‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 80 sur 254 · PARTIE 1, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE 1, CHAPITRE V

Nous comprenons qu'on n'applique pas l'association aux choses pour lesquelles l'activité individuelle peut suffire ; mais si l'ouvrier préoccupé de ce but idéal : se passer de filières, se suffire absolument à soi-même et sans aucun aide, fut-ce celle d'une combinaison qui ne le rend le débiteur et l'inférieur de personne, refuse de recourir à l'association, savez-vous, en fait et en l'état des salaires, dans quelle extrémité il tombera bientôt ? dans l'assistance proprement dite, — une autre filière à coup sûr, — et c'est alors que votre raisonnement inapplicable pour l'ouvrier mutuelliste recevra sa parfaite application.

En ce qui concerne les imprudences de tout sociétaire au sujet de sa santé et la santé publique, par cela même compromise, un seul mot à répondre : la mortalité des membres des sociétés de secours mutuels est moindre de moitié à peu près que celle de la population générale. Pour l'objection contraire : le sociétaire tenant plus de compte de ses indispositions que par le passé, beaucoup d'hommes spéciaux pensent qu'il n'y aurait qu'à se féliciter de cette disposition dans un intérêt d'humanité et dans l'intérêt public lui-même, puisque de graves maladies seraient prévenues ainsi le plus souvent. Pour la fraude véritable et la siniulation des maladies, la vérification médicale, l'inspection mutuelle de plus en plus sérieuse et l'éducation morale de plus en plus perfectionnée du sociétaire combattent chacune pour sa part cette honteuse spéculation, d'autant plus rare, du reste, que le simple sentiment de son intérêt (salaire diminué, réputation compromise) suffirait à en dissuader le sociétaire.

Quant aux maisons assurées enfin, et pour qu'on ne s'endorme plus sur les dangers d'incendie, déconseillez-vous l'assurance * ?

On dit encore : « Les retraites seront toujours plus ou moins calculées sur une sorte de jeu , de tontine ou de combinaisons

' Qu'on ne croie pas que ces diverses objections n'ont pas été renouvelées depuis les débuts de l'institution. Elles sont encore faites à l'heure présente, et il ne faut pas se lasser de réfuter, puisqu'on ne se lasse pas de tourner dans le même cercle.

Le procès-verbal de la séance de la Société de statistique de Paris, du 5 juillet 1862, nous en offre l'énumération bien connue, et parmi ceux qui les ont reproduites pour leur compte, nous avons eu le réel regret de trouver ce vif esprit et si pratique, M, Horn,

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de chances sur la longévité, et il est imnaoral d'habituer les hommes à se réjouir des chances malheureuses qui frappent leurs semblables à leur profit. Si l'État est lui-même dépositaire des fonds successivement versés pour les remettre à une époque fixée d'avance, il s'expose à un danger réel, car il ne pourra, sans une sorte d'immoralité, refuser à l'ouvrier dans le besoin les fonds qu'il a reçus de lui, et dont le bénéfice ultérieur devient bien moins important pour le déposant, que le secours immédiat.

(( Enfin, ajoute-t-on, c'est une illusion de croire que l'ouvrier puisse faire de tels dépôts ; son salaire suffit à peine à ses besoins, et tout ce qu'il serait tenté ou forcé d'y soustraire serait retranché sur des besoins plus réels. »

A ces deux objections, on répond victorieusement :

Le calcul des chances de mortalité ne contient aucun danger moral, lorsque ces chances, basées uniquement sur la durée moyenne de la vie humaine, portent sur d'assez grandes masses pour que toute éventualité échappe au calcul personnel. Quelle immoralité, quel danger peut-il y avoir, en outre, pour l'État dépositaire, à restituer le dépôt dans les termes du contrat, et seulement dans ces termes ?

Quant à l'objection qui porte sur ce que l'exiguité du salaire de Touvrier ne lui permettrait pas de faire les dépôts nécessaires pour s'assurer des secours ou une retraite, nous nous bornerons à rappeler quelques chiifres. Les sociétés de secours mutuels, qui sont encore si loin d'avoir atteint le degré de développement qui leur est réservé, possèdent dès aujourd'hui en France, avec une recette annuelle de plus de 11 millions, un capital de réserve de près de 35 millions ; elles sont au nombre de 4,721, comprenant 597,978 membres participants, c'est-àdire 597,978 ouvriers industriels ou agricoles qui trouvent dans leur salaire même le moyen d'être prévoyants.

Si l'on passe la Manche, on trouvera, nous le verrons, et cela en mettant les choses tout a l'ait au plus bas, plus de 20,000 sociétés, au delà de G millions de membres et un capital de 650 millions

Une objection analogue avait du reste été opposée aux caisses d'épargne. Le premier essai de caisse d'épargne fait en France

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