‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 53 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

taire de la production et de la distribution des richesses, peuvent seuls traiter de sentimentalité, de remède aisé à découvrir, de solution sans portée pratique. Il est des lieux communs immortels, et la vérité ne change pas comme les hommes ^

Dieu nous garde du reste, pour faire conquérir aux classes ouvrières ces éléments suprêmes qui leur font encore trop défaut, d'en rester aux généralités et aux prédications. Les discours et les traités de morale, quelques salutaires leçons qu'ils renferment, ne sont pas en général suffisants pour modifier les hommes et les mœurs. Supposons les mœurs et les hommes modifiés et transformés, il y aurait encore au surplus une question économique à résoudre. Mais aussi, la question économique fût-elle résolue la première, il faudrait bien reconnaître enfin que la morale n'est pas en dehors de l'économie politique et que tout n'est pas encore fait. Telle est la loi, telle est la vérité ; on ne saurait trop les proclamer. Offrons donc au peuple, non pas des conseils abstraits, mais des formes précises ; non pas des moralités, mais des institutions qui le moralisent ^^, qui puissent refréner et contenir les penchants à la dissipation naturels à l'homme, qui l'amènent insensiblement dans la voie salutaire de l'ordre et de la possession de soi ; que ces institutions tiennent compte à la fois du côté économique et du côté moral des questions sociales.

Que veut au fond l'ouvrier? C'est arriver à l'aisance; et, comme le niveau de tous peut être élevé sans qu'il en résulte aucun abaissement pour personne ; comme la richesse n'est pas une quantité fixe soumise au partage des hommes, mais une quantité indéfiniment extensible par le travail ; comme le bien des uns peut être accru sans qu'jl en résulte une diminution du bien des autres ^ il n'y a là rien dont personne doive être

* De là ces « commérages éternels des économistes sur la prévoyance, » ainsi qu'un écrivain dont le génie seul égale la passion, qualifie une persistance qui n'est que l'invariable négation du progrès réel en dehors des lumières et des mœurs.

2 Suivant ce mot si vrai : « La vertu n'est point une théorie, mais un exercice. »

3 « Qui oserait dire : Je produis seul ce que je consomme ; je n'ai besoin de qui que ce soit?... Toutes les industries se réunissent par des rapports mutuels en un faisceau unique; toutes les productions se servent réciproquement de (ins et de moyens. » (Proudhon, Qu'est-ce que la propriété?)

Cette affirmation de la solidarité matérielle des industries n'est discutable pour per-

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alarmé. L'ouvrier veut arriver à l'aisance qui lui donnera les moyens d'exercer complètement et de développer ses facultés ', et c'est parce que la question àa salaire se pose au bout de tous les projets d'amélioration qu'il a eu tant d'attrait pour ce qu'on a appelé l'organisation du travail et qu'il s'attachait invinciblement à tout ce qui a rapport 'à cette idée. Malheureusement le progrès a une marche lente et difficile ; il procède par étapes, et nul ne peut devancer sa loi. Avant donc d'arriver à l'aisance, il faut que le travailleur se dégage des étreintes d'une misère toujours imminente, toujours prête à envahir son foyer, de cette misère qui apparaît à la moindre crise, à la moindre interruption de travail, que la maladie surtout amène avec son hideux cortège ; qu'il borne donc d'abord ses regards à l'horizon le plus prochain, et sa vue en sera raffermie. Puisque le dur labeur auquel il se livre expose sans cesse sa santé aux plus graves accidents ; puisqu'il n'y a plus de salaire, c'est-àdire plus de pain pour l'ouvrier malade, que l'ouvrier bien portant, au lieu d'épuiser sa vigueur dans d'inutiles, dans d'énervantes aspirations vers une situation exempte d'angoisses, et largement pourvue de sécurité, cherche un moyen de se mettre d'abord simplement à l'abri de cette première et toujours imminente cause de misère qui pèse sur lui ; qu'il entre avec confiance dans une société de secours mutuels, dans une association simplement distributive et non encore productive, suivant des distinctions techniques qui caractérisent plus la surface des choses que leur résultat final, et, si le produit de son travail reste d'abord de même, si le mode de fixation de son salaire laisse entières ses aspirations vers une plus grande égalité dans les moyens de développement, il n'aura plus du moins à compter ni pour lui, ui (chose plus dure encore) pour les êtres qui lui sont ehers, avec le dénûment matériel absolu qui si vite

sonno. La notion de la solidarité morale dos intérêts sociaux devrait être aussi nclle pour tous.

* L'homme (|n • la faim «-l le froid tourmente n'est ni libre, ni capable d'aspirations élevées; .^on intelligence s'élrint el ses seuliments s'atrophient. L'anuMioralion matérielle est loin d'impliquer, nous l'avons dit, le pro};rès intellectuel, mais elle en est la condition nécessaire. La poursuite du bien-être est parallèle à celle de tous les biens les plus relevés de la civilisation. Il y aurait donc une bien grande injustice à voir dans cette poursuite l'indice d'un matérialisme prossier.

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