‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 73 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE lY

imparfaites qu'elles puissent paraître à certains \ sont, au premier rang, des moyens susceptibles de les amener progressivement.

L'école avancée ne doit-elle pas d'ailleurs prendre en très-sérieuse considération ces paroles d'un de ses plus célèbres chefs : (( Le présent trouve peu de défenseurs, il est vrai, mais le dégoût de l'utopie n'est pas moins universeP. » N'est-elle pas absolument forcée de tenir compte de cette disposition des esprits, et ne doit-elle pas voir un avantage immense dans une forme acceptée de presque tout le monde, ne soulevant généralement pas de défiances, et qui pourra servir, nous l'avons vu, de point d'appui aux plus larges applications des idées de progrès ? Fût-il vrai que certains indigents ne soient pas en situation de profiter de suite de la mutualité, « dans le vaste incendie

rhistoire de l'économie sociale. Nous devons à une communication très-bienveillante, reçue depuis que la première partie de ce livre est à l'impression, l'éclaircissement (et pourquoi ne dirions-nous ce que nous sommes trop heureux de constater?), une sorte d'atténuation du jugement porté dans la Réforme sociale. Ce n'est qu'en « se plaçant dans une conception idéale de la perfection sociale, » dans une conception oîi « la prévoyance étant en bas, le patronage en haut, la propriété de l'habitation acquise, la situation de chaque mère de famille devenue digne, » et les classes de la société qui ont aujourd'hui besoin de recourir à la mutualité ayant été ainsi, par un ensemble d'institutions déterminé, indéfiniment restreintes ; ce n'est que dans cette conception toute idéale que M. Le Play croirait inutile de fixer sur la mutualité une attention qui alors, nous le comprenons, n'aurait plus d'objet. Mais, en fait, l'ancien commissaire général aux expositions universelles de 1855 et de 18G2 continue à penser que « les sociétés de secours mutuels joueront un rôle considérable dans l'avenir, parce que les populations seront toujours, en proportion considérable, imprévoyantes et, par suite, dénuées, » parce que, d'un autre côté, « elles seront peut-être longtemps encore portées à repousser le patronage, » parce que, du reste, de longtemps peut-être la classe dirigeante ne fera pas des efforts suffisants pour l'appliquer « à celles qui seraient disposé à l'accepter. » Les sociétés mutuelles seront donc, « en résumé un palliatif nécessaire du vice des deux classes. » Tout ce .que M. Le Play condamne, c'est une doctrine qui tendrait à faire de la mutualité « une institution fondamentale placée au rang de la religion, de la propriété, de la famille-souche, des associations d'enseignement, etc., et autres institutions inséparables de la nature humaine. » — « C'est un palliatif qu'il faut appliquer là où il est nécessaire; ce n'est point une institution organique et fondamentale. » Dans ces termes, on le voit, nous pouvons continuer à considérer M. Le Play comme un partisan tout à fait convaincu des sociétés de secours mutuels. Au penseur ses desiderata; à chaque génération son œuvre.

* La médiocrité des choses présentes, ce scandale des âmes faibles, suivant la belle expression de M. Modeste, est singulièrement relevée quand on se rend compte du développement dans l'avenir des entreprises basées sur le terrain solide du possible actuel.

'<* Proudhon, Contradictions économiques, p. 60, t. I.

15S T)V PAIPÉRI?ME.

du paupérisme, ne faut-il pas faire la part du feu? * >^ N'y a-t-il pas lieu, au surplus, d'user ici des procédés de la médecine symptomatique ; de courir au plus pressé ; de panser chaque plaie sociale à mesure qu'elle se déclare ; de donner à la société et la direction et la patience nécessaires pour attendre l'avénement de ce qu'on considère comme meilleur? Que penserait-on d'un médecin qui, sous prétexte de découvrir un remède dont l'effet serait immédiat et irrésistible, refuserait d'appliquer, quoique ayant bien diagnostiqué la maladie, le remède lent qui, cependant, amènerait sûrement la guérison !

Pour l'association en elle-même, par exemple , si une question quelconque a été l'objet d'investigations intelligentes et minutieuses, c'est bien elle. Or, ne peut-onpas afûrmeraujourd'hui que la formule générale qu'on a tant cherchée ne sera probablement jamais révélée d'un seul coup, qu'elle ne sera jamais trouvée à priori, mais qu'elle continuera à se déduire providentiellement à la suite du développement de lanature humaine, des données de la science du passé modifiées et toujours complétées par la science de l'avenir. Une association avec un but défini, mais aussi extensible que la société mutuelle, une association dont le nom, du reste, pourrait être modifié et agrandi au besoin, le jour où la désignation actuelle serait jugée trop étroite, étant dépassée parles applications successives , n'aidera-elle pas singulièrement à l'évolution espérée? Simplement envisagé, et quant à présent, au point de vue de ce souci essentiel de la maladie dont elles débarrassent si heureusement l'ouvrier, ne rendent-elles pas possible cette épargne, base première et fondamentale de lacoopération dans le travail si utilement mise en lumière et encouragée depuis peu, et qui, du reste, n'est pas applicable partout, tiuulis qu'il n'est pas un village où ne puisse vivre et s'étendre en destinations diverses une société de secours mutuels? Pour ceux mêmes qui croiraient que, dans aucun cas, la coopération ne pourrait se superposera la mutualité ordinaire, cette mutualité n'est-elle pas le premier degré, le moyen originaire, et comme le seuil obligé de la coopération? C'est sans fruit bien réel que l'ouvrier insuffisamment garanti contre les accidents

< M. Hubbard. Des Sociétés de prévoyance, p. 147.

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