‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 67 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

contraire leur pleine et entière réalisation'. Sans doute il est des hommes qui, exhumant des thèses beaucoup moins neuves que plusieurs d'entre eux ne le croient ^, le considèrent comme un moyen, « comme un frein pour le peuple, » comme un élément conservateur exclusivement à l'usage des classes déshéritées ; mais qu'importe une opinion aussi étroite qu'égoïste, opinion de plus en plus discréditée d'ailleurs ^ ? empêche-t-elle la vérité d'être vraie? Même chez nous, où ces graves notions sont infiniment moins enracinées qu'en Angleterre, quel esprit sérieux ne comprend qu'en présence de la liberté laissée dans notre régime aux tendances individuelles, le spectacle du riche sans une foi quelconque, du riche abandonné à toutes les suggestions de la dureté et de l'égoïsme serait encore autrement hideux et contiendrait autrement de dangers que celui du pauvre qui ne trouverait dans aucune croyance l'espoir dans un meilleur avenir? Qui ne voit, du reste, que si le progrès moral peut heureusement concorder avec le progrès matériel et même à un certain point de vue être activé par lui, considérés en eux-mêmes et avant qu'une heureuse combinaison d'éléments étrangers ne les ait fait pénétrer l'un par l'autre, la mesure du second est bien loin de donner la mesure du premier ; que les jouissances peuvent, suivant les cas, rapetisserl'homme ou l'améliorer; qu'il

cité qui nous rassemble, la plus grande somme possible de bonheur. » {L'homme et la Société.)

< N'est-ce point un prêtre catholique qui disait dernièrement, au grand scandale de quelques-uns, mais à la vive approbation de beaucoup d'autres : Si la révolution de 1789 n'était pas faite, il faudrait la faire?...

2 Voyez le célèbre livre ûeLa Sagesse publié par Charron en 1601,

3 En matière religieuse, tout, même la négation absolue, mais qui provoque l'affirmation dans la croyance, tout est préférable à l'apathie et même peut-être à cette sorte de foi dont parle Montaigne « que la lascheté et la faiblesse de cœur plantent en nous et establissent, qui ne croid ce qu'elle croid que pour n'avoir pas le courage de le descroire, » tandis qu'il en est une autre au contraire qui pour ceux qu'elle anime peut être « le dernier mot de la raison *. » Au réveil chrétien du commencement du siècle et à l'élan de philosophie spiritualiste dont il fut accompagné avait bientôt succédé une espèce de sécheresse et d'indifférence vis-à-vis du monde invisible qui aurait fini par amoindrir le rôle supérieur de la France parmi les autres nations. Malgré ses hardiesses, le mouvement actuel de la critique, avec cette espèce de sécularisation de la théologie qui en est la suite, regrettée par ceux-ci, vue avec satisfaction par ceux-là, ne doit pas être considéré, croyons-nous, comme un symptôme d'affaiblissement religieux,

» De Sacy, sur les Méditations de M. Guizot.

n^' a donc pas à s'enorgueillir sans réserve de nos conquêtes quotidiennes sur la nature, de l'accroissement rapide de la richesse, et à croire que leur développement remédiera par luimême au désordre qu'on ne voit pas.

La foi, cette notion du divin et de l'éternel qui doit tout féconder ou dont l'absence laissera toutes les découvertes au moins stériles, la foi est le plus libre de tous les sentiments, de tous le plus réfractaire à la contrainte. Qu'il y ait ou non un intérêt social à ce qu'elle soit partout éveillée ; que la honteuse idolâtrie de la matière, dont nous avons été trop souvent les témoins, soit arrivée parfois à un point tel que le dévouement à n'importe quelle idée surhumaine dût être considéré comme un inestimable bienfait; que la nécessité d'un credo pour tout le monde soit évidente comme la lumière du soleil ; queyla justice ne puisse en rien être fondée sur la négation ou l'oubli de l'idéal ; il n'y a malheureusement qu'à attendre patiemment le réveil de la foi et de la croyance. Mais ce réveil, qui arrivera, n'en doutons pas, car la foi est un élément primitif de l'âme humaine, car croire nous est aussi naturel et aussi nécessaire que raisonner, car « l'infini est pour nous objet de croyance, non de science, également impossible à rejeter et à pénétrer ' , » ce réveil ne pourra certainement qu'être hâté par celui de tous les nobles instincts qui font voir à l'homme, dans la satisfaction de ses besoins matériels, autre chose que ces besoins mêmes.

Encore un coup, recommandez tant que vous le voudrez à l'ouvrier d'être moral et d'être vertueux, d'aimer son foyer et d'abandonner ses mauvaises habitudes ; recommandez-lui, avec Burke, «la patience, la frugalité, le travail, la sobriété et la religion, le reste n'étant que fraude et mensonge ; » la prédication pourra lui paraître saine et raisonnable , mais ce ne sera qu'une prédication, et le lendemain le trouvera ce que l'aura laissé la veille '^ Mais, s'il faut, pour mériter l'es-

< M. Guizot.

5 La question de moralité et de sobriété a été prise souvent, sous un autre aspect. On a proposé par exomplo une réduction considérable dans le nombre des cabarets; nombre exorbitant, il faut bien le reconnaître et en gémir (350,000) ; mais, indépendamment du point de vue de la liberté, êtes- vous bien certains d'atteindre le résultat que vous |)oursuivez?... Ne ponrrie/-vous pas obtenir tout simplement celui-ci : les cabarets conservés plus encombrés qu'auparavant?... Avancerez-vous les beures de fermeture? qui vous dit

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