PARTIE I, CHAPITRE V
site ; elle se transforme en habitude. Le sociétaire est appelé à la pratiquer dès les années de sa jeunesse ; d'année en année, il a un intérêt toujourG plus marqué àlui être fidèle. L'épargne confiée à la société de prévoyance ne peut en être retirée par le caprice, par l'inconstance, à l'occasion d'un plaisir ou de la dissipation : elle reste invariablement destinée pour être appliquée aux circonstances fâcheuses en vue desquelles elle a été déposée ; elle ne saurait être détournée de ce but. Si un malheur inopiné frappe le sociétaire avant que ses épargnes aient pu former déjà une réserve un peu considérable ; si l'accident qu'il éprouve, si la maladie dont il est atteint entraînent des frais beaucoup supérieurs au montant de ses épargnes, si les infirmités l'accablent avant le temps, l'assistance ne lui est pas moins garantie, telle que les nécessités l'exigent C'est un véritable contrat d'assurance. Une année de cotisation ^ lui suffit pour acquérir ces droits et pour le mettre à l'abri des chances désastreuses. Il envisage l'avenir avec plus de sécurité, il jette surceux qui l'entourent et qui vivent par lui, un regard plus serein.
« Il y a toujours quelque chose de bon dans un lien qui rapproche les hommes, qui confond leurs intérêts, qui les rend solidaires les uns pour les autres. La société de prévoyance est une confraternité; l'assistance mutuelle est un exercice de mutuelle bienveillance ; elle joint aux combinaisons de la prudence le mérite d'une bonne action; car la portion d'épargne qui n'est pas recueillie par le sociétaire qui l'a versée, profite à ses associés. Les conditions imposées pour l'application des secours sont un avertissement contre les désordres, un encouragement à observer une conduite honnête, une recommandation d'être fidèle à la tempérance. Pour recueillir les avantages de l'association, le sociétaire doit mériter l'estime de ceux qui la composent. Cette heureuse nécessité élève son caractère; il goûte aussi une légitime fierté, en pensant qu'il doit à ses propres efforts la garantie qu'il a obtenue, qu'il n'est point exposé à invoquer la pitié d'autrui, et ce sentiment de l'indépendance redouble son courage, comme il développe ses facultés ^. »
* Souvent beaucoup moins.
2 De la Bienfaisance publique, t. IIl, p. 99 et 100.
La Commission instituée en 1825 par le Parlement anglais, pour faire une enquête sur les sociétés d'amis; commission composée d'hommes essentiellement pratiques, a enfin exprimé l'opinion suivante : « Le mode le plus économique de se prémunir contre une éventualité, partout où elle existe, est l'association. Par là, chacun s'astreint à une légère privation, afin que personne ne puisse être frappé par une grande perte. Celui sur lequel l'éventualité ne tombe pas ne recouvre pas son argent et n'en retire aucun avantage visible et tangible; mais il obtient la sécurité contre la ruine et, par conséquent, la paix de l'esprit. Celui que frappe l'éventualité gagne tout ce que ceux que la fortune en a préservés ont perdu d'argent, et devient ainsi capable de supporter un événement qui autrement l'eût écrasé. En réalité, celui-là spécule qui fait des dépôts individuels, et non celui qui contribue à un fonds commun. Si la maladie l'épargne pendant les années de force et d'activité, et s'il meurt avant d'être incapable de travail, il a été heureux dans sa spéculation ; mais s'il tombe malade dans son jeune âge, s'il continue de vivre jusqu'à la vieillesse, il est grandement perdant; car ses économies accumulées ne suffiraient que peu de temps à son entretien en état de maladie; ou, quand même il conserverait quelque chose dans sa vieillesse, après avoir pourvu à ses maladies accidentelles, le revenu annuel qu'il pourra de la sorte se procurer, sera certainement beaucoup inférieur à celui qu'il aurait obtenu, s'il eût acquis des droits à jouir du bénéfice des épargnes accumulées de tous ceux qui ayant contribué, pendant plusieurs années, au fonds de retraite, n'auront pas atteint l'âge où ils devaient y puiser '. »
Après ces diverses considérations déduites en dehors de toute idée bien générale deprogrès social, n'est-on pasfondé à soutenir que, si les sociétés de secours mutuels, qui sont la prévoyance collective, n'excluent nullement les caisses d'épargne, — dont on
• La montidn (le ces divorsos opinions, comme de (juelques autres non moins considérables, rentre indirecleintiit el de droit dans l'Iiistoire des sociétés mutuelles, laquelle est un des objets do ce livre. Certaines choses fussent-elles devenues banales, ce qui n'est du reste pas le cas ici, car il y a toujours discussion, il ne conviendrait pas moins, (luand elles le. nuTilenl < t qu'elles .>(inl n;)r .|:iîc, de nommer ceux qui les uni dites les premiers.