‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 74 sur 254 · PARTIE I, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE IV

terribles pour lui surtout, de la vie quotidienne se préoccuperait des institutions touchent plus directement aux salaires, à la production, au crédit? «Peut-être un jour, disaitrécemment à la tribune un homme de cœur qui ne croit pas aux solutions foudroyantes, bien qu'il ait étudié autant qu'aucun autre toutes les formules prétendues capables de les amener ; peut-être un jour ceux qui, sans se rebuter, auront marché de petits résultats en petits résultats, se trouveront-ils surpris d'arriver tout à coup à un très-grand * . »

Prévoyance et responsabilité substituées comme organisation à l'assistance et à la tutelle auxquelles aucune modification ne pourra jamais donner l'efficacité et même l'innocuité; progrès moral amené en même temps que l'amélioration matérielle, cette dernière toujours subordonnée au premier, en découlant forcément ^ ; progrès intellectuel, évident lui aussi, car ce n'est pas sans profit pour son intelligence et la discipline de son esprit trop rarement porté vers des sujets d'intérêt commun, que l'ouvrier peu exercé voit, suit et discute des détails quelquefois assez compliqués d'administration ; progrès pohtique, en outre : car, discuter sagement une affaire entre associés, constitue un apprentissage pour la discussion des choses communales, par là même pour celle des intérêts plus généraux ; formation préalable de celte épargne pour ainsi dire rudimentaire qui, en donnant au travailleur salarié une sécurité relative, peut seule permettre ensuite l'amélioration du salariat lui-même, et sur certains points et pour cerlains objets, la transformation graduelle des modes de production ; rapports de confraternité et môme de salutaire discipline établis dans de grandes professions livrées aux inconvénients multiples d'un individualisme sans contre-poids ^ ; enquête toujours ouverte pour apprécier d'une manière de plus en plus exacte les besoins réels du travailleur; réunion des capitaux de la classe ouvrière pouvant permettre successivement la création d'institutions nouvelles en vue de son intérêt particu-

< M. J. Simon, — discussion de l'adresse, — séance du 19 janvier 1864.

2 Du moment que le paupérisme gît autant dans l'abdication morale du pauvre que dans son dénùment matériel, quelle n'est pas la valeur d'un tel remède !

3 Les médecins, par exemple, ainsi que nous le verrons plus tard.

lier; fusion des classes et ce patronage » égalitaire; mornlisation de l'industrie et hiérarchie du travail ; assiette solide pour tous les essais raisonnables du principe d'association, et notamment relations entre le travail et le capital facilitées, améliorées, devant rendre un jour possible la réalisation de la formule d'échange à laquelle en définitive on peut ramener la plupart des faits économiques : tels sont quelques-uns des aspects sous lesquels, au point de vue général et en laissant presque de côté leurs avantages immédiats, peuvent être envisagées les sociétés de secours réciproques. Comment le concours de tous les hommes d'initiative et l'active adhésion de tous les cœurs de bonne volonté ne seraient-ils pas acquis à une institution susceptible, si elle est généralisée, de produire de pareils résultats? Comment la généralisation de cette institution ne deviendraitelle pas le souci de quiconque sent qu'il y a encore des problèmes à résoudre, des expériences à tenter * ?...

Quant à nous qui, tout en proclamant les inestimables conquêtes de la société moderne dans la voie des améUorations sociales, ne croyons ni ne tenons à l'immobilité absolue de cette société; quant a nous qui ne sommes ni de ceux qui pensent que tout est bien, ni de ceux qui pensent que le mieux est impossible, nous professons bien haut et notre confiance et notre foi dans l'avenir de l'association mutuelle'^. A ceux qui nous diraient que cette foi est bien aveugle, que cette confiance est exagérée, que d'ailleurs pas plus sous cette forme que sous une autre l'association ne diminuera notablement une certaine somme de mal, lot dclinitif de l'humanité, nous répondrions d'abord qu'ensabler la misère dans son cours quand on ne peut en tarir la source d'un seul coup est bien une chose d'un certain prix; ensuite que l'histoire interdit absolument le scep-

< Que l'habitude ne nous empêche pas, suivant une pensée de M. Audiganne, d'apercevoir les nouveaux besoins (jui se produisent et ne nous amène pas à reconnaître seulement le lendeuKiiu les justes exigences de la veille. (Populations ouvrières, t. I, p. 'ib'J.)

a Avenir plus ou moins éloign,;, comme développement général ; mais

• Tarda veiiit seris factura iiepotil)us uiubrani. » a dit le poëte.

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ticisme en fait de progrès * . Ce serait apporter une bien mauvaise disposition dans l'étude des questions sociales que de les aborder avec une sorte de découragement anticipé. Un médecin qui commencerait par déclarer toutes les maladies incurables n'aurait qu'à déposer sa robe de docteur. Croire que les problèmes sont insolubles, c'est rendre leur solution impossible. Ici d'ailleurs les résultats obtenus garantissent les résultats espérés.

Concluons :

« Il y a des devoirs collectifs comme des devoirs privés, les premiers ne sont que l'expression commune des seconds^. » La propagation rapide des sociétés de secours mutuels nous semble être aujourd'hui le devoir de tous et de chacun ; c'est un devoir social dans la plus haute et la plus complète acception du mot.

' « L'histoire, a dit l'un des principaux écrivains politiques de l'Angleterre, M. Grey {Essai sur la science politique et sociale), l'histoire interdit le désespoir. » 2 De Gérando.

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