5 fr. obtenue en rchange d'un trésor de soins et d'abstinence substitue bientôt une ri(^hesse nouvelle et inattendue, l'épargne qui a fait, qui fait tous les jours les capitaux de la classe Irourgcoise, voilà donc le seul moyen sérieux qui, aidé et fécondé, arrivera à la format u)n du capital. '^ Lettres sur l'oryanisaliondu travail, lettre xiv. p. 3U8.

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