‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 81 sur 254 · PARTIE ï, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE ï, CHAPITRE V

ne date que de 1818. A la fin de 1833, les versements ne s'élevaient encore qu'à 8 millions. Au T' décembre 1845, ils étaient de plus de 385 millions. Au T" janvier 1863, faut-il le rappeler, ils s'élevaient à plus de 424 millions. La seule caisse d'épargne de Paris avait reçu pendantl'année 1863, 22,288,000fr. Dans le cours de ces 45 années d'existence, cette même caisse a recueilli pour ainsi dire, goutte à goutte, 980 millions *. Pour l'Angleterre, nous les avons déjà cités ces chiffres prestigieux : déposants, 1,555,656; sommes déposées, 1 milliard 70 millions ^.

Les chiffres qui précèdent répondraient jusqu'à un certain point à cette objection nouvelle : «Les sociétés ne sont pas nées viables ; «ans les subventions gouvernementales, les cotisations des membres honoraires, les dons et les legs, elles suffiraient à peine à leurs besoins, y^ Ils y répondraient, car enfin elles vivent ailleurs, en Angleterre, par exemple, sans avoir, à proprement parler, de concours étrangers. Mais on peut fournir une réponse plus topique : c'est que toutes les ressources extraordinaires qui viennent d'être spécifiées ne forment guère que de 12 à 14 p. 0/0 des recettes totales, et, qu'abstraction faite des premières, les secondes, qui représentent les sociétés abandonnées à elles-mêmes et aux versements des membres actifs, ont toujours offert un boni.

Ce boni sera-t-il suffisant dans l'avenir et quand les sociétés de date récente auront vieilli? C'est ce qu'il est impossible d'affirmer après une expérience de douze années seulement, et en l'absence des tables de maladie dont nous parlerons longuement plus tard. Même en ajoutant aux bonis annuels la réserve du capital, et en faisant le calcul de ce qu'elle donne par chaque membre, on peut même, nous l'avouons, n'être pas sans une certaine préoccupation ; mais, dans cette préoccupation, que notre dévouement à l'institution mutuelle et notre respect pour son caractère, nous forcent à ne pas dissimuler, qu'y a-t-il, sinon une aspiration à une organisation scientifique, notre vœu constant, comme on le verra? S'il le faut donc, on augmentera les tarifs. Quanta f institution, elle n'est nullement atteinte.

< Dont 170 employés à l'acquisition de petites rentes sur l'État. 2 Au '2U novembre 18G3; et encore, par suite de la guerre américaine, y avait-il eu en 1863 une diminution de 2,500 déposants.

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II nous semble que de pareilles ressources accumulées sont des arguments sans réplique. Qu'on lise, du reste, tous les écrivains spéciaux ; qu'on parcoure toutes les grandes enquêtes faites pendant ces dernières années, depuis celle de M. Ducpétiaux sur les mineurs belges ', jusqu'à celle de M. Le Play, qui va du journalier du Morvan au bachkir du versant asiatique de l'Oural, du métayer de la Yieille-Castille au penty de la basse Bretagne, et on acquerra la certitude que les populations les plus misérables peuvent faire et font des économies, et que l'épargne dépend surtout de l'élévation morale de l'individu. Les développements auxquels nous amènera la suite de ce travail, confirmeront cette vérité. On verra aussi qu'en France du moins, et dans les autres contrées occidentales de l'Europe où les idées de responsabilité individuelle et de libre arbitre ont dès longtemps germé, même a les classes retenues par leur imperfection intellectuelle et morale aux derniers rangs de la société, » même « les types inférieurs de la population ^, » peuvent trouver dans les sociétés de secours mutuels une institution à leur portée ; que ces sociétés s'auront s'adapter aux moyens comme aux besoins les plus humbles, se plier à des formes appropriées à tous les états. La propagation de l'institution contribuera d'ailleurs à faire naître par la tangibilité des résultats, cette première notion de la prévoyance, nécessaire pour désirer l'affiliation.

Il était enfin un autre reproche que l'on adressait, il y a quelques années surtout, aux sociétés de secours mutuels, et qui, aux yeux de beaucoup d'esprits, frappe en même temps tous les modes d'associations d'ouvriers : ces institutions peuvent être détournées de leur but, être exploitées par de funestes passions, faciliter les coalitions, les solder, les fomenter, les produire à volonté. A l'époque où ce reproche se formulait sans réserve, on pouvait déjà répondre par l'expérience du passé, cet argument qui arrête les partialités elles-mêmes. A l'exemple stéréotypé, toujours cité à Tappni de l'objection et tiré du rôle des mutuellistes et ferrandinirrs do Lyon dans les événements d'avril 1834; à ce fait presque unique et susceptible d'ailleurs de beaucoup

' Uuddcts l'cnnomtqups des classes nuvrivrcs en liclyiquc. ^ Les Onrriers européens, p. 'l\)().

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