‹ Le paupérisme et les associations de prévoyanceChapitre 91 sur 254 · PARTIE II, CHAPITRE 1. j · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAPITRE 1. j

pendant quatre mille ans, chez les nations les plus polies, les plus éclairées, les plus sages une société de secours mutuels. Cela n'avait jamais été vu nulle part, ni chez les Égyptiens, le peuple le plus philosophe de l'antiquité ; ni chez les nations les plus industrielles ; ni chez les anciennes dominatrices des mers, les Tyriens et les Carthaginois, ni chez les Grecs, ni chez les Romains. »

Cette assertion n'est pas difficile à justifier. A l'idée chrétienne seule qui a consacré et divinisé le travail, exalté l'égalité et glorifié la douleur ; qui a enseigné à l'homme le véritable amour de son semblable ; à l'idée chrétienne seule, première initiatrice de l'idée démocratique, dont les sociétés modernes ont été si profondément pénétrées depuis ; à l'idée chrétienne seule appartient l'honneur de la fondation de la société de secours mutuels que nous avons aujourd'hui sous les yeux, et dont les membres s'aiment entre eux autant qu'ils se viennent matériellement en aide. Il faut cependant reconnaître que bien avant l'ère chrétienne, les peuples ont connu des associations au moins analogues par quelques-uns de leurs objets à nos sociétés de secours mutuels. Formées d'abord dans des vues de conservation, sous l'empire des intérêts présents, dans le but d'opposer la puissance du nombre à celle de la force ou de la richesse (car il faut remarquer que c'est à peu près toujours entre faibles et entre égaux que l'on trouve les premiers éléments d'une mutualité quelque peu précise), ces associations ont été, par la logique même de l'instinct de défense, amenées à la forme de la garantie générale, à la pensée de l'assistance et presque de l'assurance mutuelle en dehors même de la réponse à l'agression.

Remontons aux sources ^ :

La corporation, prise dans l'acception la plus large du mot, c'est-à-dire (c ce genre d'association entre un certain nombre de travailleurs du même ordre qui, tout en les laissant produire isolément et chacun pour son compte particulier, les classe, les unit, les agrège néanmoins ensemble, soit par une origine et une condition civile commune, soit Jpar un régime économique

< Nous ne mentionnerons que pour ordre le date mutuum du Deuteronome, premier texte où l'on trouve mention et prescription d'une mutualité neilement définie, la mutualité du crédit à titre gratuit.

et disciplinaire commun, soit par une communauté de droits et de devoirs réciproques ; ' » la corporation est la forme d'organisation la plus ancienne et la plus universelle. On la trouve dans la civilisation orientale d'abord embrassant les civilisations indienne, égyptienne et assyrienne ; on la trouve ensuite dans la civilisation gréco-romaine, et en dernier lieu dans la civilisation chrétienne ou moderne.

Nous laisserons tout à fait de côté la forme orientale, laquelle se distingue des deux au Ires par sa division fondamentale, en castes ou corporations héréditaires et obligatoires; division absolue et immuable qui, à l'inverse de la forme gréco-romaine oii l'esclavage n'est que personnel et peut finir par l'affranchissement, à l'inverse de la forme moderne où il n*y aqu'un esclavage réel et féodal, parque l'espèce humaine d'une manière absolue et infranchissable. Enfermés dans ce cercle fatal du labeur forcé et avili, les travailleurs forment bien déjà une seule et grande famille unie par la communauté d'origine et de destinée, ne trouvant qu'en elle un adoucissement à son infortune, capable aussi par la division du travail (les monuments prodigieux de rindoustan et de l'Egypte le prouvent), des œuvres les plus colossales : il y a association ; mais cette association n'a rien de volontaire ni de libre; il n'y a que réciprocité de douleur dans un cadre de vie irrévocablement tracé et hmité d'avance. Ce sont cependant ces castes murées, celles de l'Egypte surtout, qui ont engendré sans contredit les communautés viagères et libres du monde gréco-romain que l'on voit se rapprocher à tant d'égards de la nuitualité moderne.

C'est à une loi de Solon dont le texte nous a été conservé par Caïus, que nous devons des indications précises sur les communautés grecques '\ Voici le passage même de Caïus : a On appelle associés, sodales, ceux qui appartiennent au même collège, colle- (jium, — cG que les firecs appellent Etereian; — cette loi des Douze Tables les autorise à s'imposer les règlements qu'ils jugeront à propos, pourvu qu'ils ne contreviennent pas au droit

' Lafarello, rian (/'»;u' rcorganisalinn disciplinaire des classes industrielles, p. 358.

- Co serait vu pfTet rcmonler par trop haut que de mentionner ici que la réunion lies classes hilioricusos ou communaiilés spéciales eut |)eut-ètre pour antécédent, en Grèce, la cliissilic;»lion pulili(pie desciloveiis par ordre de prol'ession, opérée par Thésée.

Page 1