PARTIE I, CHAPITBE IV
Ce que nous avons dit du patronage nobiliaire et de la responsabilité individuelle n'explique-t-il pas à l'avance comment nous entendons le lien industriel? Dans un de ses grands ouvrages *, M. de Sismondi, après avoir sondé la plaie dans toute sa profondeur, proposait, pour la guérir, un système dans lequel le fabricant, l'entrepreneur d'industrie serait chargé par la loi d'entretenir en santé comme en maladie les ouvriers qu'il emploie, serait tenu de remplir vis-à-vis d'eux le même rôle que les paroisses anglaises remplissent à Tégard de leurs indigents, c'est-à-dire de suppléer par des secours obligatoires et réguliers à l'insuffisance des salaires et de maintenir par une charité forcée l'équilibre indispensable de ces salaires et les moyens de subsistance rigoureusement nécessaires à la famille ouvrière.
Dans un tel système — (et l'illustre historien économiste, entraîné par son ardeur pour le bonheur des hommes et pour leur participation commune à tous les bienfaits de la vie sociale, ne se refusait nullement à ces conséquences plus que rigoureuses du principe posé) ; — dans un tel système, il aurait été de toute justice et de toute nécessité d'accorder au fabricant un droit de surveillance et de contrôle spécial sur la conduite privée des individus dont la subsistance eût été ainsi mise à sa charge. Yoilà certes une tutelle légale et un patronage officiel aussi nets et aussi caractérisés que possible ! Malheureusement une semblable organisation ne conviendrait nullement ni à l'une ni à l'autre des deux classes industrielles qui en seraient l'objet. Non-seulement elle soulèverait la classe ouvrière qui ne consentirait jamais à payer sa sécurité matérielle du prix de son indépendance, mais la loi ne saurait l'imposer aux fabricants, car ceux-ci aimeraient certainement mieux renoncer à leur industrie que de se soumettre à d'aussi grandes chances et d'encourir une aussi grave responsabilité.
Rien donc d'analogue à toute institution légale imposant aux chefs d'industrie des obligations déterminées, des obligations même infiniment plus restreintes que celles résultant du sys-
étant encore plus grand à Paris qu'en province, le remède que nous allons préconiser est d'une urgence plus grande encore s'il est possible à Paris que partout ailleurs. ' Principes d'économie politique.
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tème que nous venons de rappeler! Quelque restreintes que fussent ces obligations, le chef d'industrie hésiterait toujours à prendre un engagement que, soumis lui-même aux chances de la concurrence, il pourrait être dans l'impossibilité de remplir. L'esprit de prévoyance serait d'ailleurs étouffé dans son germe chez l'ouvrier obligatoirement garanti. Ces plans sont d'un autre âge.
Des moyens d'un ordre différent ontété proposés pour organiser le « patronage. » On a demandé à la réforme de la législation qui établit l'égalité des partages, et au droit absolu de tester, plus de durée pour les entreprises et la fin d'une instabilité « destructive des longues relations qui devraient être maintenues entre les familles des maîtres et celles des ouvriers ; » on a réclamé la destruction de ce qu'on a appelé la mauvaise concurrence par un régime restrictit imposé aux nouveaux établissements industriels et qui, par analogie avec ce qui se passe pour les ateliers dangereux ou simplement incommodes, exigerait des créateurs d'établissements ime autorisation préalable et donnerait ainsi une plus grande permanence aux entreprises. Dans le but de contenir l'agglomération exagérée des populations et de donner de la stabilité aux familles d'ouvriers, on a enfin réclamé l'application méthodique et sur une grande échelle de l'émigration.
Un seul mot sur ce dernier moyen. L'émigration qui a pour résultat final de mieux répartir les forces productives des nations et de désencombrer les points obstrués mérite certainement d'être encouragée ; mais en France, elle ne paraît pas destinée à un avenir bien considérable. Par des raisons dont l'exposition ne serait pas ici à sa place, et, en dehors même des causes pour ainsi dire aigucs qui dépeuplent certains pays, — l'Irlande et son lamentable exode par exemple, — les peuples qui ont toujours fourni et fourniront longtemps sans doute le plus fort contingent à l'expatriation sont les peuples d'origine germanique, les Allemands etles Anglo- Saxons. L'émigration ne fut-elle pas a un expédient, un moy(>n partiel qui n'attaque pas le mal dans ses sources mêmes *;» nous ne pourrions donc la faire entrer bien sérieusement en ligne de compte parmi les remèdes au mal qui est étudié ici.
• M. Oïlilun llariot.