‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 64 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

pénétrer dans les masses?... Comment obtenir ainsi par lui des résultats qui se refuseraient obstinément à la contrainte. La justice seule, le droit seul peuvent être mis dans la loi, mais comment mettra-t-on dans les institutions la fraternité non moins nécessaire que la justice? Quelle forme en un mot doit revêtir « l'assistance intellectuelle, » notre patronage à nous. Cette forme, nous ne craignons pas de le dire, c'est encore la Société de secours mutuels qui nous l'offrira : la Société de secours mutuels avec ses membres honoraires, ses réunions fraternelles du maître et de l'ouvrier dans le sein même del'usine ou en dehors, réunions qui seraient bonnes, ne fût-ce que par le fait d'une délibération commune, mais où on ne se contente pas de délibérer, où l'on s'aime bientôt parce qu'on s'est connu, parce qu'on a lu dans le cœur les uns des autres ; où les défiances disparaissent, où les malentendus s'aplanissent, où les plus élevés, sachant qu'ils ont charge d'âmes, sentent le besoin de donner aux plus humbles le plus grand des enseignements, celui de l'exemple; la Société de secours mutuels avec ses écoles, ses adoptions, ses mille aspects tutélaires ^

« Le malheur de notre temps, a dit encore M. Michel Chevalier ^, précisant le remède à appliquer au mal décrit tout à l'heure, le malheur de notre temps, c'est qu'on est parvenu à couper la société en deux camps, entre lesquels un fossé profond est creusé : la bourgeoisie d'un côté, les ouvriers de l'autre. Vainement, ces deux intérêts sont, de par la force des choses, solidaires; on les a mis en état d'hostilité tantôt flagrante, tantôt dissimulée. Le rapprochement entre ces deux forces si bien faites pour s'entr' aider sera le signe que la révolution est terminée et que nous sommes sauvés. Tout ce qui est de nature à favoriser cet accord doit être accueilli avec empressement et reconnaissance. Or, on concevrait difficilement rien qui y fut

' Les meilleurs juges reconnaissent (voir les sociétés de coopération, par M. Casimir Périer) que rien ne s'oppose à l'admission des membres honoraires dans les associations coopératives (qui seront étudiées plus loin). A peu près tout ce qui est dit sur les membres honoraires des sociétés de secours mutuels est applicable aux associés bénévoles des sociétés de crédit mutuel. Le principe est le même ; les résultats sociaux seront aussi avantageux. Ici, comme dans toute cette question, qu'on veuille bien ne pas l'oublier, nous parlons surtout des débuts ; c'est à une certaine période, ce n'est pas à un état définitif que tous ces raisonnements s'appliquent.

2 Questions politiques et sociales.

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plus propre qu'une institution au sein de laquelle le" bourgeois et l'ouvrier, réunis spontanément en grand nombre, s'occuperaient à titre d'associés et de collègues, d'une oeuvre de bienfaisance dont profiteraient les classes nécessiteuses en y contribuant elles-mêmes. » Les membres honoraires des Sociétés de secours mutuels, voilà donc le fossé comblé, voilà notre formule trouvée ; il n'en est aucune d'aussi féconde, aucune qui soit déjà aussi populaire, qui puisse s'adapter ainsi à tous les états sociaux '. Voyez ce qui se passe, par exemple, dans cette généreuse terre de l'Alsace : à Wesserling, à Guebwiller et dans beaucoup d'autres vallons des Vosges, où les plus magnifiques établissements fleurissent à l'abri d'une Société de secours mutuels, dont les patrons inspirés par leurs sentiments d'humanité aussi bien que par leur intelligence et leur esprit des affaires, sont les créateurs, les protecteurs et les principaux associés. Voyez le mode recommandé de préférence par cette admirable Société industrielle de Mulhouse, quia fait revêtir au «patronage» tant de formes efficaces'^ ; voyez enfin l'exemple fourni par un grand

* Un écrivain qui a fait une étude spéciale du «patronage » et qui pense comme nous que c'est dans l'aclion directe, personnelle cl continue de l'homme riche, instruit, moral, sur l'homme pauvre, ignorant, démoralisé, qu'il faut, en dehors de toute modification ou réforme dans le droit puhlic ou privé, en chercher la véritable formule, M. Cherhuliez (Etudes sur les causes de la misère) présente trois groupes distincts et déjà formés ; la propriété foncière, le capital industriel, et l'association comme devant permettre une a|)|)lication générale du principe. Il est évident que notre forme de « patronage » ne prétend nnllemeiit exclure l'action immédiate du propriétaire résidant sur ses terres ou dirigeant sans aide de gérant ses propriétés urbaines ; qu'elle ne prétend pas davantage remi)lacer l'action de l'industriel dans l'intérieur même de ses ateliers; mais, de même (jue les sociétés nuituelles résument pour nous les quatre groupes conventionnels indiqués par M. Cherhuliez comme devant recevoir distinctement l'insiifllalion du patronage {associnhons d'amis, associations intrucfives, associations mnnilisantcs, associations rccrcatives), de même les sociétés mutuelles nous semblent pouvoir être signalées comme devant à elles seules amener ou faciliter par leurs membres honoraires les avantages de diverses sortes attendus des trois groupes généraux en question.

- Société d'encouragement à l'épargne, société des cités ouvrières, société alimentaire, etc., etc.; laderinère d'après l"e\eniple de Grenoble, cette ville type des sociétés de secours mutuels. (Vo\ez une h Inde sur la vie industrielle en ,1/iacedans le premier n" de la Hevuc de l'Est.)

Quand ou parle du centre d'idées généreuses et pratiques formé à Mulhouse, on ne peut pas ne pas eiler le nom de Dolfus ; ceux de Kœehiin, de Schlumberger, de Schwartz. Dans le vallon de Munster, la famille des Hartmann occupe utilement une population entière. D'autres loralilés, MM. vSerive à Lille (nous citons au hasard) ' MM. Sleinheil et Dieleilein à Hothau, M. Ch. Kestncr a Thaim, MM. Gros et Uoman à

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