‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 58 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

cela ne serait pas, quand même le succès matériel pourrait/ésLilter de la réglementation et de la force, est-ce que la véritable doctrine ne réside pas dans ces mots : Malo perlculosam libertatem quam quietam servitudinem ; et aussi dans ces belles paroles de l'un de nos plus savants historiens : « Le bonheur même de rescla\'e n'absoudrait pas l'esclavage; ceux qui ignorent cela n'ont pas l'idée du droit ; il ne suffit pas à l'humanité que la \ie et la santé de l'esclave soient ménagées, car des animaux pourraient en obtenir autant. L'humanité veut que l'on n'oublie pas que l'homme a une intelligence, un cœur, une âme : l'esclavage est fondé sur l'oubli de tout cela \ »

C'en est donc bien fait du patronage nobiliaire ; non pas seulement parce qu'un tel patronage tue la reconnaissance par la hiérarchie, le lien par la discipline ; aboutit à la haine du protégé contre le protecteur ; presque toujours en outre, après avoir affaibli le sentiment de la responsabilité et affaissé les ressorts de l'initiative, tourne misérablement en assistance ; non-seulement enfin parce que trop souvent les castes privilégiées succombent a la tentation d'user partialement au préjudice deleiys clients ou de leurs inférieurs d'une supériorité organisée, mais encore, et surtout, par cette simple raison de fait que nous n'avons plus d'aristocratie nobiliaire, que les éléments en sont à jamais dispersés. C'en est donc fait aussi de tout patronage hiérarchique à proprement parler. Ce genre de patronage ne rapprocherait pas les classes, il les diviserait ; loin d'être un agencement solide du corps social, il en serait le dissolvant. Sans avantage pour l'État, pour les masses populaires ^, pour les classes supérieures elles-mêmes, il serait inutile et dangereux; il est de plus impossible. Les ouvriers ne se soumettraient pas du reste au régime patriarcal ou paternel. La question a été décidée, suivant l'observation si judicieuse du grand

^ Quelle que puisse être la sécurité prétendue que donne la contrainte , a dit M. de Lavergne,

« C'est l'acheter trop cher que l'acheter d'un bien, Sans qui les autres ne sont rien. »

2 La bienfaisance organisée vaudrait encore mieux que la protection hiérarchique. Dans l'ordre historique du progrès, l'assistance, le patronage hiérarchique sont les degrés de l'échelle que le travailleur a dû gravir pour arriver à l'association libre.

économiste anglais que nous citions tout à l'heure, du jour où les ouvriers ont appris à lire.

Plus donc de patronage nobiliaire ou même simplement hiérarchique ; mais le patronage industriel *, mais, — puisque ce mot de patronage empreint, malgré tout, de hauteur et d'orgueil a fait son temps parmi nous, — mais l'intervention désintéressée, légitime et non minutieuse des chefs d'industrie dans les affaires des populations ouvrières ; mais ce que nous avons appelé plus haut a l'assistance intellectuelle » justifiée par la supériorité personnelle et la réalité des services, faut-il aussi, au nom d'une superbe et creuse ardeur d'indépendance, la rejeter et la flétrir ^? Le mot d'intervention vous froisse, vous critiques plus susceptibles au nom des classes ouvrières que ces classes elles-mêmes, bons juges, ce semble, de leur dignité. Le mot, en vérité, importe peu à la chose, surtout quand la chose est aussi circonscrite dans le juste et le possible et aussi définie qu'elle l'est ici. Le seul poim qui importe c'est celui de savoir si, tout en ne refusant pas en apparence un rôle mesuré d'initiative et d'éducation morale aux classes supérieures — car le refuser sans distinction serait par trop insensé, — il est bon et opportun d'exciter les défiances des autres classes toutes les fois qu'en arrivant à l'application pratique quelqu'un dit : là est une occasion et un motif d'agir.

Kcoutons, du reste, maintenant des hommes dont le témoignage ne pourra être suspect pour personne, car ce sont des observateurs sans parti pris. « L'organisation actuelle de l'industrie, dit M. Yillermé ^ a rendu le maître et l'ouvrier étrangers l'un à l'autre. Combien il serait important que le contraire eût lieu. Certes, il ne peut y avoir communauté de vie entre eux; mais l'abandon complet des ouvriers par le maître hors de ses atehers et leur renvoi, sans s'inquiéterde ce qu'ils deviendront, quand.

• Parmi les chefs d'industrie nous comprenons naturellement les grands propriétaires n'^sidiint sur leurs terres et s'occupantde les exploiter, au lieu d'aggraver de plus en plus la |iiaie de rabsentéisme ; nous y comprenons même les représentants de la petite propriété.

2 « Quand un grand industriel vient lui-même se substituer à l'action individuelle qui sommeille, je n'ai pour lui que des paroles de reconnaissance. » Jules Simox.

3 État physique et moral des ouvriers, t. Il, p, 3G8 et suiv.

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