PARTIE î, CHAPITRE IV. d
qui contribuera à développer ce sentiment religieux si nécessaire aux nations et surtout aux nations avancées ^ c< Aimezvous les uns les autres, a dit le suprême initiateur, et vous aurez observé la loi et les prophètes. » Quelle est la forme sociale où ce grand précepte soit plus en lumière et en honneur! Le sentiment religieux qui sauve les États comme les individus^, qui empêche les nations de tomber dans le scepticisme, c'est-à-dire dans le désordre moral, d'où peuvent sortir tous les genres de désordre, toutes les formes de l'impuissance, toutes les calamités ; le sentiment religieux, compris non à la manière pharisaïque, non pas attaché à la lettre et dédaignant l'esprit, mais compris largement et sainement, ne renvoie nullement au delà de la tombe, ainsi qu'on lui en fait quelquefois le reproche, nos rêves de bonheur et de justice. Après saint Chrysostôme disant que « l'homme doit exercer ici-bas , dans une sphère limitée, les mêmes fonctions que le Seigneur exerce sur le trône de son éternité ; » après la belle apostrophe de Tertullien : « La
une science philosophique, il n'est pas possible non plus d'appliquer à une science qui a l'homme pour objet les méthodes absolues qui ont cours en chimie et en physique. L'âme est un élément puissant même dans le bien-être. MM. Jules Simon, Laboulaye, Vée, Renouard, Wolowski ont éloquemment revendiqué ses droits.
< Y a-t-on bien pensé? Se figure-t-on ce que deviendraient l'homme, les hommes, l'àme humaine et les sociétés humaines, si la religion positive y était effectivement abolie, si la foi religieuse en disparaissait réellement... Je n'hésite pas à affirmer qu'il n'y a point d'imagination qui puisse se représenter avec une vérité suffisante ce qui arriverait en nous et autour de nous, si la place qu'y tiennent les croyances chrétiennes se trouvait toute coup vide Personne ne saurait dire à quel degré d'abaissement et de dérèglement tomberait l'humanité. (M. Guizot, Méditations sur la religion chrétienne, 1864.)
« S'il fallait indiquer la force qui, en agissant à chaque extrémité de l'échelle sociale, suffit à la rigueur pour assurer le progrès, nous n'hésiterions pas à signaler au bas la prévoyance, au sommet la religion. Que la science multiplie ses découvertes, que la liberté déploie ses ressources et l'autorité sa puissance, que la civilisation tout entière accumule ses grandeurs et ses merveilles, leur labeur ne sera qu'impuissance, si sans rien abandonner des droits de la raison, elles ne maintiennent fermement dans les âmes l'empire de Dieu. En analysant les faits et en remuant les chiffres, la science sociale fournit au fond les mêmes conclusions que la morale. C'est ainsi que se révèle sous toutes les formes, l'unité de la vérité suprême, et que la pensée humaine, dans ses efforts les plus divers, est incessamment ramenée vers le souverain principe du juste et du bien. » (Conclusion des Ouvriers européens.)
2 Qui sait ce que l'Angleterre ne doit pas au maintien chez elle de l'esprit reli gieux?... La supériorité morale si connue des ouvriers suisses peut être attribuée aussi à la profondeur chez eux du sentiment religieux.
chair de Thomme, on l'attaque, eh bien ! je veux la défendre et la réhabiliter;.... elle est le véhicule des arts, elle soutient les sciences et le génie ; elle conduit les actions, l'industrie, les relations sociales ! » n'est-ce pas un des membres les plus éminents de l'épiscopat français qui écrivait récemment à l'adresse de « chrétiens plus ardents qu'éclairés, » contempteurs par « un déplorable malentendu » « de l'ordre naturel et de la marche progressive du monde.» « Chrétien, quand Dieu s'est reposé de son
œuvre, il savait que vous deviez le remplacer Le corps pour
l'âme et l'àme pour Dieu, le progrès perfectionnant l'homme et l'homme rendant gloire à Dieu ' ! » N'a-t-on pas entendu aussi un autre, et des plus éloquents parmi les évêques, déclarer qu'il « déteste la sombre doctrine de la misère nécessaire » et qu'il a horreur de l'abus du texte de l'Évangile trop souvent cité : Il y aura toujours des pauvres parmi vous, comme si le Christ avait dit qu'il était nécessaire qu'il y eût toujours des pauvres? — « Non, ajoutait M. Dupanloup, non, la misère n'est pas d'institution divine, elle est d'imperfection humaine. On a dit : « Faites de bonne politique, et nous ferons de bonnes finances. » Je vous dis à mon tour : « La charité et l'aumône, c'est l'ambulance sur le champ de bataille ; supprimez les blessures, et nous supprimerons les pansements. » Que saint Aug-ustin ait pu s'écrier : Dieu a permis qu'il y ait des pauvres pour que les riches rachètent leurs péchés, il n'y a là, nous sommes maintenant autorisé à le dire, qu'une salutaire excitation vis-à-vis des riches. H n'y a pas cette assertion qu'une fatalité quelconque pèserait sur l'homme et le condamnerait à la misère en dehors de sa propre insouciance et de l'abandon de lui-même ; et fut-il vrai, comme on l'a énoncé, que la charité dût prendre le deuil d'une vertu le jour où elle n'aurait plus d'indigents à secourir, elle n'a pas à craindre , hélas ! qu'un vaste champ , fût-ce celui de réternelle indigence morale, ne lui demeure pas toujours ouvert. Le sentiment religieux n'empêche donc nullement de réaliser le bien-être et le droit ici-bas'^; il facilite au
' M. Landriot, Mandements et Discours, t. I", p. 13 à 20.
2 Suivant celle belle parole de Porlalis : « Le bien de l'humanité est la fin de la société. Il est de notre devoir à nous, tant (jue nous sommes, de concourir selon nos forces et nos moyens à procurer à nos semblables, dès celte vie cl au sein de la