‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 68 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

time et le respect de ses frères associés avec lui dans le soin d'intérêts semblables, s'il faut pour ne pas même se voir honteusement exclu d'au milieu d'entre eux, qu'il soit vertueux et moral ; s'il y a des hommes intéressés à la régularité de sa conduite et de ses mœurs et qui aient droit de lui demander compte de ses fautes, le principe d'amélioration, essence de la sociabilité, portera alors ses fruits et le résultat qui fût demeuré sourd à l'exhortation la plus éloquente comme à l'injonction la plus formelle, viendra de lui-même et sera peut-être dépassé \

Ceci est bien absolument le dernier trait , et maintenant

jetons un regard sur l'ensemble de l'œuvre, et examinons de haut le chemin que nous venons de parcourir.

Quel que soit le point de vue, — physique, intellectuel ou moral, — auquel on se place pour apprécier le rôle qui s'offre à la Société de secours mutuels dans l'ensemble des moyens sociaux, il est impossible de ne pas être soudainement saisi de l'immense portée de ce rôle. Que des philanthropes estimables, observateurs à courte vue, faisant le dénombrement des

qu'ainsi que cela a déjà été remarqué, ces consommations meurtrières, que vous redoutez avec raison, ne seront pas, à ce moment même de la fermeture, emportées pour « achever la soirée » jusque dans le sein de la famille où elles introduiront peut-être l'intempérance. La vraie moralisation de l'ouvrier est ailleurs que dans les expédients. Même observation pour l'abolition du chômage du lundi et autres moyens réglementaires d'amélioration. Les prohibitions législatives et administratives, souvent du reste inapplicables, peuvent avoir leurs bons côtés comme les prédications pures ; mais rien ne vaut les institutions libres qui prennent le mal à sa source et qui, par leur nature même, refrènent les mauvais penchants et réforment les mœurs.

Combien ces vérités si simples nous sont encore étrangères! Aux États-Unis 100,000 hommes s'engagent publiquement à ne pas faire usage de liqueurs fortes. « Il est à croire, dit M. de Tocqueville, que si ces 100,000 hommes eussent vécu en France, chacun d'eux se serait adressé individuellement au Gouvernement pour le prier de surveiller les cabarets sur toute la surface du pays. »

* Nous citerons plus loin des exemples nombreux faisant toucher du doigt la vérité de cette assertion. Disons dès maintenant qu'un nombre très-considérable de sociétés de secours mutuels, fondées depuis très-longtemps déclarent avec un légitime orgueil qu'il n'y a jamais eu contre un seul de leurs membres un exemple de condamnation judiciaire quelconque.

L'auteur des Essais a dit :

« Quand par sa droicture je ne suyvrai pas le droict chemin, je le suyvrai pour avoir trouvé par expérience, qu'au bout du compte, c'est communément le plus heureux et le plus utile. « En dehors même de la notion supérieure de l'honneur, la pratique des sociétés de secours mutuels fait toucher du doigt aux sociétaires cette doctrine de l'intérêt bien entendu.

établissements destinés à soulager l'humanité souffrante, assignent tout simplement à la Société de secours mutuels, dans leurs consciencieux catalogues, une place analogue à celle des bureaux de bienfaisance, voire même des soupes économiques ou de telle autre ingéniosité de cette dernière catégorie, il n'y a rien là que de prévu, puisque l'institution n'est encore qu'à l'état d'enfance, puisqu'il faut regarder dans l'avenir pour en voir toute la puissance de projection, puisqu'il faut sortir de l'ornière. Que d'autres, tout en voulant bien reconnaître que la prévoyance est d'un ordre supérieur à l'assistance, les parquent dans le soulagement exclusif, immuable de la maladie, et sous prétexte de prudence comme sous peine de chutes misérables, leur refusent à peu près toute autre préoccupation, comme s'ils n'avaient pas entendu les hommes les plus compétents et les plus pratiques justement chargés de modérer au besoin le mouvement, écrire vingt fois : les Sociétés de secours mutuels ce ont devant elles un champ pour ainsi dire sans limite * ; » comme si on ne pouvait leur opposer ce témoignage pris au hasard entre cent de la même autorité et d'origines différentes : « Les Sociétés de secours mutuels sont devenues un fait considérable, qui tient désormais une place importante parmi nos institutions ^ ; » cet aveuglement devant des faits qui marchent, devant des cadres qui chaque jour s'élargissent, finira sans doute par céder peu à peu à la triomphante évidence !

Que d'autres enfin, terrorisés par la seule idée de l'association, dans laquelle ils ne peuvent trouver que des passions mauvaises, oubliant d'ailleurs cette parole de Thomas Ruggler ^ : « Qu'il y a du bien et du mal dans tous les établissements humains; que le bien est toujours le but qu'on s'est proposé en les formant; que le mal ne procède que du mauvais usage ou de la fausse destination qu'on en fait; » ne voyant pas en outre que, si le bien immédiat et certain qui résulte d'une institution l'emporte de beaucoup sur le mal éventuel et douteux qu'elle peut entraîner, la cause de cette institution est gagnée ; que d'autres repoussent les sociétés de secours mutuels comme dangereuses.

< Rapport (le la commission permanente holgo, 1801, p. \1. - Jules Simon, la iibetté, t. 11. p. '2 12. 3 Histoire des pauvres, lettre LX.

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