‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 83 sur 254 · PARTIE 1, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PARTIE 1, CHAPITRE V

leur principe et ont servi de moyen au désordre et d'auxiliaire à la révolte, le plus grand nombre, renfermées dans leurs statuts, fidèles à leur but, ont secouru leurs membres, et présenté, chaque année, un excédant de recette ^ » Le rapport de 1859 est plus explicite encore : « Après l'épreuve de huit années, lorsque plus de deux mille sociétés fonctionnent sans qu'une plainte puisse s'élever contre leur conduite, un soupçon contre leur tendance, chacun doit applaudir à la pensée à la fois chrétienne et politique qui a su tirer des associations ouvrières un élément d'ordre, de dignité et de moralisation. » En Angleterre, les sociétés n'ont jamais revêtu non plus un caractère politique. Les encouragements de toutes sortes prodigués par le Parlement anglais en sont une preuve évidente.

Si donc quelques personnes ne peuvent se déterminera reconnaître que les associations mutuelles sont absolument exemptes de tout inconvénient éventuel, les plus timides, au moins, peuvent affirmer que ces inconvénients ne sauraient entrer en balance avec les immenses avantages qu'elles procurent aux citoyens comme à l'État lui-même ; à ce dernier non-seulement au point de vue de l'assistance publique par exemple dont elles dégrèvent le budget, mais au point de vue de la sécurité générale ; car, dût-il y avoir de temps en temps des apparences contraires, elle sont pour qui sait voir un élément réellement conservateur, et dont le développement intéresse essentiellement les classes élevées.

Ces associations ont, du reste, au plus haut degré, cet heureux privilège inhérent à la communauté, et même d'une manière plus générale à la liberté ^, qu'elles renferment en ellesmêmes le remède au mal dont elles peuvent être la source. Ce sont les sentiments de sagesse et de modération qui finissent toujours par dominer chez les hommes assemblés. L'action bienfaisante de la mutualité fera en outre disparaître progressivement tous les dangers que la forme revêtue par elle pour

* Rapport de 1853. Dans cette donnée d'une abstention complète au point de vue politique, on peut citer le très-curieux fait suivant relaté par le Bulletin officiel des sociétés de secours mutuels de 1860 (p. 14G) : « Sur 5,C00 individus arrêtés à Marseille en 1851, trois seulement appartenaient aux sociétés de secours mutuels. »

2 La liberté, combien de fois l'a-t-on dit, est assez forte pour trouver en elle le remède à ses propres écarts.

loO DU PALPÉRISME.

être efficace semblerait pouvoir occasionner. Tout homme que l'on enlève à la misère n'est-il pas gagné à la société?

Les inconvénients écartés et considérés, fut-ce dans leur expression extrême et improbable comme un accident de l'institution et nullement comme sa conséquence inévitable, de quels avantages spéciaux les sociétés mutuelles ne sont-elles pas la source ! En ce qui concerne seulement la santé des ouvriers, tout le monde sait et nous y faisions allusion tout à Theure, le retard qu'ils apportent à soigner leurs maladies lorsqu'elles se déclarent ; tout le monde sait les déplorables conséquences de ce retard si facile à comprendre du reste, quand on réfléchit que même pour l'ouvrier laborieux et rangé la suspension du travail, c'est le dénûment d'abord, la dette ensuite, la ruine après. Ce n'est pas sans la plus vive répugnance que le travailleur, bon gré mal gré obligé de se reconnaître malade, se fait aujourd'hui transporter à l'hôpital, dont l'idée seule l'effraie ^ Faut-il déplorer cette répugnance, cette terreur? Nous ne le pensons pas ; nous croyons qu'il y a lieu de vivement s'en féliciter. C'est en effet au sein même de la famille, que le malade, et même si cela n'est pas absolument impossible, que le vieillard ou l'infirme doivent être traités. Outre les idées de prévoyance que ce mode de traitement laisse intactes, les devoirs remplis et les soins prodigués pendant les moments de souffrance et d'épreuves, raffermissent les liens que la fréquentation de l'hôpital et de l'hospice disjoint et finit par briser dans les familles habituées à se séparer de leurs membres à la première invasion de l'affection morbide ou à la première incapacité permanente de travail.

(( L'expérience tend chaque jour, a dit M. de Rémusat^, à démontrer que le système des hôpitaux relâche, s'il ne les détruit pas, les liens de la famille ; il déshabitue les enfants du devoir uaturel de nourrir et de soigner leurs parents vieux ou infirmes ; ces derniers eux-mêmes, daus la pensée d'enlever une charge à leurs enfiints, finissent par considérer l'hospice comme

' On a |iro|)Osé de substituer à la dénomination d'hôpital celle de maison de santé. Nous ne croyons |)as qu'un chanjziMiiont de nom chanpoAf rien à une rf^pugnancc qui prend sa source dans les clioses plutôt (pu^ dans les mots,

^ Circulaire de M. de llémusat, ministre de l'intérieur, aux préfets, en 1840.

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