‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 70 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

plutôt les occasions de servir qui manquent au zèle que le zèle aux occasions de servir. Puisse la vérité de ce bienveillant point de vue être ici démontrée \

Bien puéril serait l'esprit de système qui nierait la valeur des enseig-nements que les traditions comme les faits peuvent apporter dans les théories sociales elles-mêmes et dans les abstractions pures ; eh bien, supposons l'industrie moderne dans ce moyen âge qui a été l'objet de tant de glorifications insensées, de tant de calomnies gratuites, dans ce moyen âge qui, en dépit d'une inégalité monstrueuse dans l'ordre politique et civil, offre après tout, sous le rapport non des relations entre les classes, mais des relations entre les individus, une image plus que grossière mais assez exacte du type que devrait toujours représenter une société : combien différentes eussent été, par le lien corporatif comme par les mœurs, les relations du maître et de l'ouvrier. « Il y aurait eu un chapelain de la manufacture comme il y avait un chapelain du château. Maîtres et serviteurs se seraient agenouillés aux mêmes autels, auraient écouté les paroles également applicables aux uns et aux autres des ministres de Dieu, auraient eu les mêmes croyances. Sous cette influence morale, une hiérarchie du travail (cette chose si désirable) se serait organisée ; des droits et des devoirs mutuels seraient nés. En retour de l'obéissance et du travail de son serviteur, le maître aurait étendu sur lui sa protection. Si l'industrie doit réellement établir des relations nouvelles entre les hommes, ce n'est encore que par cette méthode qu'elle y parviendra'^. »

Couleur locale et effets pittoresques écartés, ne sommes-nous pas fondé à dire que la société mutuelle encore rattachée par tant de liens à la corporation du moyen âge, que la société mutuelle, telle que nous l'avons plus haut définie, Lvec son rapprochement intime de l'industriel et de l'ouvrier, ses assemblées,

* Dans cet ordre d'idées, il convient de citer notamment la Société nationale d'encouragement au bien, créée pour propager dans les classes ouvrières, les principes et les habitudes de moralité, d'ordre, d'économie et de tempérance, fondée par M. Honoré Arnoul, et présidée par M. de Ladoucette. « Chacun se doit à tous, » telle est l'épigraphe de cette société.

2 Montégut, ut suprà.

sa tribune commune, sera la forme tutélaire qui, mise de plus en plus en rapport avec les idées et les besoins de notre temps, donnera à l'industrie et au travail cette âme qu'ils avaient à une autre époque et qui leur manque aujourd'hui. AParis par exemple, où, par suite de la dissémination des ouvriers et du mode même du travail, les patrons, nous l'avons vu, sont si peu en relations jusqu'ici avec ceux qu'ils emploient, qui les enrichissent, et qui sont plus livrés à eux-mêmes qu'en aucun autre point du monde ; à Paris ou, sur 416,811 ouvriers recensés ^ il n'y en a pas encore, nous l'avouons avec un vrai chagrin bien que confiant dans l'avenir, il n'y en a pas 35,000 dans les sociétés de secours mutuels, comment des industriels intelligents et qui ont quelque chaleur au cœur ne s'efforceraient-ils point, nous ne disons pas d'aller visiter tous les ouvriers chez eux, nous sommes pratique, mais de créer des sociétés, mais d'étendre celles qui existent, comment tout au moins ne deviendraient-ils pas membre honoraire d'une société de secours mutuels. Ah! l'industriel parisien qui n'a pas, lui, comme celui de Mulhouse ou deWesserling, d'écoles, d'églises, d'hospices et de jardins à établir autour de son usine, puisque son usine est souvent presque un simple comptoir; cet industriel, qui pense pouvoir se reposer sur la Ville de tous les soins de cet ordre, de toutes les protections essentielles, il ne sait pas ce qu'il gagnerait pour lui-même, et dans sa conscience satisfaite et jusque dans ses intérêts, s'il ne croyait pas que la paie, le samedi, suffît à tous ses devoirs '^ ! Nous allons plus loin : l'ouvrier, à Paris, sent si bien son isolement qu'il créera de plus en plus, c'est évident, des associations pour s'y soustraire. Eh bien il y a opportunité, tant qu'il accepte sans défaveur l'idée des interventions bienveillantes, tant qu'il ne songe pas reconstituer à un certain point de vue les communautés closes du passé, de ne pas lui laisser prendre l'habitude Hc ces réunions absolument tranchées où les travailleurs seuls sont en face des travailleurs. Le patron, pas plus que l'ouvrier sans doute, n'aurait à gagner à cette barrière nou-

• Chambre de commerce, — enquête citée.

2 (în consfniclctir de inarliines emploie '2,585 ouvriers, et fait pour 15millions; d'affaires. — Quelle instilulion parliculière a-t-il fondée pour les ouvriers? — ' Aucune (ihid.).

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