PARTIE I, CHAPITRE IV
solument sur le point de disparaître. Quant à l'indépendance du patron et de l'ouvrier, ne se fait-on pas illusion quand on croit que, fut-elle modifiée dans de certaines proportions et le lien fut-il fortifié, elle ne restera pas au fond le régime de l'industrie et du travail ? Reconnaître les services des sociétés de secours mutuels tant que dureront le paupérisme et l'indépendance du patron et de l'ouvrier, n'est-ce donc pas conclure implicitement en faveur de ces sociétés ?
La multiplication des sociétés de secours mutuels peut, si vous le voulez, être considérée «comme un des plus sûrs symptômes de l'accroissement du mal* ; » mais elle donne aussi la mesure du développement des moyens employés pour tenter de le vaincre. Dans le combat contre «les principales sources delà misère, notamment l'intempérance et les autres vices de la jeunesse et de l'âge mûr, la vieillesse et les infirmités prématurées, les chômages, les désordres atmosphériques, les épidémies et les autres calamités publiques ou privées )^ (nous reproduisons telle quelle la nomenclature), la mutualité, « palliatif pour certains maux présents, » n'aura-t-elle aucune part appréciable ;ne pourra-t-elle pas « pallier » ces sources elles-mêmes? Son impuissance à cet égard est-elle véritablement organique, et les sociétés qui reposent sur elle ne pourront-elles jamais « s'élever au-dessus du rôle modeste qu'elles remplissent? » N'est-on pas en droit, au contraire, de « se persuader, » avec beaucoup de personnes, et en adoucissant seulement un peu la couleur que c(ce régime envahira de plus en plus la civilisation moderne, et que les cas nombreux de patronage qu'on y observe encore sont les derniers vestiges d'un ordre de choses qui ne saurait se perpétuer ; n de se trouver disposé à voir dans les sociétés de mutualité les germes « d'une nouvelle organisation sociale, » ces sociétés conciliant la sécurité des familles avec la fécondité du travail individuel, et ne devant faire du reste qu'appliquer
* On lit à la table du livre de M. Le Play au mot Sociétés de secours mutuels, « se multiplient comme le vice et l'imprévoyance : » ne pourrait-on pas dire avec autrement de raison « se multiplient en proportion de la prévoyance et de la vertu. » La seule mesure à notre avis, que puisse donner la multiplication des sociétés de secours mutuels, lesquelles affirment énergiquement la prévoyance, c'est la mesure de la nécessité sentie de cette prévoyance, ce n'est pas la mesure de V imprévoyance.
\^f\ Dr PAUPÉRISME.
aux besoins de notre époque un des principes fon damentaux des anciennes corporations d'arts et métiers? c'est ce que l'avenir seul pourra dire en dernier ressort. — Quant à nous , nous nous plaçons résolument du côté de la seconde opinion. L'école qui semble s'en écarter aujourd'hui, attribue la plus grande importance au patronage, mais n'a qu'une foi restreinte dans l'association. D'autres, au contraire, se fondant sur l'indomptable tempérament de la France, ont une confiance absolue dans Tassociation, et rejettent tout patronage. La Société de secours mutuels, telle que nous l'avons expliquée, et avecles adjonctions que nous lui avons données, a les avantages du patronage et de l'association. A tort ou à raison, vousle reconnaissez vous-même, l'esprit moderne ne veut pas du premier ; et ce n'est pas trop de dire avec vous que, pour le moment présent, « il le hait *. » L'esprit de tradition veut pénétrer la seconde par des éléments conservateurs. Les deux tendances sont conciliées dans notre mode, mode pratique, mode déjà expérimenté, que les mœurs acceptent, que les lois elles-mêmes encouragent, qui n'apasàremonterd'irrésistibles courants pour être seulement admis à discussion par les intéressés, qui ne veut qu'être développé pour porter ses fruits, qui, dès le début, suppose chez ses adeptes une bien autre dose de prévoyance, sinon d'humilité chrétienne, que la facile acceptation du p.itronage offert par le maître au subordonné ^. Serait-ce enfin dans l'école avancée que nous trouverions la négation de la Société de secours mutuels? Sans doute cette école recherche des remèdes plus immédiats et plus énergiques, etelle a pu quelquefoisconsidérer simplement les sociétés de secours mutuels conune un produit spontané résultant de l'absence de garanties économiques meilleures et devant disparaître quand ces garanties auront été données, comme un avant-coureur de la justice, une excitation de l'intelligence des ouvriers, une préparation au mouvement économique lui-même. Nous croyons démontré maintenant que les garanties attendues ne seront jamais accordées eu un jour, et que les sociétés mutuellistes, quelque
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'■^ Nous savions h'wn (nio nous n'aurions pas le chagrin de compter, parmi les adversaires de la mulualilé, l'éininent écrivain dont les ouvrages peuvent être jugés diver-.| sèment, mais dont on a pu dire avec raison qu'ils étaient destinés à faire époque dans